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Venezuela: pénurie de traitements antirétroviraux pour les séropositifs

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- - Illustration - iStock - jarun011

Les pénuries de denrées s'accentuent au Venezuela tandis que la crise politique s'aggrave. Elles touchent aussi le matériel médical et les médicaments, avec en particulier des conséquences pour les personnes atteintes de maladies de longue durée. 200.000 séropositifs n'ont par exemple plus accès aux traitements antirétroviraux.

Alors que le Venezuela s'enfonce dans une crise politique profonde, le système de santé s'effondre. Les hôpitaux sont privés de médicaments et autres denrées nécessaires aux soins. Les personnes atteintes du VIH n'ont ainsi plus accès aux médicaments antirétroviraux essentiels dans le traitement de la maladie depuis le 15 juillet dernier, dans un pays où 200.000 personnes seraient atteintes du virus responsable du sida.

Lors de la 9ème réunion de l'International Aids Society (IAS), conférence scientifique rassemblant les chercheurs de tous pays luttant contre le sida, à Paris fin juillet, des activistes vénézuéliens ont interrompus la séance plénière pour alerter sur la situation de leur pays.

"Les préservatifs sont hors de prix"

Actuellement, les séropositifs vénézuéliens n'ont plus accès à aucun traitement antirétroviral, nécessaire dans la trithérapie pour ralentir l'avancée du virus dans l'organisme. En 2015, près de 63.000 personnes suivaient ce traitement.

"Depuis le 15 juillet dernier, plus aucun traitement antirétroviral n’est disponible. Les préservatifs sont hors de prix ou indisponibles (...) Au final, les traitements, les outils de prévention ou de dépistage ne sont plus accessibles au Venezuela", assure Carlos Useches Gallego, de l'ONG vénézuélienne "Venezuela te necesita" (Le Venezuela a besoin de vous), au site d'informations lancé par l'association Aides, Seronet.

Une situation d'autant plus grave que le Venezuela fut un temps en avance en matière de lutte contre le sida. Stephanie Nolen, journaliste pour le quotidien canadien The Globe and Mail, alertait déjà sur la situation au Venezuela le 21 juin dernier:

"Le pays proposait un traitement gratuit contre le VIH depuis 1999. Son programme de lutte contre le sida était un modèle pour les pays en développement du monde entier. Le gouvernement vénézuélien a importé d'Inde des médicaments génériques abordables (...) ciblant les communautés marginalisées comme les travailleurs du sexe, les gays et les transgenres notamment, en distribuant gratuitement des préservatifs", assure-t-elle.

"Mauvaises décisions publiques"

Mais la situation a changé. Depuis plusieurs années, les principaux médicaments sont en pénurie dans le pays et le système de santé public est au bord du gouffre: "Les hôpitaux n'ont même plus de matériel médical. Mêmes les cliniques privées sont impactées, fautes de devises pour importer du matériel. Le gouvernement ne reconnaît pas qu'il y a une vraie crise humanitaire, car cela serait admettre la mauvaise gestion politique du pays", assure Carlos Useches Gallego à Seronet.

"Cette crise humanitaire est la conséquence de mauvaises décisions publiques. Le manque d’antirétroviraux remonte à trois ans, mais on arrive à un point de non-retour gravissime pour les personnes", ajoute-t-il.

Les décès et les infections s'accélèrent

Depuis trois ans, le gouvernement ne communique plus de chiffres sur le nombre de personnes atteintes du VIH. Selon les estimations de l'ONUSIDA, il y avait 130.000 séropositifs au Venezuela 2012. L'ONUSIDA estimait également que 11.000 personnes étaient diagnostiquées avec le VIH chaque année.

En 2017, il y aurait donc près de 200.000 vénézuéliens atteints du virus, pour une population de 30 millions d'habitants. À titre de comparaison, l'ONUSIDA recense 180.000 séropositifs pour plus de 60 millions d'habitants en France. Mais les chiffres vénézuéliens ne prendraient pas en compte l'accélération du rythme des décès et des infections dans le pays, assure Stéphanie Nolen.

Guillaume Dussourt