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Au Canada, la fin de l'état de grâce pour Justin Trudeau

Justin Trudeau à Ottawa, le 6 juin 2018.

Justin Trudeau à Ottawa, le 6 juin 2018. - Ian Langsdon - AFP

Au Canada, la communication bien huilée du Premier ministre a montré ses limites. Et face à une multiplication des échecs politiques, Justin Trudeau chute dans les sondages.

Après l'amour, le désamour. Trois ans après son arrivée au pouvoir, la lune de miel entre Justin Trudeau et le peuple canadien semble être consommée. Le premier ministre canadien, qui reçoit actuellement le président Emmanuel Macron, avait séduit par son image de dirigeant "cool" et dynamique au moment de son élection, en 2015. Mais il se retrouve aujourd'hui critiqué pour son inaction, ses contradictions, et sa communication à outrance. 

Beaucoup de forme, peu de fond

Ce qui semblait être la force de Justin Trudeau, et lui avait permis de conquérir l'opinion, semble aujourd'hui devenu sa faiblesse. En 2015, l'élection de ce progressiste, fils du Premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau, avait enthousiasmé l'opinion publique et les médias. Jeune, dynamique, et surfant sur une image de dirigeant "cool" directement inspirée de Barack Obama, Justin Trudeau a cherché à exploiter ce filon. Quitte à en faire trop. 

Selfies, vidéos sur les réseaux sociaux, voire déguisements et chaussettes savamment choisies (au point d'avoir lancé le concept de "diplomatie de la chaussette"), Justin Trudeau n'a cessé depuis son arrivée au pouvoir de se mettre en scène et d'utiliser l'image pour faire de la politique. Mais après trois ans de pouvoir, son action se résume essentiellement à cette communication politique, et son bilan sonne creux, mis à part quelques effets d'annonce, comme le souligne Le Monde. De l'avis des observateurs de la vie politique canadienne, Justin Trudeau est devenu prisonnier des images, au point de faire oublier les idées. Ce qui se retourne aujourd'hui contre lui. 

Le point de non retour s'est produit lors de son voyage officiel en Inde, en février dernier, pendant lequel le Premier ministre a multiplié les apparitions en famille en tenue traditionnelle, au point d'être copieusement moqué, mais a rencontré très peu de responsables politiques. 

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Désillusion et chute dans les sondages

Cet épisode indien s'est révélé désastreux pour l'image et la popularité de Justin Trudeau. Montré du doigt pour la vacuité de sa diplomatie, son hésitation sur les questions politiques brûlantes et son manque de substance, le Premier ministre canadien a perdu en crédibilité sur la scène internationale, et lourdement chuté dans les sondages.

Ainsi, selon un sondage publié en mars dans Le Journal de Montréal, 55% des Canadiens se disent insatisfaits de l'action du gouvernement Trudeau. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre dépassait donc la barre fatidique des 50%. 

Plus récemment, le 30 mai, sa décision inattendue de nationaliser l'oléoduc contesté de Trans Montains, en Colombie-Britannique, pour augmenter sa capacité, a surpris tout le monde, dont son propre camp politique. En effet, Justin Trudeau s'était fait le champion de la lutte contre le changement climatique pendant sa campagne victorieuse de 2015.

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Changement de cap

Face à cette impopularité croissante, et alors que les prochaines élections fédérales se tiendront en octobre 2019, Justin Trudeau a choisi de montrer un nouveau visage ces derniers jours, notamment en affichant clairement son opposition à Donald Trump. Le 31 mai, à quelques jours du début du G7, il a en effet riposté du tac au tac aux taxes imposées par le président américain sur l'aluminium et l'acier en annonçant à son tour pour 16,6 milliards de dollars canadiens (11 milliards d'euros) de taxes sur des produits américains.

Justin Trudeau est resté poli sur la forme, mais il y a longtemps qu'un Premier ministre canadien n'avait eu de mots aussi durs pour un président américain. Et jamais le Canada n'avait pris de telles mesures de rétorsion depuis la crise économique des années 1930. Un changement de ton qui contraste en tous points avec la diplomatie du charme que le Canada avait déployée depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump pour renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Le début d'une nouvelle ère Trudeau?