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"Ils se flattent d'avoir le 06 d'Emmanuel Macron": le président de la LPO dénonce la proximité du chef de l'État avec les chasseurs

Le président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, Allain Bougrain-Dubourg, a salué la décision du Conseil d'État de suspendre les chasses traditionnelles aux oiseaux lundi. Sur notre plateau ce mardi, il en a profité pour adresser quelques piques à Emmanuel Macron, au gouvernement et aux chasseurs.

Il assure qu'il n'y voit pas une "victoire" et se dit "désolé" d'avoir besoin de tant de recours pour "faire valoir le droit". Mais tout de même, la suspension lundi par le juge des référés du Conseil d'Etat des autorisations des chasses traditionnelles aux oiseaux dispensées mi-octobre par le gouvernement marque un succès pour les défenseurs des animaux, et le président de la Ligue pour la Protection des oiseaux Allain Bougrain-Dubourg. Ce dernier était notre invité ce mardi.

L'arrêt du Conseil d'État n'est, par définition, que suspensif, et le débat devra encore être tranché sur le fond dans les mois à venir. C'est la crainte d'une contradiction entre ces méthodes traditionnelles de chasse aux volatiles avec le droit européen qui a motivé ce moratoire.

"Les chasseurs se tirent une balle dans le pied"

Mais de quoi parle-t-on lorsqu'on parle de "chasses traditionnelles"? De piéger les oiseaux dans des cages et des filets avant de les abattre. "Il y a des méthodes qu'on ne doit plus pratiquer, c'est de la maltraitance", a estimé Allain Bougrain-Dubourg à ce propos. "Je pense que les chasseurs se tirent une balle dans le pied en ne voulant pas voir que la société bouge", a-t-il encore posé.

Mais le militant a préféré se tenir sur le terrain juridique plutôt que moral. "J'ai revisité les textes qui existent sur les chasses traditionnelles. Depuis 1902, la France s'était engagée à les suspendre. (...) Il y a une multitude d'engagements qu'on ne respecte pas", a-t-il glissé.

"Le président de la République est retoqué"

Le gouvernement avait pourtant donné son blanc-seing à la poursuite de ces piégeages il y a quelques jours. Aussi, la suspension résonne-t-elle comme un camouflet à l'exécutif, ce qu'Allain Bougrain-Dubourg n'a pas manqué d'observer ce mardi. "Le ministère de la Transition écologique - dont la fonction est tout de même de protéger la biodiversité, je le rappelle - s'attache aujourd'hui à ce qu'on tue toujours davantage des espèces agressées", a-t-il attaqué. "On tue 200.000 alouettes des champs au fusil, on voulait en ajouter 100.000 piégées. C'est beaucoup", a illustré le président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux.

Il s'est ensuite aventuré un cran plus haut, ironisant: "Je regrette que le président de la République soit retoqué. C'est clairement lui qui a voulu ces chasses traditionnelles." Allain Bougrain-Dubourg a dénoncé une proximité trop grande selon lui entre les chasseurs et le sommet de l'État. "Les chasseurs se flattent d'avoir le '06' d'Emmanuel Macron et de l'appeler chaque fois que nécessaire. On voit qu'il accorde une attention particulière aux chasseurs, leur fait des cadeaux", a-t-il tancé.

Pour le lobbyiste des chasseurs, on s'est trompé de cible

On ne peut évoquer le lobbying des chasseurs auprès des institutions sans penser au conseiller politique de leur fédération: Thierry Coste. Ce dernier a d'ailleurs précédé l'écologiste sur notre plateau. Lui aussi s'est montré sarcastique: "Pendant 25 ans, le Conseil d'État a dit qu'on pouvait pratiquer ces chasses traditionnelles. Cette année, il a changé d'avis."

Pour lui, Conseil d'Etat et militants visent au mauvais endroit. "Les chasses traditionnelles ne pèsent rien sur la biodiversité! Le vrai combat, des écologistes sincères, c'est qu'on livre la bataille de la protection du biotope (un milieu naturel donné regroupant des espèces précises, NDLR), et ça, on le fait. On plante des centaines de kilomètres de haies par an. C'est utile à tout le monde! Aux oiseaux qu'on chasse, et à toute la faune sauvage", a-t-il affirmé.

Allain Bougrain-Dubourg lui a répondu à distance. "Thierry Costes, il est figé dans le temps", a-t-il jugé. Il a enchaîné: "J'appartiens à une génération 'lance-pierres'. On allait dans la nature tirer les petits oiseaux au lance-pierres. Aujourd'hui, c'est la génération 'jumelles': on a un rapport au vivant différent. Notamment, on ne veut plus retirer la vie chaque fois que possible".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV