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Après l'attentat d'Orlando, l'inévitable débat sur le port d'armes aux Etats-Unis

En quelques clics, on peut acheter une arme de guerre sur internet.

En quelques clics, on peut acheter une arme de guerre sur internet. - Mark Ralston - AFP

L'attentat qui a coûté la vie à 50 personnes a été perpétré à l'arme de guerre, achetée légalement en Floride. L'occasion, comme à chaque tuerie, de relancer le débat sur le port d'arme outre-Atlantique.

Barack Obama l'avait imaginé. Une semaine avant le massacre du club Pulse d'Orlando, le président américain répondait à une question sur le port d'armes lors d'une rencontre avec des électeurs. Et imaginait le pire:

"Nous avons des gens dont nous savons qu'ils ont visité des sites de propagande jihadiste. Ils vivent ici, aux Etats-Unis. Ils sont citoyens américains. On peut leur interdire de prendre l'avion, les mettre sur la "no fly list". Mais à cause de la NRA (National Rifle Association qui défend la liberté d'avoir des armes pour chacun, ndlr), je ne peux pas leur interdire d'acheter des armes".

Des armes de guerre en vente libre

Bis repetita. Chaque tuerie de masse est pour l'Amérique l'occasion de mettre en doute sa législation sur le port d'armes, jugée impossible à réformer en raison de la pression des lobbies. L'utilisation par Omar Mateen d'une arme de guerre pour tuer 50 personnes à Orlando est une nouvelle preuve de l'impuissance des gouvernants sur le sujet.

L'arme, un fusil mitrailleur de type AR-15 a été rapidement identifié par la police comme celle achetée quelques jours seulement avant la tuerie par Mateen. Et si elle est bien connue des services de police américains, c'est parce qu'elle a un lourd passif: l'AR-15 a été utilisée pour les massacres de Sandy Hook (20 enfants abattus), d'Aurora (12 morts) et de San Bernardino (14 morts).

L'arme, conçue pour tuer en causant le maximum de dégâts, n'est pas une arme de défense. Elle est pourtant extrêmement facile à acheter sur internet, et coûte moins de 1.000 dollars, comme sur le site américain Grabagun.com. Omar Mateen, pourtant plusieurs fois interrogé par le FBI pour ses liens supposés avec la mouvance jihadiste, a pu sans problème en acheter une, le port d'arme étant garanti par le deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis.

Des réformes comme autant de voeux pieux

Chaque président démocrate passé par la Maison Blanche a tenté de réformer la législation sur le port d'armes, avant de se heurter à la virulence des lobbies et des traditions, particulièrement dans le Sud traditionaliste du pays. Mais cette fois le profil du tueur soulève une profonde indignation, et surtout l'incompréhension.

Une incompréhension d'autant plus douloureuse qu'il y a à peine quelques mois, le président Obama avait tenté de faire passer une réforme, que même la très puissante NRA qualifiait de réformette. Reconnaissance par empreintes digitales sur les crosses, contrôle des ventes en ligne: telles étaient les idées de Barack Obama, qui souhaitait plus que tout laisser une trace de son passage sur ce thème controversé.

Las, la lutte est inégale. Après les attentats du 13 novembre en France, les Américains se sont rués sur les armureries, et près d'1.6 millions d'armes ont été vendues pour le seul mois de décembre 2015. De son côté, la NRA arrose les élus Républicains (ce qui est parfaitement légal aux Etats-Unis) pour s'assurer des votes favorables au Congrès, comme l'a rappelé Igor Volsky, alors que ces mêmes élus adressaient leurs condoléances aux victimes d'Orlando.

Même si Hillary Clinton promet à chaque apparition publique de tout faire pour réguler les ventes d'armes aux Etats-Unis, de telles réformes ont toujours échoué depuis la tentative de Bill Clinton, aussitôt annulée par George W. Bush lors de son arrivée au pouvoir.

Après huit ans de présidence de Barack Obama, rien n'a changé. Reste une image historique: celle d'un président en larmes en évoquant l'assassinat de 12 enfants dans une école primaire.

Paul Aveline