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"On ne peut pas dire qu'on n'a pas été averti": derrière les violentes intempéries, le réchauffement climatique

Les climatologues sont formels: le réchauffement climatique est bien l'une des causes des violentes intempéries qui frappent actuellement l'Europe.

L'Europe fait face à des intempéries historiques, les plus meurtrières depuis vingt ans: plusieurs quartiers de Belgique, du Luxembourg ou des Pays-Bas ont été évacués, tandis que l'Allemagne est toujours à la recherche de centaines de personnes après un important glissement de terrain.

Dans certains endroits, le niveau de l'eau est même monté de cinq mètres du fait de ces pluies diluviennes, soit l'équivalent de plusieurs mois de précipitations en quelques heures seulement. En cause: la goutte froide. L'air froid en altitude se bloque sur une région précise, renforçant la dépression déjà présente. Si le phénomène de n'a rien d'exceptionnel en lui-même, son intensité à cette période de l'année, soit au début de l'été, l'est bien plus.

Une conjonction de plusieurs phénomènes

Fabien Debal, météorologiste principal à l'Institut royal météorologique de Belgique, avait pourtant repéré et anticipé cette perturbation dès le début de la semaine. Il évoque un "blocking" dépressionnaire sur l'Europe centrale et l'Allemagne, associé à une perturbation pluvio-orageuse.

"Non seulement cette perturbation est active mais en plus elle a transité et traversé la Belgique dans le sens de la longueur, ce qui implique que les mêmes régions sont touchées pendant plusieurs jours", assure-t-il à BFMTV.

Fabien Debal évoque également une conjonction de plusieurs phénomènes pour expliquer ces intempéries inédites. À la perturbation s'ajoute un autre effet: "Le flux est orienté au secteur nord-est, donc la perturbation attaquait le relief de l'Ardenne par le Nord", ajoute-t-il. "Le soulèvement dû au relief a intensifié la perturbation." Cumulé à l'aspect "blocking", la dépression est restée au même endroit, conduisant à cette situation extrême.

Si, selon ce prévisionniste, les précipitations sur la Belgique devraient progressivement perdre en intensité dans les prochains jours, de nouvelles pluies sont cependant attendues sur d'autres régions européennes, notamment dans le sud de l'Italie, l'Adriatique, la Croatie et la Bosnie. En France, des "crues atypiques pour la saison" ont eu lieu et 11 départements du Nord et de l'Est restent placés en vigilance orange ce vendredi à la mi-journée.

Des conséquences du changement climatique

Comme le rappelle pour BFMTV Xavier Fettweiss, professeur à l'Université de Liège et chercheur en climatologie, "tout événement météo est impacté maintenant par le réchauffement climatique". Et selon lui, ces événements climatiques exceptionnels en sont des illustrations et des conséquences.

"Ce week-end, on a eu une vague de chaleur au niveau du Maroc et de l'Espagne. Cet air chaud, anormalement chaud, a traversé la Méditerranée, s'est gorgé d'eau et est arrivé en Europe de l'Est. Plus l'air est chaud et plus il peut contenir de la vapeur d'eau. Paradoxalement, on a cette goutte froide de l'air arctique, un contraste de ces deux masses d'air et donc beaucoup de précipitations."

Xavier Fettweiss explique également ces phénomènes inédits par la diminution du contraste thermique entre l'Équateur et les pôles, parce que ces derniers "vont se réchauffer plus vite". Ce qui affaiblit la dynamique atmosphérique.

Cela "signifie que les systèmes climatiques, au lieu de rester quelques heures chez nous et être directement renvoyés en Europe de l'Est, ont tendance à ralentir", détaille le climatologue. La dépression est donc restée trois jours sur place, sans bouger, provoquant des précipitations record au même endroit et donc des inondations record.

"On ne peut pas dire qu'on n'a pas été averti"

Pour de nombreux climatologues, ces événements climatiques sont loin d'être une surprise. Jean-Pascal Van Ypersele, ancien vice-président du GIEC et professeur de climatologie à l'UCLouvain en Belgique, assure qu'il fallait s'y attendre.

"J'ai ici le premier rapport du Giec publié en 1990", a-t-il rappelé sur le plateau de la RTBF. "Je vous lis une phrase, une seule: 'l'effet de serre accentuera les deux extrêmes du cycle hydrologique, c'est-à-dire qu'il y aura plus d'épisodes de pluies extrêmement abondantes et plus de sécheresses prononcées.' Donc on ne peut pas dire qu'on n'a pas été averti."

Jean-Pascal Van Ypersele regrette ainsi qu'il faille des catastrophes pour prendre conscience de l'urgence climatique. "Le Giec, et les scientifiques avant même que le Giec n'existe, tirent la sonnette d'alarme depuis tellement longtemps et sont si peu écoutés (...) On ne les écoute (...) que quand la catastrophe est là, on s'occupe trop peu de prévention."

Son homologue Jean Jouzel abonde auprès de France Info: si, dès le début des années 1990, la communauté scientifique a réussi à prédire les événements extrêmes d'aujourd'hui, "ne faut-il pas écouter les inquiétudes des scientifiques quant à 2050?" Car le climatologue alerte: si "beaucoup de gens ont l'impression que les catastrophes que nous observons aujourd'hui, c'est cela le réchauffement climatique", ce n'est rien à côté de ce qui nous attend potentiellement: "La deuxième partie du siècle, si on ne fait rien, sera terrible."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV