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Plan de rigueur : quelles conséquences pour les Français ?

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Austérité, rigueur... les mots ne sont pas prononcés, mais les mesures annoncées ce jeudi par François Fillon, y font penser. Politiques et économistes décryptent le plan du gouvernement et ses conséquences pour les Français.

Le gouvernement resserre les boulons du budget. Hier, François Fillon a réuni ses ministres pour leur demander des efforts supplémentaires dans la préparation du budget de l’an prochain. Ça ressemble à un plan de rigueur, c’est douloureux comme un plan de rigueur, mais officiellement ce n’est pas un plan de rigueur. Car il ne faut pas faire peur aux Français. Pourtant, le Premier ministre a annoncé que les dépenses de fonctionnement courant de l'Etat diminueront de 10% en 3 ans, avec une baisse de 5% dès 2011 et de 10% d’ici trois ans. Autrement dit, 10 milliards d’économies dès l’an prochain. Quand on sait que le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite, ne rapporte que 500 millions d’euros par an, on mesure l’immense effort qui va être demandé à l’Etat. Et aux Français… Car le gouvernement doit aussi trouver des recettes. Il va notamment s’attaquer aux niches fiscales et sociales, pour réaliser une économie de 5 milliards d'euros sur deux ans.

« Tous les Français seront touchés »

Moins langue de bois, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a averti que « tous les Français seront touchés ». De son côté, Philippe Marini, rapporteur UMP de la Commission des finances au Sénat, plutôt que de « rigueur », préfère parler de « sérieux. Gérer l’argent public comme on gère son propre argent, commente-il. Et en période de difficultés, on compte son argent ».

« Ce que Fillon n’a pas osé dire aux Français… »

Revenant sur ces annonces du Premier ministre, Jérôme Cahuzac, président PS de la Commission des Finances de l'Assemblée, explique : « François Fillon n’a pas encore osé dire aux Français que leurs impôts allaient augmenter de 40 milliards d’euros, puisqu’en 2013 – si la politique annoncée est mise en œuvre – les Français paieront 40 milliards d’euros de plus qu’ils n’en payaient en 2009. […] Ce que nous a dit en réalité Français Fillon, en dramatisant un peu, c’est que l’heure de payer est venue. Mais il faudrait, me semble-t-il, le faire de la façon la plus juste qu’il soit. Ça n’est pas le chemin que semble prendre le gouvernement, et je le déplore. »
Interrogé sur la gravité de la situation de la France et sur l’urgence d’agir, il « hésite à répondre », incertain, puis ajoute : « Cette théâtralisation, opérée hier – de façon évidemment volontaire –, par le Premier ministre, à la demande du Président de la République, peut faire craindre que, contrairement à ce qui nous était annoncé, les marchés menacent la France. A ce jour, je me refuse à y croire. »

« Rigueur pour tous et bienveillance pour quelques uns »

La gauche, qui voit dans ces mesures un plan de rigueur qui ne dit pas son nom, accuse le gouvernement d’utiliser la crise grecque pour donner un « tour de vis social » en France. Prédisant « trois années désastreuses pour les services publics », le député PS de l'Indre et ancien ministre de l'Economie, Michel Sapin, dénonce « un véritable plan de rigueur extrême, pour tous [avec toujours] de la bienveillance pour quelques uns… ».
L’économiste Bernard Maris, professeur à l'université Paris 8, souligne lui, qu’il est « extrêmement difficile de comprimer le fonctionnement d’un ministère ou de l’Elysée. C’est crédible, ajoute-t-il, mais c’est un pacte social qui est brisé et ça va être très difficile ».

La Rédaction