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Vidéo de Daesh: "ce n'est pas mon fils", assure la mère de Mickaël Dos Santos

Pour Ana Dos Santos, ça ne fait aucune doute: ce n'est pas son fils que la video d'exécution de masse publiée par l'Etat islamique.

Pour Ana Dos Santos, ça ne fait aucune doute: ce n'est pas son fils que la video d'exécution de masse publiée par l'Etat islamique. - Capture BFMTV

EXCLUSIF BFMTV - La mère du second Français soupçonné d'avoir pris part aux exécutions de masse publiées par Daesh affirme qu'il ne s'agit de pas de son fils. "Je ne le reconnais pas", a confié cette mère éplorée à nos équipes. Avant-elle, plusieurs spécialistes avaient émis des doutes.

Les autorités françaises ont évoqué des indices précis et concordants permettant d'identifier Mickaël Dos Santos. Elle, elle ne reconnaît pas son fils. Ana Maria Dos Santos, la mère du second jihadiste français soupçonné d'avoir participé à l'exécution de masse publiée par Daesh le week-end dernier, s'est confiée en exclusivité à BFMTV jeudi.

"La barbe n'est pas la sienne"

Après avoir regardé à plusieurs reprises la photo du jihadiste présenté ces derniers jours comme son fils Mickaël, cette mère est formelle:

"Ce n'est pas mon fils Mickaël Dos Santos, confie-t-elle à BFMTV. Je l'ai dit à la DGSI, [mercredi] et [jeudi], où j'ai été interviewée. (…) La barbe n'est pas la sienne (…) il a les yeux assez foncés sur la photo, alors que réellement il a les yeux verts/marrons. Je n'ai pas reconnu sa voix."

Pouvait-il parler si bien arabe?

"Je ne pense pas, il l'a appris à la mosquée avant de partir en Syrie, mais il n'a pas eu le temps de maîtriser la langue correctement", assure sa mère.

Ana Maria Dos Santos, pourtant, l'avait bien précisé aux policiers. Qui ne l'on visiblement pas crue… "Ils m'ont demandé: 'Mais vous êtes sûre?' Mais ils me l'ont fait répéter pendant très longtemps, si longtemps. Qu'à un moment, j'ai cru que j'avais des doutes… Alors je leur ai dit… Je ne sais plus si c'est mon fils… Mais plus je regarde, plus je sais que ce n'est pas lui!", raconte la mère de famille, au bord des larmes.

(vidéo Nastasia Tepeneag)

> Plusieurs spécialistes avaient déjà émis des doutes

Avant les confessions d'Ana Maria Dos Santos, plusieurs spécialistes, certains s'appuyant sur des sources de l'Etat islamique sur place, avaient fait part de leur doute sur l'identité du jihadiste présenté comme le jeune Français.

S'il est avéré que Mickaël Dos Santos, 22 ans, originaire de Champigny-sur-Marne dans le Val-de-Marne, est bel et bien en Syrie pour faire le jihad, plusieurs autres indices sont venus semer le trouble quant à sa participation présumée aux exécutions de masse.

> Un combattant syrien?

"En ce qui me concerne, toutes les sources de l'Etat islamique que j'ai pu contacter depuis hier soir, à savoir cinq personnes qui sont là-bas au combat, assurent toutes qu'il ne s'agit pas de la personne dont on parle", a-t-il expliqué dans un premier temps le journaliste de RFI David Thomson, alors interviewé par BFMTV. 

"Il s'agirait d'un combattant syrien", selon les sources consultées par David Thomson, également auteur du livre "Les Français jihadistes" (Editions Les Arènes). "C'est seulement leur parole contre celle des autorités françaises", a-t-il toutefois mis en garde.

> "J'annonce clairement que ce n'est pas moi", aurait écrit Dos Santos

Par ailleurs, le journaliste affirme que Mickaël Dos Santos, très actif et prosélyte depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, aurait fait son retour sur Twitter ce jeudi avec un nouveau compte, ceux qu'il a créées étant régulièrement bannis, censurés. Etant en contact avec des Français partis faire le jihad depuis maintenant environ trois ans, David Thomson a expliqué qu'il avait pu "authentifier" Mickaël Dos Santos derrière ce compte grâce une question et une réponse secrète qu'ils sont les deux seuls à connaître.

L'occasion pour "Abu Uthman", ainsi qu'il se fait appeler en Syrie, de démentir sa présence sur la vidéo d'exécution publiée par Daesh. "J'annonce clairement que ce n'est pas moi présent dans la vidéo", aurait-il écrit en milieu d'après-midi, ce jeudi. Selon France24, également en contact avec le jihadiste présumé sur le réseau social, Mickaëil Dos Santos aurait également déclaré: "La France, les médias, services de renseignement font bien rire, tous des clowns".

> Pourtant, ses proches l'ont un temps reconnu

Depuis l'annonce de l'identification du jeune homme, plusieurs proches ont affirmé l'avoir reconnu sur les images qui ont fait le tour des médias.

"C'est ça qui paraît fou", a concédé ce spécialiste, en s'appuyant toutefois sur un précédent: "il est arrivé en Angleterre qu'un père, dans une même vidéo, affirme avoir reconnu son fils britannique avant de se rétracter. Sous l'émotion, il pensait avoir reconnu son fils, il ne faut pas oublier que ce sont des familles qui n'ont pas vu leurs enfants depuis deux ou trois ans", ajoute-t-il.

> Parle-t-il un arabe "trop parfait"?

De son côté, le chercheur et consultant sur les questions islamistes Romain Caillet, met en doute la capacité de ce jeune Français à parler un arabe parfait, sans accent étranger. "Sauf trucage, ce n'est certainement pas Mickaël Dos Santos qui s'exprime dans cette vidéo", a-t-il affirmé dès mercredi soir sur Twitter.

Cet arabe parfait étonne également Jean-Pierre Duthion, un entrepreneur arabophone qui a vécu sept ans en Syrie. Toujours sur Twitter, ce dernier explique reconnaître l'accent de la région dans la vidéo postée par Romain Caillet. De quoi appuyer de nouveau la thèse d'un combattant syrien.

> Pas d'intérêt à avoir deux Français?

Ce qui étonne encore Romain Caillet, c'est justement la présence de deux Français dans la vidéo de décapitation de masse publiée par Daesh. Après Maxime Hauchard, originaire de l'Eure, l'Etat islamique n'aurait pas eu d'intérêt à afficher un deuxième Français dans la séquence. 

"Cela n'a aucun sens de mettre deux Français dans une vidéo censée représenter la "Oumma" dans toute sa diversité", a encore écrit ce chercheur. "A mon avis, chaque personne présente dans cette vidéo est d'une nationalité différente", a-t-il conclu.

> Le parquet de Paris répond

Face à cette montée du doute, le parquet de Paris a expliqué à BFMTV que les déclarations sur Twitter de celui qui se présente comme Mickaël Dos Santos constituent un nouvel élément qui sera ajouté à l'enquête.

Quant à l'identité du jeune jihadiste visible sur la vidéo de Daesh, le parquet déclare qu'il n'y a pas de certitudes mais il répète qu'ils possèdent "des indices précis et concordant qui permettent d'identifier Mickaël Dos Santos".

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Jérémy Maccaud avec Sarah-Lou Cohen