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Orages violents, pluies diluviennes, tornades: faut-il s'attendre à des phénomènes météo plus intenses?

Les orages n'ont pas été spécialement plus fréquents ce mois-ci que les autres années, mais leur forte intensité est, au moins en partie, due au réchauffement climatique.

Plusieurs gros orages se sont abattus sur l'Hexagone ces derniers jours, accompagnés de fortes précipitations et de violentes rafales de vent. En Indre-et-Loire, une tornade a arraché le clocher d'une église, et depuis hier circulent les images impressionnantes d'un toit balayé, également par une tornade, dans le Doubs.

Si la France est actuellement en pleine saison des orages, la récurrence et surtout la violence de ces épisodes semblent inédites. Ils sont, au moins en partie, liés au réchauffement climatique.

Des orages pas forcément plus fréquents

À noter d'abord que malgré la répétition des alertes aux orages ces dernières semaines, les épisodes ne sont, pour le moment, pas plus fréquents que ceux observés les années précédentes. "On observe pas statistiquement qu'il y a plus d'orages", explique ainsi sur BFMTV Françoise Vimeux, climatologue à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

"Il y a quatre jours, je vous aurais dit que les six premiers mois de l'année 2020 ont été les plus calmes depuis les trente dernières années", déclare même sur BFMTV ce mercredi Stéphane Schmitt, spécialiste des phénomènes orageux à Météorage. Il évoque par exemple "l'année la plus foudroyée qui est 2018, un mois de mai incroyable avec des foudroiements de niveau de mois de juillet". Pour lui, il n'y a donc pas "une tendance de recrudescence de foudroiements", cette année.

Toutefois, "comme on est dans un contexte de réchauffement climatique, on a des températures qui sont plus élevées qu'avant à la fin du printemps et au début de l'été", explique Françoise Vimeux, "et alors que les orages étaient confinés sur le coeur de l'été en juillet/août sur le territoire hexagonal, on voit de plus en plus d'orages au mois de juin comme on l'a vu là".

Une recrudescence de la violence de certains épisodes

Les deux spécialistes soulignent en revanche que si la fréquence de ces événements n'a pas augmenté, une recrudescence de la violence de certains orages a été notée. Les orages, ou les intempéries plus fortes comme les tornades pourront à l'avenir "se manifester de manière beaucoup plus forte", explique sur BFMTV Hervé Le Treut, climatologue et ancien membre du GIEC, car "on est face à un réchauffement qui n'a pas cessé de croître sur la France et les autres pays de la planète".

Selon lui, "il y a un lien qui n'est pas complètement causal" avec le réchauffement climatique, "mais un lien effectivement".

Outre les rafales de vents violents, c'est aussi au niveau des fortes pluies, entraînant des inondations dans plusieurs villes françaises, que les derniers phénomènes orageux ont semblé plus violents, ce qui peut aussi s'expliquer par le réchauffement climatique.

"Lorsque l'atmosphère est plus chaude, elle peut contenir plus de vapeur d'eau. La physique nous dit que pour un degré de réchauffement, l'atmosphère peut contenir 7% en plus de vapeur d'eau", explique Françoise Vimeux, "donc lorsque l'on a une situation météorologique qui va créer une pluie ou un orage, et bien la quantité d'eau disponible dans l'atmosphère qui peut retomber sur notre tête est beaucoup plus importante".

Des "impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques"

Pour affronter ces intempéries plus fortes, il faut repenser certains de nos fonctionnements, comme l'artificialisation des sols qui les imperméabilise, empêche l'infiltration de l'eau et participe aux inondations. "Toutes les infrastructures de gestion des eaux urbaines ont été réfléchies, pensées et réalisées à la fin du XIXe et au début du XXe", déclare Françoise Vimeux. Elles "doivent être révisées et repensées avec les événements extrêmes que l'on va subir dans les années et décennies à venir".

Parlant de la nécessité d'anticiper sur les phénomènes à venir, Hervé Le Treut souligne qu'il "y a des zones qui sont plus vulnérables que d'autres, où s'il arrive quelque chose ce sera plus grave, et c'est ce travail là qui doit être fait" en amont. Françoise Vimeux cite par exemple la vallée de la Roya, qui avait vécu de fortes inondations en 2020 et où "on voit dans les décennies à venir des volumes de pluie qui peuvent augmenter jusqu'à 120%".

Un réchauffement climatique durable supérieur au seuil de +1,5°C aurait des "impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques", ont averti les experts du GIEC dans un projet de rapport alarmant ce mercredi matin. Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l'humanité qui en dépend vont s'accélérer et devenir douloureusement palpables bien avant 2050, selon eux.

"Les 20 prochaines années sont dictées par les augmentations de gaz à effet de serre qui ont déjà eu lieu, on a mis dans l'atmosphère des gazs à effet de serre, ils ne peuvent pas s'en aller ils sont là, ils se stockent, ils croissent, et ça continue parce que l'on continue d'en mettre", explique Hervé Le Treut. "Et tant qu'on n'aura pas atteint la neutralité carbone, soit un équilibre zéro des gazs à effet de serre, on aura cette croissance des risques".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV