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Le manga et les comics américains à l’honneur du festival de BD d’Angoulême 2019

Batman

Batman - DC Comics / Angoulême

Du 24 au 27 janvier, le plus important festival de BD au monde propose un programme consacré aux 80 ans de Batman, à Tom-Tom et Nana et au Grand prix Richard Corben, adulé par Joann Sfar et Riad Sattouf.

Tom-Tom et Nana, Manara, Batman… Pour sa 46e édition, le festival de la BD d’Angoulême investit tous les genres du 9e Art et tous les continents. Alors que Wes Anderson tourne son nouveau film The French Dispatch dans la préfecture de Charente, l’événement de cette rencontre internationale sera l’exposition Richard Corben - donner à l’imaginaire, consacrée à l’œuvre du Grand Prix.

Exceptionnelle par son ambition de réunir 250 originaux éparpillés dans le monde entier, elle permettra de faire découvrir au grand public la carrière de cet auteur américain méconnu du grand public (il n’est pas apparu en public depuis les années 1990), mais adulé par ses pairs.

"Richard Corben mérite qu’on le mette en avant, d’autant que l’Amérique ne le fait pas", s’enthousiasme Joann Sfar, tandis que Riad Sattouf loue sa "maîtrise technique hallucinante de virtuosité". Pour Jean-Marc Rochette (Le Transperceneige), il a tout simplement “fait une révolution": "il y a un avant et un après Corben."

Festival d'Angoulême
Festival d'Angoulême © Festival d'Angoulême / Richard Corben

Hyperréalisme et caricature

Doté d’un "univers personnel qu’il livre sans censure" et fasciné par les corps extrêmement musclés, Richard Corben "a produit des images que lui seul peut produire", explique Stéphane Beaujean, directeur artistique du Festival d’Angoulême:

"Non seulement il dessine extrêmement bien, mais il a aussi tenté de nombreuses expériences, au point que son dessin apparaît souvent comme une forme de mystère. Les gens ne comprennent pas comment il fait. Quand vous êtes dessinateur et que vous pensez connaître le métier par cœur, cela n’arrive jamais. Pour cette raison, il a fasciné. Il a inventé des techniques de dessin, de mise en dessin difficiles à comprendre et à reproduire."

Maître de la BD d’horreur, fantastique et de fantasy, Richard Corben impressionne par son style graphique, mélange d'hyperréalisme et de caricature souvent rehaussé par une mise en couleurs et des dégradés spectaculaires.

Il a travaillé chez Marvel, dessiné plusieurs aventures de Hellboy (aujourd’hui réunies chez Delcourt) et signé quelques-unes des meilleures adaptations en BD d’Edgar Allan Poe (disponibles aux éditions Delirium et Panini Comics). Un catalogue réunissant les plus belles pièces de l’exposition sera également édité.

Batman
Batman © DC Comics / Angoulême

Les 80 ans de Batman

Outre l’exposition célébrant les 80 ans de Batman, en présence de Frank Miller (The Dark Knight Returns, Year One) et de Paul Dini (Batman - la série animée), un des événements du festival d’Angoulême 2019 sera "Dessiner l’enfance", la rétrospective consacrée au mangaka Taiyô Matsumoto, dont 200 œuvres originales seront exposées.

Très marqué par un voyage en France où il découvre la BD européenne (Moebius, Nicolas de Crécy), il est très influencé également par Katsuhiro Otomo (Akira) et en particulier par son Domu - rêves d’enfants. "La figure de la baleine volante, très présente chez Matsumoto, vient de chez Otomo", commente Xavier Guilbert. De ce croisement entre les avant-gardes japonaises et européennes, Matsumoto crée un style à part entière, riche en motifs et en symboles.

Dessiner l’enfance

Commissaire de l’exposition, Xavier Guibert a choisi comme porte d’entrée le thème de l’enfance dans l’univers de Taiyô Matsumoto, dont les ouvrages les plus célèbres sont Sunny et Amer Béton (qui vient d'être réédité).

"L’idée de 'dessiner l’enfance' est polysémique", explique le spécialiste. “D’une part, son œuvre ne comporte que des enfants ; d’autre part, c’est une œuvre qui s’est construite dans son enfance. Son imaginaire se met en place dans une période extrêmement critique entre ses 6 et 15 ans commencée par la séparation avec sa mère qui le place en foyer d’enfants dans la région d’Osaka, loin de Tokyo, où il a toujours vécu."

Des mangas de Taiyô Matsumoto
Des mangas de Taiyô Matsumoto © Kana / Delcourt

Cet événement fondateur lui a inspiré les thématiques principales de son œuvre et un de ses chefs d’œuvre, Sunny. Et non sans gêne d’ailleurs, les auteurs japonais évoquant rarement de façon aussi franche leur vie. Le thème de l’abandon est au cœur de ses préoccupations. "Si vous regardez la plupart de ses œuvres, il n’y a pas de parents, pas d’adultes", poursuit Xavier Guilbert, qui précise que l’âge adulte cristallise chez Matsumoto les peurs. Pour cette raison, les rares personnages adultes de ses histoires agissent avant tout comme des enfants.

Une “Manga City” de 2500m2

A l’occasion de la rétrospective, les éditeurs de mangas ressortent certains de ses classiques (Amer Béton, Number 5, Ping Pong) et des inédits (la trilogie Le Rêve de mon père et un beau one-shot sur le chamanisme, Eveil). Un catalogue sera également disponible.

Après la grande rétrospective Osamu Tezuka en 2018, le manga est plus que jamais représenté à Angoulême, avec une "Manga City" de 2500m2, un focus sur Le Voleur d’estampes du Français Camille Moulin-Dupré et surtout une exposition consacrée à Tsutomu Nihei, l’auteur de Blame! (20 millions d’exemplaires vendus dans le monde).

Le dessinateur, qui débute une nouvelle série Aposimz, affichera ses œuvres très influencés par Giger, le créateur du monstre d’Alien. Comme le dessinateur suisse, "Nihei cherche la fusion entre deux choses antinomiques: l’organique et le mécanique", analyse Stéphane Beaujean. Éloigné visuellement de Taiyô Matsumoto, Tsutomu Nihei partage avec lui l’ambition de ne pas suivre "les stéréotypes et les codes du manga pour construire un dessin différent", poursuit le directeur artistique.

Les œuvres de Nihei
Les œuvres de Nihei © Glénat

Manara et Fellini

A l’occasion de la sortie de son dernier album sur Le Caravage, le festival organise une rétrospective Manara. Si le maître italien de 73 ans est connu pour ses récits érotiques (Le Déclic), "l’immense majorité de l’exposition (150 des 170 planches montrées) reviendra sur le parcours plus politique et plus artistique de Manara. Il entre en BD en rejetant l’art bourgeois, avec un vrai message à faire passer", précise Stéphane Beaujean. Intitulé "Itinéraire d’un maestro italien", l’événement évoque en détail les collaborations de Manara avec Hugo Pratt et Federico Fellini.

"La moitié, si ce n’est plus, de sa carrière a été consacrée à autre chose que l’érotisme. Il a essayé de rentrer en dialogues avec la société de la manière la plus aiguë possible et a participé à renouveler les codes de la BD avec sa série Giuseppe Bergman. il a signé des récits d’aventure qui ont marqué leur époque, comme L’été indien [écrit par Hugo Pratt, NDLR]. C’est fou que l’érotisme ait réussi à occulter Hugo Pratt et Fellini", raconte le spécialiste.

Preuve de l’éclectisme de la programmation, qui vise à séduire tous les âges, ainsi que les néophytes comme les passionnés, des animations autour des 60 ans de Boule et Bill et l’exposition sur Tom-Tom et Nana et sa dessinatrice Bernadette Desprès côtoient des focus sur l’autrice israélienne Rutu Modan et Jérémie Moreau, jeune lauréat du Fauve d’or en 2018 avec La Saga de Grimr.

Proposant cette année trois affiches (signées Bernadette Desprès, Taiyô Matsumoto et Richard Corben), le festival se veut "de plus en plus universaliste" en rendant hommage à la fois au patrimoine et aux jeunes auteurs. Événement phare de la bande dessinée, il permet aux auteurs de tous les continents de se rencontrer et de dialoguer.

Les affiches du Festival d'Angoulême
Les affiches du Festival d'Angoulême © Festival d'Angoulême
Jérôme Lachasse