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Le récit de l'affaire qui a conduit à la condamnation pour pédophilie du cardinal Pell

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La condamnation en décembre dernier du cardinal australien et secrétaire d'Etat à l'Economie du Vatican, George Pell, pour le viol d'un enfant et l'agression d'un autre est enfin connue. Cette sentence, diffusée ce mardi, est la conclusion d'une longue enquête de la police australienne sur les agissements du prélat.

George Pell, cardinal de l'Eglise catholique, secrétaire d'Etat à l'Economie du Vatican, et ancien archevêque de Melbourne et de Sydney, s'apprête à entrer en prison. Le prélat australien a été jugé coupable en décembre dernier de s'en être pris sexuellement à deux enfants de chœur dans les années 90, deux jeunes garçons alors âgés de 12 et 13 ans, violant l'un et agressant sexuellement l'autre. 

La levée du black out 

Le procès a d'abord été organisé en août 2018 mais s'est clôt initialement pour un désaccord des jurés. Après avoir repris en novembre dernier, il a débouché le 11 décembre sur la condamnation du prêtre pour cinq charges, dont l'une de pénétration sur enfant de moins de seize ans et quatre d'agressions sur enfant de moins de seize ans. La détention de cet homme de 77 ans pourrait débuter mercredi à l'issue de l'audience qui doit lui signifier sa peine.

Mais si la sentence de condamnation n'est publiquement divulguée qu'aujourd'hui bien que prononcée il y a plus de deux mois, c'est qu'elle fait l'objet de ce que le droit australien appelle une "ordonnance de suppression". Cette disposition impose le silence autour d'une décision judiciaire précise dans les médias, pour ne pas nuire au bon déroulement d'un autre procès prévu pour le même accusé. 

Mais, ce mardi, le ministère public ayant annoncé que ce second procès, censé instruire des faits similaires, n'aurait pas lieu à cause de l'abandon de certains éléments du dossier, le secret entourant le premier a été levé du même coup. 

L'histoire commence en 2012 

La condamnation de George Pell est le fruit de longues et opiniâtres investigations, retracées ici par CNN. Elles mettent en avant les travaux d'une cellule d'enquête dédiée mais aussi d'une commission royale qui a documenté les accusations mettant en jeu des dizaines de milliers de victimes d'abus sexuels au cours des 65 dernières années en Australie et portées contre 1800 prêtres, religieuses et laïcs. 

La chute de George Pell s'amorce en 2012, quand un enquêteur prend sur lui de publier une lettre ouverte au Premier ministre de l'Etat du New South Wales. Rappelant ses 35 ans de service, Peter Fox évoque le "Mal de la pédophilie dans l'Eglise catholique". Sa missive trouve un écho immédiat. La Première ministre Julia Gillard lance une commission royale pour faire la lumière sur ses allégations. Figure éminente de l'Eglise catholique locale, George Pell livre son mot à l'époque, balayant des "calomnies généralisées" contre l'institution ecclésiale. 

Ce n'est pas l'avis de la police. Parallèlement à la commission royale, une équipe d'enquêteurs dédiée, la SANO Task force en version originale, est mise sur pied par la police de l'Etat de Victoria. Elle se double encore, à partir de 2013, d'une "opération Tethering", montée pour travailler spécifiquement sur le cas George Pell. Mais il faut attendre deux ans pour qu'un tournant décisif intervienne. 

Le témoignage décisif 

En juin 2015, un homme passe la porte d'un commissariat de la police de Victoria. il apporte avec lui un récit effroyable. Les faits se déroulent un dimanche de 1996, comme le souligne ici le Guardian. Enfant de chœur au sein de la cathédrale Saint Patrick de Melbourne, il va boire du vin de messe dans la sacristie après l'office, avec un autre garçon de son âge.

Malheureusement, il est surpris par le maître des lieux, George Pell, archevêque de Melbourne à cette période. Ce dernier s'exhibe, et force son futur accusateur à pratiquer une fellation. Le deuxième enfant de chœur, également agressé ce jour-là, ne viendra jamais trouver la police. Il est mort quelques temps après les faits d'une overdose, après avoir sombré dans la drogue. Sa mère confie toutefois à la police avoir un jour demandé à son fils s'il avait été victime d'attouchements dans cette sacristie, ce à quoi il avait répondu non. 

C'est en tout cas, l'accusation de l'enfant de chœur qui entraîne George Pell dans la tourmente. Elle fait alors écho à une dénonciation précédente. En 2002, il avait en effet été accusé d'abus sexuel présumé commis en 1962. La procédure n'est pas allée à son terme, faute d'éléments concluants. George Pell, à qui on reproche aussi d'avoir étouffé d'autres affaires similaires commises par d'autres, notamment du fait de sa longue proximité avec le père Gerald Ridsdale, prédateur sexuel ayant agressé une cinquantaine d'enfants, connaît encore une autre accusation.

Des témoignages assurent qu'il a saisi le sexe d'un mineur lors d'un jeu aquatique dans une piscine dans les années 70. C'est cette affaire qui devait lui valoir un second procès, en avril prochain, motivant ainsi une "ordonnance de suppression", mais a été abandonnée après que certaines déclarations ont été jugées irrecevables. 

"La Riposte de Melbourne" 

Un autre scandale remonte à la surface ces jours-ci en Australie à l'évocation du nom de George Pell et dévoile le cynisme du personnage: la Melbourne Response (qu'on pourrait traduire par "La Riposte de Melbourne"). En effet, à l'époque où il a violé et agressé des enfants tout près de l'autel où il offrait l'hostie à ses fidèles de la cathédrale Saint Patrick, il lançait un programme sous ce nom.

L'idée était de faire face aux accusations d'actes pédophiles dans l'Eglise. En fait, il s'agissait surtout de verser des compensations financières à des victimes présumées de l'archidiocèse de Melbourne. Dans certains cas, il les décourageait même de porter leur vécu devant la justice. Cette même justice qui a fini par le déférer devant ses tribunaux. 

Robin Verner