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Comment les villes tentent de se transformer pour affronter les canicules

Une petite fille tente de se rafraîchir à Pantin, en juin 2017.

Une petite fille tente de se rafraîchir à Pantin, en juin 2017. - Laurent EMMANUEL / AFP

Pour faire face aux pics de chaleur, les métropoles commencent à mettre en place des dispositifs destinés à ramener un peu de fraîcheur en ville.

Vous habitez en ville et vous avez de plus en plus de mal à supporter les vagues de chaleur? Accrochez-vous, ce n’est que le début. Récemment, une étude de Météo France a révélé que les températures à Paris allaient grimper de 4° l’hiver et de 5° l’été d’ici à la fin du siècle. Pour tenter d’atténuer le choc, les climatologues et les urbanistes travaillent sur des méthodes susceptibles de rafraîchir l’atmosphère urbaine. Nos agglomérations minérales, très imperméables à l’eau et peu dotées en espaces verts, ne se sont pas construites sur un plan destiné à résister aux périodes de canicule.

Ce modèle de développement date "de la grande période de l’hygiénisme" fait remarquer Erwan Cordeau, chargé d’études climat, air et énergie à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Île-de-France.

"On avait des problèmes de miasmes, d’insalubrité. Donc on a chassé l’eau de la ville en construisant des égouts. On a enfoui certaines rivières urbaines, comme la Bièvre à Paris. Aujourd’hui il y a un rééquilibrage à faire, parce qu’il y a encore des zones sans espaces verts, et où l’eau a vraiment disparu de la ville". Pas question de se rassurer en se disant qu’on a le temps de voir venir: "On a déjà un mal à traiter l’îlot de chaleur urbain (ICU), un phénomène lié à la minéralité de nos villes", explique-t-il.

"Dix degrés d’écart entre la ville et l’extérieur"

Derrière cet acronyme ICU se cache le calvaire des habitants des zones urbaines en période de fortes chaleurs. "L’îlot de chaleur urbain est lié à l’imperméabilisation des surfaces, au fait qu’on a mis des matériaux comme la brique, la pierre, le bitume ou le béton", explique Valéry Masson, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM) et spécialiste du climat urbain. "Ces matériaux, pendant la journée, en cas de canicule, ils vont chauffer. Et pendant la nuit, toute cette chaleur va être rendue à l’atmosphère et empêcher l’air de se refroidir. Quelques heures après le coucher du soleil, on peut avoir sur une ville comme Paris 10° d’écart avec l’extérieur. Dans des villes moyennes, on peut avoir 5/6°. Les gens qui ont eu chaud dans la journée ont toujours chaud pendant la nuit, les corps n’arrivent pas vraiment à récupérer".

Pour atténuer les effets de la chaleur en ville, les méthodes sont connues. On l’a dit, il y a d’abord la stratégie qui vise à ramener l’eau en ville.

"A Marseille, dans le quartier Euroméditerranée, il y avait un ruisseau couvert par une voie ferrée, qui va être rouvert avec un parc autour. C’est le ruisseau des Aygalades. Ce sont des actions de remise à jour de petits ruisseaux qui étaient enterrés", raconte Valéry Masson.

On peut aussi tout bêtement arroser les trottoirs, les jardins et les rues. Au Japon, on appelle ça l’uchimizu, et la pratique relève presque du rituel. "Ce n’est pas encore mis en place de manière opérationnelle dans nos villes. D’autant que la question, c’est d’où vient l’eau: si possible, il ne faut évidemment pas utiliser de l’eau potable", reprend le chercheur du CNRM.

"Créer des îlots de fraîcheur à l’intérieur des villes"

L’autre piste mène au développement de la végétalisation, dans des villes beaucoup trop minérales pour résister aux canicules. "Avec des trames vertes, on peut créer des îlots de fraîcheur à l’intérieur des villes. Elles ne vont pas rafraîchir très loin, en général c’est une centaine de mètres, rarement plus, sauf pour les très grands parcs. Mais si on végétalisait la moitié des trottoirs et des places de parking, sans toucher aux bâtiments et aux routes, on estime qu’on pourrait avoir une baisse de température de deux degrés", poursuit Valéry Masson.

Sauf que de tels aménagements ne sont pas toujours possibles. "Il y a des limites de foncier pour faire des espaces verts et végétaux. A ce moment-là on prend le relais avec des murs végétalisés, des toits-terrasses… Un toit végétal va avoir des qualités pour le confort thermique du bâtiment qui est en dessous, mais sera moins efficace pour la lutte contre les ICU", fait remarquer Erwan Cordeau.

Le dernier axe de recherche nous emmène vers un terme assez méconnu: l’albédo. "C’est le réfléchissement de l’énergie solaire. Plus la surface est réfléchissante, plus elle est claire, plus l’énergie va être restituée directement à l’atmosphère et ne sera pas emmagasinée dans les matériaux", explique Erwan Cordeau. La mesure de l’albédo est comprise entre 0 et 1: plus une matière se rapproche de 1, moins elle rendra de chaleur, et inversement. Selon Le Monde, l’albédo des villes européennes se situe entre 0,15 et 0,30. Passer à des chiffres compris entre 0,20 et 0,45 permettrait de faire descendre les thermomètres de 4° en période de chaleur.

Trouver des matériaux qui stockent moins de chaleur

Aux Etats-Unis, on a déjà commencé à peindre les toits et même les routes en blanc. "C’est ce qu’on appelle les 'cool-roof'", reprend Valéry Masson. "On essaie de faire en sorte que les matériaux stockent moins de chaleur. C’est typiquement ce qui s’est fait dans les villages autour de la Méditerranée avec des maisons et des toits peints en blanc. Il existe aussi des matériaux technologiques, qui évidemment coûtent plus cher, mais qui permettent d’avoir des toits de couleurs reflétant quasiment comme du blanc ou des couleurs très claires". Alors que Los Angeles expérimente de peindre en blanc certaines routes depuis un an, la ville de Paris teste quant à elle un revêtement sur certains tronçons de la ville censé produire moins de bruit et de chaleur. C’est le projet C-Low-N, pour "Cool and low Noise", qui doit durer cinq ans.

Rafraîchir la ville prendra donc du temps. "On est capable d’atténuer certaines chaleurs grâce aux solutions de l’aménagement. Maintenant, réparer la ville telle qu’elle est construite, c’est délicat", prévient Erwan Cordeau. En attendant, on peut déjà tenter de ne pas faire empirer les choses, comme sur l’usage de la climatisation. "En France, à part pour les bureaux et commerces, on n’est pas encore tellement climatisé dans le résidentiel. L’idée c’est donc plutôt d'éviter d’y avoir trop recours dans le futur, parce que quand on climatise, la chaleur qu’on prend dedans, on la rejette dehors", prévient Valéry Masson.
Antoine Maes