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Pédophilie dans l'Eglise: les ravages de l'omerta en Afrique et en Asie

Le sommet inédit sur la pédophilie dans l'Eglise s'est ouvert ce jeudi au Vatican.

Le sommet inédit sur la pédophilie dans l'Eglise s'est ouvert ce jeudi au Vatican. - (Photo d'illustration) - AFP

Le pape a donné ce jeudi le coup d'envoi d'un sommet inédit au Vatican sur la pédophilie dans l'Eglise. Les victimes du clergé réclament des mesures concrètes. Mais dans certains pays d'Asie ou d'Afrique, d'anciens abusés attendent encore que la parole se libère.

Le premier sommet sur la protection des mineurs au sein de l’Eglise s’est ouvert ce jeudi matin au Vatican. Les victimes du clergé attendent la mise en place de mesures concrètes pour endiguer le fléau des agressions sexuelles dans l’Eglise catholique. "La tolérance zéro pour les abus sexuels perpétrés par des ecclésiastiques doit être inscrite par écrit dans la loi universelle de l'Eglise avant la fin de la réunion" et cette obligation doit s'appliquer au niveau mondial, souhaite l’association de défense des victimes Ending clerical abuse.

La pédophilie n'est pas "le vice des Blancs"

Il faut "renvoyer tout évêque ou cardinal impliqué dans la couverture d'agressions sexuelles du clergé", stipule l'association américaine Survivors network of those abused by priests. La liste des mesures réclamées est longue et la crédibilité de l’Eglise sévèrement entachée, notamment depuis la révélation en 2018 de nouveaux scandales à grande échelle, au Chili, aux Etats-Unis ou encore en Allemagne. Mais tous les continents sont concernés par ces affaires.

"La pédophilie, ce n’est plus ce que d'aucuns appellent le ‘vice des Blancs’", insiste l’historien des religions Odon Vallet, interrogé par TV5Monde. "Les crimes pédophiles concernent également l’Asie et l’Afrique", encore souvent oubliés alors que de nombreux prêtres ont abusé d’enfants en toute impunité.

En Afrique du Sud par exemple, 35 cas d’abus sexuels par des prêtres ont été recensés par l’Eglise catholique depuis 2003 et seuls sept ont fait l’objet d’une enquête policière, selon La Croix. Les agressions sexuelles commises par des prêtres en Afrique "sont des choses dont on ne parle absolument pas", livre au quotidien le père Bernard Ugeux, missionnaire en République démocratique du Congo.

"Que les abus soient perpétrés en famille, à l’école ou dans la paroisse, on évite systématiquement les procès. Il y a un très grand respect du prêtre, qui représente une figure presque sacrée, ce qui empêche la remise en question", affirme-t-il.

"Institution hypocrite"

La chape de plomb persiste également en Asie, où très peu de plaintes pour abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé ont été rapportées. Cela tient notamment au fait que la communauté catholique est minime dans les pays asiatiques par rapport au nombre d’hindouistes, bouddhistes, taoïstes et musulmans. Mais aux Philippines, au contraire, plus de 80% des habitants sont catholiques. Toutefois, peu d’affaires émergent. Fin décembre 2018, le président Rodrigo Duterte n'a pourtant pas hésité à présenter l'Eglise comme "l'institution la plus hypocrite" affirmant que ses camarades de classe et lui avaient été victimes d'agression sexuelle en confession. Mais l’épiscopat refuse de porter devant la justice les agressions sexuelles sur mineurs.

Des efforts sont toutefois impulsés pour libérer la parole. Dans le Kerala, au sud de l’Inde, l’Eglise fait preuve de fermeté depuis la révélation de l’affaire impliquant Mgr Franco Mulakkal, ancien évêque de Jalandhar (au nord de l’Inde) relevé de ses fonctions en 2018. Il est accusé d'avoir violé une religieuse treize fois entre 2014 et 2016. Le 16 février dernier, un prêtre catholique a également été condamné à 20 ans de prison par un tribunal de l'Etat du Kerala, reconnu coupable d'avoir violé une collégienne.

"La vérité nous libérera"

En conséquence, le Conseil des évêques catholiques du Kerala (KCBC) a établi, dans le quotidien The Indian Express du 6 février cité par La Croix, plusieurs directives à destination des paroisses. Le KCBC prévoit notamment "l’obligation de signaler aux autorités civiles tous les cas de violences sexuelles sur mineurs et adultes vulnérables, de coopérer dans les enquêtes judiciaires et d’éviter tout contact physique inapproprié avec des mineurs".

"L'Eglise est très loin d'avoir arrêté l'épidémie", regrette toutefois Anne Barrett Doyle, co-directrice de BishopAccountability.org - une banque de données publique américaine documentant les enquêtes sur les prêtres soupçonnés de crimes sexuels.

Elle dresse un portrait peu flatteur de l'action des épiscopats des plus grands pays catholiques, du Brésil, en passant par le Mexique, la Colombie, les Philippines ou le Congo. Reste que, "convoquer la direction de l'Eglise à Rome est en soi un message très important", plaide Mgr Scicluna, qui annonce "un jour nouveau en matière de transparence". L'archevêque maltais mise beaucoup sur la troisième et dernière journée de réflexion de ce sommet inédit, consacrée à la transparence. Et de conclure: "Nous devons nous confronter aux faits, car seule la vérité nous libérera."

Ambre Lepoivre avec AFP