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Célibat dans l'Église: des évêques rencontrent ce jeudi des enfants de prêtres

Ce jeudi, trois membres de l'association "Les enfants du silence", reçus à la Conférence des évêques de France, rencontrent des prélats. Enfants de prêtres, ils doivent y trouver l'occasion de témoigner de leur expérience et espèrent obtenir une plus grande reconnaissance de la part de l'Eglise.

A ce jour, la position de l'Eglise est simple: un prêtre, s'il devient père de famille, doit quitter la soutane et assumer sa paternité. Mais certains fruits des amours terrestres d'hommes de Dieu veulent davantage, à savoir être reconnus par l'institution ecclésiastique et que celle-ci accompagne de plus près les personnes concernées.

C'est en tout cas ce qu'espèrent les trois membres de l'association "Les enfants du silence", eux-mêmes rejetons de prêtres, qui rencontrent ce jeudi, lors d'un rendez-vous organisé par la Conférence des évêques de France, des prélats afin de témoigner auprès d'eux de leur expérience. 

"T'as qu'à prendre une maîtresse" 

Des adhérents de l'association ont déjà raconté leur vie à BFMTV. C'est notamment le cas de Nathalie, qui a reçu nos caméras il y a quelques jours à Courbevoie. C'est passé 40 ans que son père, qui n'était alors que celui de ses ouailles, a ressenti le désir de fonder une famille.

"Il s’est trouvé avec un déchirement. Donc, il a naturellement demandé à ses supérieurs ce qu’il pouvait faire. Ils lui ont dit: ‘T’as qu’à prendre une maîtresse’. Mais ce n’était pas du tout l’idée de mon père", sourit Nathalie. 

L'ancien curé a croisé sa mère en 1967, prélude à un amour de 42 ans. Nathalie est née en 1969. Mais elle a appris bien plus tard ce que les circonstances de sa naissance avaient d'inhabituel. "Ça a été un choc quand je l’ai appris à 10 ans. On m’a dit : ‘Voilà, on va te poser une question, à ton avis il faisait quel métier ton père avant?’ Moi, j’ai dit: ‘Je ne sais pas, médecin, professeur’. Et là, ils m’ont dit prêtre. J’ai dit que ce n’était pas possible. Pour moi, un curé c’était seul. Célibataire, célibataire, célibataire", se souvient-elle à présent. 

"C'est la honte, l'opprobre"

Si elle n'a pas enfoui cette révélation sous le tapis, celle-ci lui a compliqué la vie: "C’est la honte, l’opprobre. Enfin, vous êtes minable, votre père aussi. En plus, tout de suite, le visuel qui vient dans la tête des gens, et on le voit par les remarques, c’est que forcément votre mère, c’est une salope, qui a allumé le curé. Et vous, vous êtes l’enfant de ça." 

Anne-Marie Mariani, fondatrice des "Enfants du silence" et membre de la délégation reçue ce jeudi par les évêques, dit son soulagement: "Enfin! Car ça fait quelques années que j’essaye d’avoir des contacts avec Rome. Nous existons là, maintenant."

Anne Oxford, vice-présidente de l'association, est intervenue auprès de France Inter: "Bien sûr, depuis 2017, l'Église incite les prêtres à s'occuper de leurs enfants, ce qui n'était pas le cas à l'époque de mes parents, mais le silence reste. Il ne faut surtout pas dire que cet homme devenu père a été prêtre, on l'envoie dans un autre diocèse, etc. Mais si, il faut dire justement!" 

"Les oreilles de l'Église sont plus ouvertes aujourd'hui" 

Vincent Neymon, porte-parole adjoint de la Conférence des évêques de France, a lui aussi répondu à la radio publique. "Je crois qu'il faut être tout à fait honnête. La crise que nous traversons nous a fait prendre conscience que des gens ont souffert et souffrent encore du fait de l'Église. Sans doute que les oreilles de l'Église sont plus ouvertes aujourd'hui", a-t-il noté.

Lui-même a esquissé un premier pas: "Il est plus que normal que les enfants de prêtres soient reçus ne serait-ce qu'au nom de ce que l'Institution n'a pas fait quand ils étaient enfants. L'Église doit reconnaître que ces personnes existent."

L'association a une dernière requête: que les enfants abandonnés par un parent religieux puissent trouver auprès de l'Église l'aide et les informations dont ils ont besoin. 

Robin Verner