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"Il existe un risque terroriste en Tunisie"

Sécurité renforcée devant le mausolée Bourguiba, à Monastir, visé par l'une des attaques manquées, mercredi 30 octobre.

Sécurité renforcée devant le mausolée Bourguiba, à Monastir, visé par l'une des attaques manquées, mercredi 30 octobre. - -

Les deux tentatives d'attentats contre deux villes très touristiques de la côte est de la Tunisie, mercredi matin, ont ravivé les craintes d'une vague terroriste dans le pays, qui tente difficilement de sortir de la crise politique près de trois après la chute de Ben Ali.

Après les deux attentats manqués de mercredi matin, la Tunisie s'inquiète de nouvelles attaques terroristes sur son sol. D'autant plus que, pour la première fois, deux sites touristiques, situés sur la côte est du pays, ont été visés. Les autorités s'insurgent contre cette menace qui pèse sur le poumon économique du pays mais aussi sur la transition démocratique en cours.

Faut-il craindre une menace terroriste en Tunisie? BFMTV.com fait le point avec Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Existe-t-il, aujourd'hui, au regard des derniers événements, une menace terroriste en Tunisie?

Le risque terroriste existe en Tunisie de façon évidente. Plusieurs groupes sont actifs, notamment à la frontière algérienne. Cette menace provient, semble-t-il, essentiellement du groupe Ansar Ashariaa, qui, jusqu'à une date récente, œuvrait au grand jour. Ce groupe se trouve notamment derrière l'attaque contre l'ambassade américaine, à Tunis, en septembre 2012. Une attaque qui avait failli très mal tourner. L'ambassade américaine, une véritable forteresse, avait été assiégée par des manifestants extrêmement agressifs et les secours étaient arrivés avec un certain retard.

Mais il y a un autre aspect de la menace terroriste en Tunisie: de plus en plus de Tunisiens partent combattre sur les champs de bataille du jihad, notamment en Syrie. Plusieurs centaines seraient déjà partis. Ce qui signifie que les jihadistes parviennent à recruter au sein de la population, notamment parmi les jeunes.

Quel était l'objectif de ces deux attaques avortées, qui visaient, pour la première fois, des sites touristiques?

Ce terrorisme dirigé contre des sites touristiques est relativement nouveau. Selon toute vraisemblance, il s'agit d'essayer de dissuader les touristes de venir en Tunisie, un moyen d'aggraver la situation économique du pays, déjà mal en point.

Par ailleurs, les terroristes tentent clairement de perturber le processus de transition démocratique en cours au sommet de l'Etat, en pleine crise politique près de trois ans après la Révolution de jasmin. Et ce alors qu'une période de "dialogue national", entre les islamistes au pouvoir en Tunisie et l'opposition, vient de s'ouvrir. Ce processus de transition vise, rappelons-le, à déboucher sur l'adoption d'une nouvelle Constitution et l'organisation d'élections législatives.

Que fait le gouvernement en place pour prévenir d'éventuelles attaques terroristes?

Pendant longtemps, le gouvernement, dirigé par le parti islamiste Ennahda, a été jugé complaisant à l'égard d'Ansar Ashariaa. Mais depuis quelques mois, un certain nombre de mesures ont été prises. Ainsi, plusieurs membres du groupe salafiste ont été arrêtés et leur chef, Abou Iyadh, est en fuite et recherché.

Je crois que le gouvernement est décidé à prendre de sérieuses mesures, d'autant plus après les assassinats des opposants Chokri Belaïd, en février 2013, et Mohamed Brahmi, en juillet dernier.

Propos recueillis par Adrienne Sigel