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D'où vient la règle du célibat des prêtres au sein de l'Église catholique?

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Le synode sur l'Amazonie de l'Église envisage d'ordonner des hommes mariés dans cette région du monde. Si Rome rappelle qu'il n'est pas question en soi de revenir sur le célibat des prêtres, ce trait distinctif du clergé catholique est régulièrement contesté au sein du grand public. Le célibat des prêtres est pourtant enraciné profondément dans l'histoire de l'Église et sa théologie.

La piste est cette fois-ci clairement évoquée, et le débat promet d'être épineux. Lundi, le cardinal Lorenzo Baldisseri présentait le document de travail du synode sur l'Amazonie, qui se tiendra du 6 au 27 octobre prochains à Rome. Un passage du texte trace une perspective atypique, ramenée cependant aux limites de cette seule région du monde: la possibilité d'ordonner des hommes mariés, pères de famille.

"Tout en affirmant que le célibat est un don pour l’Église, il est demandé, pour les zones les plus reculées de la région, d’étudier la possibilité d’ordinations sacerdotales d’anciens, de préférence indigènes, respectés et acceptés par leurs communautés, pouvant même avoir une famille établie et stable, afin d’assurer les sacrements qui accompagnent et soutiennent la vie chrétienne", proclame ainsi le texte. 

Un débat très profondément enraciné 

Malgré les bornes géographiques posées autour de cet éventuel assouplissement, le document, s'il venait à être voté en l'état dans quatre mois, porterait une petite révolution au sein de l'Église. En effet, le célibat des prêtres est l'un des traits distinctifs du catholicisme, au milieu d'un monde de pasteurs, popes, rabbins, imams, et bien sûr laïcs mariés, ayant charge d'enfants. La solitude du curé revient d'ailleurs souvent dans les conversations et l'actualité, soit que cette exception suscite l'incompréhension, soit qu'on aborde le sujet des enfants de prêtres, soit, plus douloureusement, que surgisse un scandale sexuel frappant des ecclésiastiques.

Pourtant, le célibat des prêtres n'est ni une coquetterie, ni une élucubration vide de sens. Il est étroitement lié à l'histoire de l'Église de Rome, à ses traditions, à la relation entre l'officiant et ses ouailles et même à sa théologie. Contacté par BFMTV.com, Yves Chiron, auteur de l'Histoire des conciles et plus récemment de La longue marche des catholiques en Chine, nous aide à y voir plus clair sur la genèse du célibat des prêtres et les raisons qui l'ont imposé. 

Et pour lui, tenter de fixer une date précise à cette règle serait non seulement malaisé mais vain. "Le célibat des prêtres était une demande pressante qui a fini par aboutir à une interdiction formelle", synthétise Yves Chiron. Cette interdiction est formulée en 1132 et plus encore en 1139 au moment du deuxième concile de Latran. Mais les premières incitations à ne pas se marier pour les prêtres remontent à bien plus loin. "Le premier concile qui recommande le célibat des prêtres est celui d'Elvire, en Espagne, vers 300", précise l'historien. 

Aux origines 

Ces rappels à l'ordre, de plus en plus impérieux au fil du temps, n'empêchent pas certains prêtres d'avoir une vie conjugale. Mais notre spécialiste veut redonner au phénomène ses vraies dimensions, y voyant une pratique minoritaire et complexe. "Qu'appelle-t-on un homme marié à l'époque? Un prêtre qui vit avec une femme, a des relations sexuelles, ou un prêtre qui a reçu le sacrement du mariage, c'est différent. A mon sens, il n'y avait pas d'homme marié selon le sacrement du mariage au Moyen-Âge" , pose Yves Chiron qui parle plutôt de "prêtres concubinaires". 

Cette généalogie de conciles ne dit rien des raisons historiques et théologiques de ce célibat. Un regard jeté sur les origines du christianisme montre déjà les signes d'une forme d'hésitation autour de la question du mariage, et pas seulement en ce qui concerne les prêtres. Dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, on lit ainsi:

"Au sujet de ce que vous dites dans votre lettre, certes, il est bon pour l’homme de ne pas toucher la femme. Cependant, étant donné les occasions de débauche, que chacun ait sa femme à lui, et que chacune ait son propre mari. (...) À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je déclare qu’il est bon pour eux de rester comme je suis. Mais s’ils ne peuvent pas se maîtriser, qu’ils se marient, car mieux vaut se marier que brûler de désir". (Corinthiens, 7, 1-2 puis 8-9)

Un autre Christ 

Le prêtre n'a donc pas ce recours face au désir, en raison de motifs d'ordres différents. "Il y a l'identification au Christ", commence Yves Chiron. "Le prêtre est un alter Christus, comme l'a notamment rappelé le pape Paul VI en 1967, c'est-à-dire qu'à l'instar du Christ il doit vivre dans la chasteté". De plus, en renonçant à ce type de plaisirs terrestres, le prêtre peut voir plus loin. "En étant célibataire, le prêtre anticipe la fin des temps et la vie éternelle", explique en effet Yves Chiron, qui ajoute une raison plus sociologique: "Un prêtre marié et père de famille serait moins disponible pour ses fidèles". 

Des soucis plus financiers ont pu encourager le célibat. "Un prêtre qui aurait charge de famille ne consacrerait pas ses revenus uniquement à l'Église", note l'historien. 

Contre-réforme (des mœurs) 

Toutes ces raisons pèseront pourtant peu dans l'esprit de certains membres du haut clergé exerçant au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance. Ainsi, on se souvient des papes Jules II et Alexandre VI (issu de la fameuse famille Borgia), tous deux aussi pontifes que géniteurs. "Mais on parle de trois ou quatre papes en deux siècles", assure Yves Chiron. 

Quelques décennies plus tard, notamment autour du concile de Trente, entre 1545 et 1563, Rome réaffirmera l'obligation d'être des célibataires consciencieux et ce, à tous les étages de l'Église. Bien qu'à la suite de Martin Luther et Jean Calvin les pasteurs aient choisi le mariage, il s'agissait alors d'opposer à la réforme protestante la contre-réforme catholique, afin de redorer un blason égratigné par l'époque. 

Robin Verner