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Quels sont les différents visages de l'antisémitisme en France?

Des oeuvres de street-art représentant Simone Veil ont été taguées de croix-gammées en février

Des oeuvres de street-art représentant Simone Veil ont été taguées de croix-gammées en février - Jacques Demarthon - AFP

De la vieille doctrine antisémite à la critique virulente de la politique d'Israël qui tombe dans la haine des Juifs, l'antisémitisme en France connait différents visages.

Avec l'annonce de l'augmentation de 74% des actes antisémites en 2018, la découverte d'une croix gammée barrant le visage de Simone Veil ou encore les insultes lancées samedi au philosophe Alain Finkielkraut, la question de l'antisémitisme en France est sur le devant de la scène depuis plusieurs semaines. Quatorze partis politiques ont invité les Français à se réunir ce mardi partout en France pour dire "Non à l'antisémitisme".

D'après le dictionnaire Larousse, l'antisémitisme est défini comme une "doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux Juifs et proposent contre eux des mesures discriminatoires." Cette thèse existant dans la société française actuelle, prend différents visages, selon les sources desquelles elle émane.

L'antisémitisme "fond de commerce de l'extrême droite"

Pour Carole Reynaud-Paligot, spécialiste de l’histoire des intellectuels et de l’histoire des processus de racialisation, la principale poche d'antisémitisme en France se retrouve actuellement dans les mouvances d'extrême-droite.

Selon la maîtresse de conférence, subsiste aujourd'hui encore, "un antisémitisme traditionnel de la fin du XIXème siècle, qui est le fond de commerce de l'extrême droite. Il naît de l'idéologie nationaliste, porteuse d'un rejet de l'autre, donc de racisme et d'antisémitisme".

En plus des croix gammées barrant le visage de Simone Veil, mardi, d'autres croix gammées, bleues et jaunes, ont été découvertes sur des tombes du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), mardi. Pour la maîtresse de conférence, la marque de ces symboles nazis est bien souvent le fait de l'extrême droite. Elle relativise toutefois toute comparaison entre l'antisémitisme des années 1930 et l'actuel.

"L'antisémitisme des années 1930 n'est pas comparable à aujourd'hui. Il était très largement répandu en France quand aujourd'hui il concerne une minorité de Français", explique la conférencière.

D'après le rapport de mars 2018 de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme), les Juifs sont la minorité "la plus tolérée" en France, loin devant les musulmans et les Maghrébins.

L'antisémitisme né de la critique d'Israël

L'antisémitisme né de la critique virulente d'Israël est un courant plus actuel de cette doctrine. Il prend sa source dans la critique de la politique de l'État d'Israël, principalement à la suite des violences faites contre les Palestiniens. "Depuis la Seconde Intifada, en l'an 2000, on a, en fonction des étapes du conflit israélo-palestinien, une explosion des actes antisémites", déclare à Euronews, Nonna Mayer, politologue à Sciences Po.

"Une partie de [ces groupes antisémites] font dériver leur colère contre la politique de l'État d'Israël et ses actions contre le peuple palestinien, vers de l'antisémitisme. Mais il s'agit d'une minorité de comportements", assure Carole Reynaud-Paligot.

Elle souligne avant tout que les musulmans ne doivent pas être pointés du doigt lorsque cet antisémitisme est évoqué.

"Être musulman, ça ne vous entraîne pas à être antisémite, contrairement à l'antisémitisme d'extrême-droite qui entretient un rejet de l'autre".

Plusieurs sphères de la société française critiquent les agissements de l'État d'Israël, une sphère souvent placée à l'extrême gauche sur l'échiquier politique. Elles se qualifient bien souvent "d'antisionistes". Pour Carole Reynaud-Paligot, ce mot "n'est plus approprié" aujourd'hui, il faudrait plutôt employer l'expression "opposé à la politique d'Israël" afin d'éviter toute confusion entre la critique du gouvernement, et la remise en question de l'existence de l'État israélien en lui-même.

"Inquiétude" des stéréotypes concernant les Juifs

Le rapport 2018 de la CNCDH souligne "la persistance de vieux préjugés antisémites, liant les juifs à l’argent, au pouvoir, leur reprochant leur communautarisme et leur attachement à Israël". Pour Carole Reynaud-Paligot, ces préjugés ne sont pas de l'antisémitisme à proprement parler:

"On n'est pas au stade du rejet, de l'hostilité ou de la haine dans ce cas-là", explique-t-elle.

En revanche, elle souligne son "inquiétude" à l'égard de ces vieux stéréotypes qui persistent dans l'opinion publique. "Il s'agit de préjugés infondés, à tout moment ils peuvent dériver vers de l'antisémitisme", explique-t-elle.

Salomé Vincendon