BFMTV

Mode: le diktat de la maigreur sévit toujours

Quelques mois après l’adoption d’une loi visant à lutter contre la maigreur excessive des mannequins, les podiums continuent d’être foulés exclusivement par des jeunes filles très minces. Loin de combattre ces dérives, les créateurs les encouragent parfois.

Des modèles "décharnées et malades", une "ode à la maigreur pathologique", sur les réseaux sociaux, les mots déferlent pour pointer du doigt les silhouettes faméliques des mannequins du dernier défilé Saint Laurent. Les créations à froufrous volumineuses se sont effacées derrière la maigreur inquiétante des jeunes filles.

Un constat que Nicolas Sahuc, spécialiste des troubles alimentaires, partage aussi. 

"Il y a toujours de l’effroi quand on voit ces jeunes filles défiler, très décharnées, très minces. On peut affirmer qu’elles sont dans un état de dénutrition. On sent bien en regardant leurs corps qu'ils manquent d’énergie", affirme-t-il, catégorique, interrogé par BFMTV. 

En théorie pourtant, ces mannequins rachitiques ne devraient pas avoir le droit de défiler. Une loi a été adoptée en décembre dernier visant à lutter contre l'anorexie. Ces modèles devraient présenter un certificat médical, gage de leur bonne santé et les photos retouchées devraient être signalées. Mais il n’en est rien, faute de décret, selon Olivier Véran, le député PS de l’Isère à l’origine du texte. 

"Des couturiers estiment qu’un mannequin parfait c’est un mannequin qui ressemble à un cintre. Vous posez le linge dessus et c’est comme si vous l’aviez posé sur un cintre. Tant qu’on aura des couturiers qui raisonneront comme ça, on aura une offre de mannequinat qui sera structurée autour de cet objectif-là", explique-t-il. 

Les maisons de mode encourage la maigreur extrême

Et les premiers à demander ces corps porte-manteau, ce sont parfois les créateurs. Dans certains cas, loin de lutter contre l’anorexie, ils donnent le ton en l’encourageant. Dans des échanges de mails entre maisons de mode et agences de mannequin, certaines stipulent qu'il leur faut des mannequins "SKINNY SKINNY SKINNY", répété trois fois, en gras et souligné. D’autres sont plus insidieuses et demandent des mensurations équivalentes à celles d’une adolescente pré-pubère.

Une course à la maigreur que Victoire Dauxerre a dénoncée dans son livre Jamais assez maigre, paru aux éditions les Arènes. Cette ancienne mannequin a sombré dans l’anorexie sous la pression des agences qui demandent toujours des filles plus rachitiques. Après une tentative de suicide, elle s’est retirée de la mode, brisant l’omerta d’un monde de paillettes souvent idéalisé. "L’anorexie touche la majorité des mannequins ! Je pesais 47 kg pour 1m78", rapporte-t-elle.

Des mannequins squelettiques remplumées par Photoshop

Sur papier glacé, les retouches de Photoshop sont la norme pour masquer des membres décharnés et des os trop saillants. Les clichés sont transformés d’un simple clic et les silhouettes remodelées, pour glamouriser des corps faméliques.

Mais cette obsession de la minceur extrême ne se limite pas au monde de la mode. Elle va au-delà. Ces corps hors de toute réalité sont idéalisés par de nombreuses jeunes filles. Les défis se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, pour remporter le trophée de la maigreur. A4WaistChallenge, Thigh Gap, Belly button challenge, la feuille A4, et maintenant le défi de l’iPhone 6 que les jeunes femmes utilisent comme étalon pour mesurer la minceur de leurs jambes.

Marie-Caroline Meijer