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Portrait-robot des jihadistes français

Ce jihadiste a été identifié comme étant Maxime Hauchard, Normand de 22 ans élevé dans la foi catholique.

Ce jihadiste a été identifié comme étant Maxime Hauchard, Normand de 22 ans élevé dans la foi catholique. - BFMTV

Un rapport rendu public, mardi, détaille le profil des jihadistes français et la façon dont ils ont été embrigadés. L'étude se fonde sur l'analyse des informations données par 160 familles, qui ont signalé un possible départ au jihad d'un de leurs proches.

Maxime Hauchard, gamin de Normandie devenu bourreau de l'Etat islamique. Ce jeune homme au visage doux âgé de 22 ans, identifié comme étant l'un des hommes qui décapitent des soldats syriens sur une vidéo de propagande de Daesh, est le symbole de la diversité des profils des jihadistes français, embrigadés dans le terrorisme.

Un cas particulier confirmé par les données d'un rapport rendu public mardi. Le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'Islam s'est appuyé sur les informations délivrées par les 160 familles qui l'ont contacté depuis février, notamment à travers une plateforme de signalement de possibles départs pour le jihad. Un "mouvement de départs vers la Syrie qui ne se tarit pas", selon le préfet Pierre N'Gahane, responsable du volet prévention dans le plan gouvernemental de lutte contre la radicalisation et les filières jihadistes, interrogé par Le Figaro (article payant). "Environ 650 signalements nous ont été faits jusqu'à présent, ce qui correspond à une moyenne de trois ou quatre par jour", précise-t-il.

> Qui sont-ils?

L'étude montre que le profil de ces jeunes a changé au cours des derniers mois. "Aujourd'hui, ce discours radical arrive à faire autorité sur des jeunes de familles très diverses", observe Dounia Bouzar, sociologue et co-auteur du rapport. Trois faits notables en ressortent: la grande majorité de ces apprentis-jihadistes viennent d'une famille athée, n'ont pas de casier judiciaire, et presque la moitié d'entre eux ont déjà connu une dépression nerveuse.

Ainsi, parmi les familles ayant appelé le centre, 80% se déclarent athées, et seules 10% comportent un grand-parent immigré. Les classes moyennes sont majoritaires à 67%, contre 16% pour les milieux populaires, et 17% pour les milieux aisés. Dounia Bouzar, interrogée par RMC, nuance cependant cette dernière donnée: "Notre hypothèse, c'est qu'il y a plus d'enfants issus de classes populaires en réalité, mais que leurs familles ne nous font pas confiance, et n'osent pas nous contacter de peur que l'on fiche leurs enfants ou qu'on les enferme sans les juger."

Les plus touchés sont les 15-21 ans, qui représentent 63% des signalements d'un possible endoctrinement. Et seuls 5% des jeunes étudiés dans ce rapport ont commis des actes de petite délinquance. En revanche, 40% d'entre eux ont connu la dépression, ce qui amène les auteurs à émettre "l'hypothèse que l'endoctrinement fonctionne plus facilement sur des jeunes 'hyper sensibles', qui se posent des questions sur le sens de leur vie". "Avant d'entrer dans cette dérive sectaire,ils se 'cherchaient', voulaient donner un sens à leur vie", abonde le préfet Pierre N'Gahane, dans le Figaro.

> Comment sont-ils recrutés?

Internet est le mode d'endoctrinement repéré dans 91% des cas, notamment avec des vidéos en ligne et des groupes Facebook invitant à lutter, par l'Islam, contre le "complot" de sociétés secrètes ("Illuminati" par exemple, thème très populaire chez les adolescents). Le passage par la mosquée n'est en revanche "pas systématique", et les relations à l'Islam semblent "à géométrie variable selon les rabatteurs et les réseaux". Le rapport insiste également sur l'impact de vidéos utilisant des images subliminales. "On retrouve des images issues de jeux vidéo, comme Assassin's Creed, qui d'ailleurs dans son nouvel opus, propose au joueur qui incarne le héros de décapiter le roi français (qui se passe durant l'époque de la Révolution en France, ndlr)", indique Dounia Bouzar.

"Les 'nouveaux discours terroristes' ont affiné leurs techniques d'embrigadement en maîtrisant l'outil internet, à tel point qu'ils arrivent à proposer une individualisation de l'offre qui peut parler à des jeunes tout à fait différents", soulignent les auteurs. Ils ont mis au jour "cinq mythes" efficaces: le modèle du "chevalier héroïque" qui fonctionne auprès des garçons, le départ au nom d'"une cause humanitaire" prisé par de jeunes filles mineures, le "porteur d'eau" désignant ceux qui cherchent un leader, la référence au jeu vidéo de guerre "Call of Duty" pour les jeunes gens qui souhaitent combattre, ou encore la quête de toute-puissance attirant des personnes "sans limites".

Alexandra Gonzalez avec AFP