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Inondations dans le Sud-Est: "On a un gros problème en France, c'est l'artificialisation des sols"

Image aérienne de Le Luc, commune inondée du Var, le 24 novembre 2019

Image aérienne de Le Luc, commune inondée du Var, le 24 novembre 2019 - Handout / Securite Civile - AFP

"Artificialisé ça veut dire bétonisé, bitumisé, ça veut dire des forêts qui sont détruites, des champs... Et donc le sol qui n'absorbe plus", déclare sur BFMTV Amandine Crambes, urbaniste.

Les fortes inondations qui ont touché le sud-est de la France ce week-end ont fait quatre morts et deux disparus. Une lente décrue a commencé, permettant aux habitants de retourner à leur domicile et de constater les dégâts. Des sinistrés qui pour beaucoup ont déjà vécu d'autres inondations par le passé, et en ont "ras-le-bol".

"Il suffit qu'il pleuve comme ça tous les trois, quatre, cinq, six ans et ça y est, on perd tout", témoigne ainsi sur BFMTV Jean-Louis, habitant de Roquebrune-sur-Argens (Var).

Le réchauffement climatique est l'un de responsables de l'intensité de ces phénomènes, car l'évaporation est plus forte et conduit à plus de précipitations. Mais si ces pluies ont conduit à des inondations, c'est également à cause de l'artificialisation des sols, qui empêche une bonne infiltration de l'eau, qui stagne donc en surface.

16.000 à 61.000 hectares artificialisés par an

"On a un gros problème en France, c'est l'artificialisation des sols" déclare sur BFMTV Amandine Crambes, urbaniste. "Ces dix dernières années, on a l'équivalent d'un département qui a été artificialisé. Artificialisé ça veut dire bétonisé, bitumisé, ça veut dire des forêts qui sont détruites, des champs... Et donc le sol qui n'absorbe plus".

"Selon les sources, le taux moyen d’artificialisation pour la France varie, à titre d’illustration, de 16.000 à 61.000 hectares par an", d'après un rapport publié en juillet 2019 par France Stratégie, qui précise qu'en France, l'artificialisation est supérieure à la moyenne européenne.

Sur les dix dernières années, il y a eu "13% de bétonisation en plus alors qu'il n'y a eu que 5% en plus de population. Il faut construire autrement", martèle Amandine Crambes. La façade atlantique, la côte méditerranéenne et les périphéries des grandes villes ont été particulièrement concernées sur la période, selon les données du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Ce weekend, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait souligné que "le Var et les Alpes-Maritimes, par exemple, ce sont des départements qui en quelques années ont doublé les surfaces qui sont imperméabilisées, donc forcément ça a ensuite des conséquences".

Quelles solutions ?

Il faut "arrêter de construire en périphérie", explique Amandine Crambes, pour qui il faut penser la densification des villes plutôt que de continuer l'étalement urbain, générateur d'artificialisation des sols.

"On a aussi les canalisations qui ne sont plus adaptées à ces changements, il faut être en capacité de mieux absorber tout ça", continue l'urbaniste qui propose également "d'enlever le béton à des endroits où ce n'est pas nécessaire et d'arrêter de donner des permis de construire dans les lits mineurs des rivières et les zones inondables".

Au lieu de construire des parkings entièrement bétonisés, on va aussi "s'efforcer de faire des constructions et des projets urbains qui prévoient des sols absorbants en dehors des zones en inondations", explique de son côté Boris Weliachew, architecte expert des risques majeurs, sur BFMTV.

Salomé Vincendon