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Attentat à Tunis: une attaque redoutée de longue date

Un soldat tunisien à l'extérieur du musée du Bardo, à Tunis.

Un soldat tunisien à l'extérieur du musée du Bardo, à Tunis. - Fethi Belaïd - AFP

L'attaque sanglante qui a fait 22 morts à Tunis était crainte dans le pays. Sa situation démocratique ainsi que sa proximité avec la Libye en font une cible privilégiée du terrorisme.

Mercredi, la Tunisie a été frappée très durement dans un attentat contre le Parlement et le musée du Bardo, dans la capitale du pays. 22 personnes sont mortes, essentiellement des touristes. Le pays est sous le choc même si l'attaque n'est pas la première.

“Le phénomène terroriste n’est pas nouveau en Tunisie”, explique Sayida Ounissi, députée tunisienne présente au Parlement lors de l’attaque. En 2002, le pays a été frappé à Djerba, puis en 2007 dans la région de Solimane. En octobre 2013, deux attentats avaient été manqués dans les villes touristiques de Sousse et de Mounastir. “A Tunis, on était épargnés par des opérations spectaculaires mais tout le monde était dans l’appréhension”, reconnaît le journaliste tunisien, Mohammed Haddad.

"La menace était présente, mais elle était renforcée depuis cet été”, avance Kader Abderrahim, chercheur spécialiste du Maghreb à l’Iris, notamment à cause des tensions dans le pays voisin, la Libye, où les combats entre milices ont pris de l’ampleur. “La Tunisie est aussi une base de redéploiement de groupes basés essentiellement en Libye”, ajoute Anne Giudicelli, spécialiste du monde arabe et musulman.

Une "success story" démocratique

Etat islamique, Al-Qaïda au Magreb, Ansar Alshariaa... Il est encore trop tôt pour dire quel groupe est à l'origine de l'attentat. Pour le moment, aucune revendication n'a été exprimée. La possibilité que l'attentat ait été préparé à l'extérieur de la Tunisie n'est pas à exclure non plus. “Je ne sais pas qui a commis ces attaques, mais ils cherchent clairement à mettre en danger la stabilisation de la Tunisie”, dénonce Sayida Ounissi.

Depuis la révolution qui a mené au départ du président Ben Ali, en janvier 2011, la Tunisie conserve l'image d'un pays qui a réussi à mener à bien sa transition démocratique. Des élections pluralistes ont eu lieu depuis, et un président, Béji Caïd Essebi, a été élu démocratiquement en 2014. “Son image de ‘success story’ du printemps arabe aux yeux des pays occidentaux en fait une cible intéressante pour les terroristes”, analyse Anne Giudicelli.

Ces dernières semaines, les députés planchaient justement sur un texte pour lutter contre le terrorisme. Ils auditionnaient d’ailleurs les représentants de l’état-major de l’armée tunisienne, dans le cadre de la préparation du projet de loi anti-terroriste, lorsque les tirs ont éclaté. “Ce n’est pas une coïncidence”, affirme Kader Abderrahim, qui rappelle que plusieurs ministres, dont celui de la Défense, étaient présents dans le Parlement.

Frapper la Tunisie au portefeuille

Autre symbole caractéristique de cette attaque, les touristes, pris pour cible au musée du Bardo, lieu hautement touristique de Tunis. “Ce n’est pas bon pour le tourisme mais pas bon non plus pour la Tunisie, son économie et l’esprit de liberté qui semblait émerger”, estime Jean-Pierre Mas, président du Syndicat national des agences de voyage.

“Avec cette attaque, on cherche à frapper au portefeuille du pays en touchant le tourisme”, confirme Kader Abderrahim. "Mais je doute que s’en prendre à l’économie soit une stratégie très habile. Dans un pays où entre 700 et 800 000 personnes travaillent dans cette branche, cela pourrait être mal accueilli par les Tunisiens."

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV