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Mort de Rémi Fraisse: en difficulté, Cazeneuve organise sa défense

Manifestation à Toulouse le 31 octobre après la mort de Rémi Fraisse.

Manifestation à Toulouse le 31 octobre après la mort de Rémi Fraisse. - Rémy Gabalda - AFP

Alors que de nombreuses zones d'ombre subsistent pour expliquer la mort de Rémi Fraisse, qui a dit quoi dans cette affaire? Retour sur une séquence de communication pleine de couacs.

Dans la nuit du 25 au 26 octobre, Rémi Fraisse, 21 ans, meurt lors d'affrontements avec la police, sur le site du futur barrage de Sivens, dans le Tarn. Depuis, Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, est placé au centre des critiques. Retour sur la défense d'un ministre en difficulté.

> Acte 1: les écologistes réclament des explications

Mardi 28 octobre au matin, la colère est sensible dans la voix de Cécile Duflot. L'ancienne ministre dénonce "une situation intolérable", une "tache indélébile sur l'action du gouvernement". L'attitude de la police, mais aussi du gouvernement, sont au centre de ses accusations. "Depuis 48 heures, aucun membre de ce gouvernement (…) ne s'est exprimé pour présenter ses condoléances, pour dire qu'il regrettait infiniment ce qui s'est passé", lance la députée EELV. Peu à peu, l'ensemble des écologistes lui emboîtent le pas. Sur BFMTV, José Bové accuse Bernard Cazeneuve d'être "responsable" de la mort du jeune homme. Le Parti de gauche réclame sa démission.

> Acte 2: Cazeneuve contre-attaque

Face aux accusations, Bernard Cazeneuve contre-attaque et dénonce une "instrumentalisation politique" du drame. "Des analyses sont en cours, il faut les laisser se déployer", assure le ministre de l'Intérieur. Mais déjà, les premières conclusions de l'autopsie de Rémi Fraisse laissent entendre que le jeune homme n'aurait pas été tué par un cocktail molotov de sa fabrication: des traces de TNT sont retrouvées sur ses vêtements, elles pourraient venir d'une grenade offensive tirée par la police.

Le ministre de l'Intérieur décide alors de ne pas attendre les résultats de l'enquête, et suspend l'utilisation de ces grenades par les forces de l'ordre. Il continue toutefois à défendre le travail des policiers, en affirmant qu'il ne "s'agit pas d'une bavure" comparable à l'affaire de Malik Oussekine. Côté politique, la pression se resserre sur le ministre.

S'il admet que "cet événement est une épreuve" pour lui, Bernard Cazeneuve répète dans les médias n'avoir "aucunement l'intention de partir". Et, comme pour sauver son poste, le locataire de la Place Beauvau promet des "sanctions si des fautes ont été commises".

> Acte 3: les accusations du Monde relancent la polémique

Les révélations du Monde rebattent les cartes d'un débat qui commençait tout juste à s'apaiser. Selon les révélations du quotidien, les gendarmes étaient au courant dès le début qu'une de leur grenade était à l'origine de la mort de Rémi Fraisse. "Il est décédé, le mec… Là, c'est vachement grave… Faut pas qu'ils le sachent", a déclaré un gendarme quelques minutes après la mort du jeune manifestant.

Comment expliquer alors que le lien avec l'utilisation de grenades n'ait été établi officiellement que 48 heures après la mort de Rémi Fraisse? Au gouvernement, Ségolène Royal et Stéphane Le Foll assurent que "la vérité sera faite", dans la "transparence". Une fois de plus, les regards se tournent vers Bernard Cazeneuve. Les écologistes réclament de nouveau des explications, cette fois à François Hollande.

Après avoir affirmé à la veille à l'Assemblée qu'il n'avait pas donné de consignes de fermeté aux forces de l'ordre en charge de l'encadrement des manifestants au barrage de Sivens, le ministre de l'Intérieur revient sur les événements sur France Inter, et rappelle que la certitude d'un décès provoqué par un tir de grenade n'était pas apparue immédiatement. "La gendarmerie me dit 'nous doutons que cette grenade soit à l'origine de la mort de Rémi Fraisse, mais il va y avoir des expertises, une autopsie, et au terme de cette autopsie, nous serons fixés'", explique-t-il, comme pour justifier de sa maladresse. "A aucun moment aucune autorité politique ne s'exprime pour livrer une quelconque version officielle, parce que nous attendons que la vérité soit établie", ajoute-t-il.

Le feuilleton pourrait encore rebondir. Bernard Cazeneuve doit s'exprimer jeudi soir sur les conclusions de l'enquête de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale.

Ariane Kujawski