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Le Caravage, le mauvais garçon de la peinture, célébré dans une BD et une expo

Le Caravage en BD

Le Caravage en BD - Milo Manara Glénat 2018

Le Caravage revit à travers une bande dessinée signée Milo Manara et une exposition exceptionnelle à Paris au musée Jacquemart-André.

C’est un événement: jusqu’au 28 janvier, l’exposition Caravage à Rome, amis & ennemis au musée Jacquemart-André à Paris présente dix tableaux de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage. Célébré de son vivant, le peintre fut beaucoup copié par ses contemporains, avant de tomber dans l’oubli et d’être redécouvert au XXe siècle.

Rarement exposées, les toiles du maître du clair-obscur ont la particularité de ne pas être signées, ce qui rend leur identification parfois complexe. Confrontant les œuvres du Caravage à celles de ses contemporains, l’exposition présente pour la première fois en France Le Joueur de luth, Ecce Homo et le deuxième Souper à Emmaüs - et permet de découvrir côte à côte deux versions de Marie-Madeleine en extase.

Les tableaux du Caravage, souvent réalisés à taille humaine, ne proposent pas de perspective, le clair-obscur devant faire ressortir les éléments. Le Caravage ne peint rien de superflu. Il n’idéalise pas non plus ses sujets, souvent d’ordre religieux. Les ongles de ses personnages sont sales, leur visage est plissé. Plus il avance dans sa vie, moins la couleur est présente.

Caravage
Caravage © Musée Jacquemart-André

La confrontation avec ses contemporains montre la puissance de son influence. Certains vont jusqu’à détourner ses techniques pour se moquer de lui, comme Giovanni Baglione, qui parodie dans L'Amour divin et l'Amour profane le style du Caravage et y représente le maître en diable. Sa réputation était sulfureuse: l’artiste n’hésitait pas à se battre avec ses rivaux. Lors d’un duel en 1606, il tue par mégarde le fils d’une riche famille. Contraint de quitter Rome, il est condamné à mort par contumace. Pendant quatre ans, il vivote entre Naples et Syracuse, puis devient Chevalier de Malte avant de trouver la mort, mystérieusement, sur une plage de Toscane.

"Le démon dévore mon âme"

C’est cette histoire que raconte un autre maître italien, Milo Manara, dans La Grâce, second tome de sa biographie en BD du Caravage qui vient d’être publiée chez Glénat avant une sortie simultanée dans 15 pays en janvier. Après un premier tome, La Palette et l’épée, consacré à son ascension, La Grâce met en scène un Caravage en fuite, au bord de la folie, qui consacre toute son énergie à peindre pour obtenir le pardon du pape. Il le recevra trop tard, quelques jours avant sa mort.

La mort est omniprésente dans l’album. Blessé après son duel, le peintre doit son salut à une troupe de saltimbanques, qui le soignent. "Que vas-tu peindre pour ton retour au monde des vivants?", lui lance l’une d’elle. "La Cène à Emmaüs, avec Jésus que tous croyaient mort…", lui répond Le Caravage avec son panache habituel. Figure tragique, il joue sa vie sur chaque œuvre: "La toile servira à m’acheter une grâce", assure-t-il à propos de Marie-Madeleine en extase.

Le Caravage par Manara
Le Caravage par Manara © Milo Manara Glénat 2018

Pendant cette période, il peint David avec la tête de Goliath et se représente "en Goliath battu, humilié, vaincu, décapité, sans plus aucun espoir". Complètement fou, il lance: "Tout le monde me hait (...) ! moi compris ! il y a un démon en moi, il m’entraîne vers les ténèbres dès que je touche la lumière du doigt…" "le démon dévore mon âme", ajoute-t-il.

"La vie d’un ami que j’ai l’impression d’avoir rencontré"

Amateur des œuvres du Caravage, Manara raconte avoir "travaillé avec beaucoup d'humilité" sur ces deux albums, qu’il a "dessinés pour rendre hommage au maître". Disposant de nombreuses documentations sur la période romaine de sa vie, il s’est appuyé sur les travaux des graveurs et architectes italiens Giovanni Battista Falda, Giuseppe Vasi et Le Piranèse. Pour les six dernières années du Caravage, hors de Rome, l’auteur du Déclic s’est appuyé sur son imagination et il livre un second album plus fantasmagorique que le premier.

Après avoir travaillé de longues années sur cette biographie, il dit s’être penché sur “la vie d’un ami que j’ai l’impression d’avoir rencontré". S’il reconnaît que ce travail lui offre "moins de liberté" que ses précédents ouvrages, il le trouve “plus passionnant, car il y a la recherche sur la vie de Caravage, les galères, les prisons…": "J’ai découvert des choses intéressantes que je n’aurais jamais imaginées", s’enthousiasme le dessinateur de 73 ans qui sera célébré en janvier 2019 à Angoulême.

Couvertures des deux tomes du Caravage de Manara
Couvertures des deux tomes du Caravage de Manara © Milo Manara Glénat 2018
Jérôme Lachasse