BFMTV

La Tunisie aux urnes pour sa première présidentielle "libre"

File d'attente devant un bureau de vote, à Tunis, le 23 novembre.

File d'attente devant un bureau de vote, à Tunis, le 23 novembre. - Fadel Senna - AFP

VIDEO - Véritable exception parmi les pays du Printemps arabe, la Tunisie vit ce dimanche sa première élection présidentielle libre de l'après-révolution. Pour le grand favori, Béji Caïd Essebi, il s'agira de faire coup double après la victoire de son parti face aux islamistes d'Ennahda.

C'est la première élection présidentielle libre de l'après-révolution. Les Tunisiens sont appelés aux urnes, ce dimanche, pour choisir leur nouveau chef d'Etat. Un scrutin dans lequel Béji Caïd Essebsi, 87 ans, apparaît comme le grand favori. L'occasion, peut-être, de réaliser un doublé après la victoire de son parti Nidaa Tounès aux législatives aux dépens des islamistes d'Ennahda.

Vingt-sept personnalités sont en lice pour ce scrutin, dont le président sortant Moncef Marzouki, des ministres du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, une figure de proue de la gauche, Hamma Hammami, le richissime homme d'affaires Slim Riahi ainsi qu'une magistrate, Kalthoum Kannou, seule femme candidate.

Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir de fin 2011 jusqu'à début 2014, n'a pas présenté de candidat, laissant ses membres "élire un Président qui garantisse la démocratie".

Un second tour fin décembre?

Avec un bilan très critiqué en matière d'économie et de sécurité, cette formation est arrivée derrière Nidaa Tounès, la formation de Béji Caïd Essebsi, aux législatives d'octobre, en obtenant 69 sièges.

Si aucun des candidats ne remporte la majorité absolue dès le premier tour, un second tour est prévu fin décembre.

Pour la première fois, les Tunisiens pourront voter librement pour leur chef d'Etat. De son indépendance en 1956 jusqu'à la révolution de 2011, le pays n'a en effet connu que deux Présidents: Habib Bourguiba, le "père de l'indépendance" déposé le 7 novembre 1987 par un coup d'Etat de son Premier ministre, Ben Ali ; et ce dernier, qui occupa le Palais de Carthage jusqu'à sa fuite en Arabie saoudite le 14 janvier 2011.

Pour tenter d'éviter une nouvelle dictature, les différentes forces politiques s'étaient mises d'accord pour que la Constitution accorde au futur chef de l'Etat des pouvoirs restreints, l'essentiel de l'exécutif relevant du Premier ministre issu de la majorité parlementaire.

Retrouver "le prestige de l'Etat"

Favori du scrutin malgré son âge avancé, Béji Caïd Essebsi, qui avait été nommé Premier ministre provisoire en février 2011, a axé sa campagne sur "le prestige de l'Etat", un discours qui a trouvé de l'écho auprès de nombreux Tunisiens se disant exaspérés de l'instabilité qui a suivi le soulèvement populaire de décembre 2010 - janvier 2011.

Si ses partisans le considèrent comme le seul à pouvoir "faire barrage" aux islamistes, ses opposants l'accusent, eux, de chercher à reproduire l'ancien régime, Béji Caïd Essebsi ayant servi aussi bien sous Bourguiba que sous Ben Ali.

Le président sortant Moncef Marzouki, lui, n'a cessé pendant sa campagne de se poser en rempart contre le retour des "anciens", exhortant les Tunisiens à voter pour lui pour contrer les "menaces" pesant selon lui sur les libertés chèrement acquises avec la révolution.

Signe des temps pour de nombreux Tunisiens, un gendre de Ben Ali, l'homme d'affaires Slim Chiboub, condamné par contumace à de la prison ferme, est rentré mardi en Tunisie pour contester ce jugement après avoir passé environ quatre ans à l'étranger.

Les spéculations vont bon train sur la composition du futur gouvernement et la possibilité d'une alliance, en apparence contre nature, entre Nidaa Tounès et Ennahda. Aucun des deux partis n'a exclu une éventuelle collaboration avec l'autre.

De délicates tractations à venir

Béji Caïd Essebsi avait dit qu'il attendrait les résultats de la présidentielle avant d'engager des tractations pour s'assurer une majorité à l'Assemblée. Son parti a remporté 86 sièges mais il lui en manque 23 pour atteindre la majorité absolue de 109 élus nécessaire pour former un gouvernement.

"L'enjeu principal de la présidentielle est la formation de la future coalition, pour pouvoir nommer un gouvernement et une majorité stable sur les cinq prochaines années", a indiqué l'analyste indépendant Selim Kharrat.

"Nidaa Tounès et Béji Caïd Essebsi ont besoin d'une victoire (...) pour pouvoir avoir d'un côté un président (de la République) qui émane du parti, mais également un chef du gouvernement et aussi une majorité relative au sein du Parlement", a-t-il ajouté. Un tel scénario fait craindre à certains une "domination" de la scène politique par un seul parti.

Tout en reconnaissant le risque d'une "monopolisation des pouvoirs", Selim Kharrat juge toutefois que des "contre-pouvoirs", avec notamment une société civile forte, s'activeront comme au cours de ces dernières années pour "que le processus démocratique puisse continuer".

Les élections doivent doter la Tunisie, avec deux ans de retard, d'institutions pérennes. Le pays fait figure d'exception dans la région, l'essentiel des Etats du Printemps arabe ayant basculé dans le chaos ou la répression.

Jé. M. avec AFP