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Qui sont les 1.200 black blocs présents à la manifestation du 1er-Mai?

Des centaines d'individus, appartenant à des groupuscules d'extrême gauche, ont vandalisé vitrines et mobilier urbain sur le parcours de la manifestation parisienne du 1er-Mai.

Leur venue était prévue par les services de police, leur nombre un peu moins. Des centaines de black blocs étaient présents mardi à la manifestation du 1er-Mai prenant la tête d'un cortège alternatif de 14.500 personnes. Lors d'une conférence de presse, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a évalué leur présence à 1200 alors que les autorités en attendaient 400 à 800. "Les informations dont nous disposions en amont faisaient craindre leur présence, les militants radicaux avaient parlé d’un 1er-Mai en enfer", a reconnu le préfet de police.

Et l'enfer s'est traduit par des violents incidents dans la capitale. Un restaurant McDonald's saccagé, une concession automobile Renault vandalisé, d'autres vitrines brisées, un engin de chantier incendié ou encore du mobilier urbain renversé... les black blocs, qui s'inspirent des groupuscule allemand d'extrême gauche très actifs dans les années 80, utilisent la violence comme moyen d'action. "L’objectif, il était clairement de venir en découdre avec la puissance publique, décrit Driss Aït Youssef, spécialiste de la sécurité. Ce qu’ils visaient ce n’était pas les manifestants, ce n’était pas la casse, c’était d’essayer de s’en prendre aux forces de l’ordre.

"On en a marre de ce système capitaliste qui détruit tout, de la répression policière brutale contre ceux qui s'y opposent. On veut un changement radical, qu'on écoute la société, on veut de l'écologie, de l'altermondialisme", a dit l'un d'entre eux, se décrivant comme un étudiant de 19 ans, interrogé par l'AFP sous couvert d'anonymat.

La violence comme moyen d'action

Ce rassemblement massif peut se comprendre comme une convergence de différentes luttes comme Notre-Dame-des-Landes ou l'occupation des fac. "On peut estimer que ces 1.200 personnes qui se sont réunies sont un peu l’agrégation de ces différents courants", analyse le politologue Eddy Fougier qui forment "un noyau dur des militants qui sont là pour des raisons idéologiques émeutières, insurrectionnelles". Toutefois, le chercheur reconnait qu'il y a "sans doute qu’il y a des opportunistes qui viennent profiter du désordre pour casser du flic, casser de la vitrine. Le casseur plus classique". 

Vêtus de noir, masqués, cagoulés, ils ont pris position mardi sur le pont d'Austerlitz, entre le cortège officiel des syndicats et les forces déployées au nombre de 1.500 en ce jour de manifestation. Leur cible affichée: le gouvernement et les symboles du capitalisme. Rapidement, ces individus, qui arborent le "A" pour anarchistes, ont déployé des banderoles avec pour inscription "Premiers de cordée, premiers guillotinés", "Sous les k-ways la plage", "le black bloc colore nos vies", "nous sommes dans une colère noire" ou encore, comme une menace, "Risques de troubles à l'ordre public" et "Cette fois on est organisé".

Groupes organisés

Car, la particularité des black blocs, un terme inventé par la Stasi, l'ancienne police politique de l'Allemagne de l'Est, pour désigner ces groupes cagoulés et vêtus de noir, est leur capacité à s'organiser et se coordonner. "Ce sont des gens parfaitement organisés, qui arrivent par groupe de deux ou trois, qui se 'désilhouette', c'est-à-dire qu'ils arrivent avec un blouson rouge, il le retourne et il est noir", détaille Dominique Rizet, spécialiste police de BFMTV. "On pourrait envisager tous les filtrages, mais ils trouvent leurs projectiles sur place", insiste David Le Bars, du syndicat des commissaires de la police nationale, qui juge leurs techniques "imparables, paramilitaires". Et cette faculté à mobiliser a été renforcée par les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux. 

Le contingent français aurait d'ailleurs été renforcé par des éléments venus de l'étranger, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne ou encore de Grèce. En 2017, ces black blocs étaient en effet au nombre de 150, rapporte Le Monde. Mais cette montée en puissance de ces groupuscules ne se trouverait pas uniquement dans les renforts étrangers. "Manifestement, il y a eu une capacité à être nombreux, à pouvoir s’afficher avec des banderoles, ce qu’on n’avait jamais vu dans le passé. Il ne s’agit plus de quelques militants, épars, qui se glissent dans des défilés. Il s’agit de faire masse, de se montrer", conclut le sociologue, spécialiste des mouvements sociaux, Jean-François Amadieu.

Justine Chevalier