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On ne sait toujours pas pourquoi les femmes vivent plus longtemps que les hommes

En France, l’espérance de vie des femmes est de 85,3 ans, contre 79,5 ans pour les hommes (photo d'illustration)

En France, l’espérance de vie des femmes est de 85,3 ans, contre 79,5 ans pour les hommes (photo d'illustration) - Gérard Julien/AFP

Les Françaises vivent six ans de plus que les Français. Hormones, chromosomes ou encore pratiques à risques: différentes hypothèses sont évoquées. Mais aucune n'explique totalement la plus longue espérance de vie des femmes.

Bien que les femmes gagnent toujours 18% de moins que leurs homologues masculins, soient près de quatre fois plus souvent victimes de violences sexuelles que les hommes et que huit salariées sur dix considèrent qu'elles sont régulièrement confrontées à des attitudes sexistes sur leur lieu de travail, elles vivent plus longtemps. Près de six ans de plus, précisément. En France, l'espérance de vie des hommes s'établit à 79,5 ans, contre 85,3 ans pour les femmes.

  • Bien plus de doyennes que de doyens

Sur le reste de la planète, l'espérance de vie pour les enfants nés en 2015 est en moyenne de 69,1 ans pour les garçons contre 73,8 ans pour les filles, comme le rapporte l'Organisation mondiale de la santé. Soit un écart de plus de quatre ans et demi. Quant à l'espérance de vie en bonne santé, les hommes peuvent espérer 61,5 ans, et trois ans de plus pour les femmes.

"Cet écart d'espérance de vie entre hommes et femmes se retrouve dans toutes les sociétés, ainsi que chez les grands singes", assurait au Time Perminder Sachdev, professeur de neuropsychiatrie à l'université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.

Le doyen de l'humanité est actuellement une doyenne. Il s'agit de la Japonaise Kane Tanaka, née le 2 janvier 1903, qui affiche l'âge honorable de 116 ans. Sur les quarante derniers supercentenaires, parmi lesquels Jeanne Calment qui détient le record - contesté - de longévité pour avoir vécu 122 ans, seuls quatre sont des hommes.

  • L'effet des œstrogènes

Comment expliquer cette différence de longévité? Il semblerait que les œstrogènes, ces hormones sexuelles féminines sécrétées par les ovaires, soient en partie responsables. Comme l'indique l’Inserm, "tout au long de la vie, les femmes restent moins exposées que les hommes au risque de maladies cardiovasculaires".

Ces hormones sont en effet réputées pour les préserver de ces maladies. Un atout qui s'efface après la ménopause, lorsque la production de ces hormones diminue fortement. Une étude publiée dans le Journal of American Heart Association remet pourtant en cause le rôle bénéfique des œstrogènes sur le cœur et les vaisseaux, qui seraient même délétères chez les femmes ménopausées.

"Les résultats montrent pour la première fois que des taux élevés d'œstradiol sanguin (l'hormone la plus active, NDLR) exposent à un risque augmenté d'infarctus du myocarde ou d'accident vasculaire cérébral", pointe l'Inserm.
  • L'ADN préservé

S'il n'est pas certain que les œstrogènes protègent des maladies cardiovasculaires en prenant de l'âge, ils pourraient en revanche préserver les télomères, ces séquences d'ADN situées aux extrémités des chromosomes. Un atout de poids: les télomères garantissent l'intégrité du génome lors des divisions cellulaires. Car avec le temps et le stress oxydatif, les télomères s'usent et mettent en péril les cellules, ce qui peut ensuite favoriser le développement de maladies dégénératives ou de cancers.

Comme l'expliquait au Figaro Athanase Bénétos, chef du service de gériatrie au CHRU de Nancy et chercheur à l'Inserm, "à 50 ans, une femme a des télomères équivalents à ceux d'un homme de 42 ans".

Selon une étude de chercheurs canadiens publiée dans Plos One, chez les femmes qui ont eu plusieurs enfants, les télomères raccourcissent moins vite - les grossesses favorisent en effet une production importante d'œstrogènes. Selon ces scientifiques, le fait d'avoir plusieurs enfants "joue un rôle protecteur, ralentissant le rythme du raccourcissement des télomères".

Ce que conteste Athanase Bénétos. "Les travaux que nous avons menés nous orientent vers une autre hypothèse, dans laquelle la longueur de nos télomères est largement déterminée à l'issue des premières années de vie sans que l'on sache de quelle façon."

  • Le système immunitaire

Troisième explication: il se pourrait que le système immunitaire féminin vieillisse mieux que celui des hommes. Ce sont les conclusions d'une étude parue dans Immunity and Ageing. Alors que le nombre de globules blancs diminue globalement avec le temps, ils déclinent moins vite voire se maintiennent chez les femmes dans le temps.

"Nos résultats indiquent que le déclin plus lent de ces paramètres immunologiques chez les femmes que chez les hommes est cohérent avec le fait que les femmes vivent plus longtemps que les hommes."

Quant à la testostérone, l'hormone sexuelle masculine, elle pourrait altérer la santé des hommes en plus de favoriser les comportements à risque. "Les hormones sexuelles mâles réduisent la fonction immunitaire et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires", concluent des chercheurs sud-coréens après avoir étudié la santé d'eunuques. Ils ont remarqué que ces derniers vivaient quatorze à dix-neuf ans de plus que les hommes non castrés.

  • Les chromosomes XX

Quoi qu'il en soit, les hormones n'expliquent pas tout. Autre possibilité: le double chromosome X protégeant les personnes nées femmes d'une mutation d'un gène sur l'un de ces deux chromosomes sexuels. Ce qui n'est pas le cas pour les hommes nés avec X et Y.

D'autant que le chromosome X serait plus à même de réparer ses lésions que son homologue Y. Comme le détaille la publication de l'Ined Démographie, les déterminants de la mortalité, "la paire de chromosomes XX joue un rôle important dans la défense de l'organisme contre les lésions oxydantes occasionnées par les radicaux libres, en assurant la réplication d'enzymes de réparation, fonction que le chromosome Y est beaucoup moins apte à remplir".

"En cas d'altération des gènes, l'homme se trouve démuni alors que la femme conserve, grâce à son deuxième chromosome X, ses capacités de réparation."
  • Des facteurs culturels

En plus des hypothèses biologiques et génétiques, des explications sociologiques et culturelles pourraient elles aussi éclairer cette différence entre les genres. 

"Il est difficile d'estimer la part des raisons biologiques, génétiques et épigénétiques, indique à BFMTV.com Aline Désesquelles, directrice de recherche à l'Ined. Elles sont même difficiles à mesurer tant le nombre de facteurs entre en compte. En réalité, leur contribution est assez réduite."

Cette démographe l'assure: les facteurs sociaux et culturels sont prépondérants. Hommes et femmes n'ont pas la même attitude vis-à-vis de leur santé. Ces dernières surveilleraient plus leur mode de vie et auraient davantage recours aux soins médicaux.

"Les femmes sont plus soucieuses de leur santé et ont tendance à aller chez le médecin plus rapidement et plus souvent", ajoute-t-elle. 

Pour Shervin Assari, chercheur en psychiatrie et santé publique à l'université du Michigan, les stéréotypes de genre ont de réelles conséquences sur la santé des hommes. "La masculinité est une construction sociale apprise, qui peut avoir des effets néfastes sur la santé. Beaucoup d'hommes définissent comme masculins des comportements à risque et mauvais pour la santé, tandis qu'ils voient comme féminins le fait de faire attention et de prendre soin de leur santé", assure-t-il pour The Conversation.

Si en France une surmortalité masculine demeure à tous les âges, poursuit Aline Désesquelles -"particulièrement autour de 20 ans, avec un pic de mortalité accidentelle ou violente lié à une prise de risque et à 60 ans, avec des pathologies cardiovasculaires ou des cancers"- depuis une vingtaine d'années, l'écart se réduit, passant de 8,3 ans en 1992 à 5,9 aujourd'hui.

"Depuis le début des années 1990 les hommes ont plus gagné que les femmes en nombre d'années de vie avec l'accès aux soins. Et elles ont adopté des pratiques à risque, comme avec la consommation de tabac", qui ne font pas le poids face à d'éventuels atouts biologiques.
Céline Hussonnois-Alaya