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Anorexie: "Il y a une confusion entre un corps sain et un corps esthétique"

Mesure d'un tour de taille. (illustration)

Mesure d'un tour de taille. (illustration) - Alexandra Stewart - flickr - CC

Les défis maigreur poussent toujours plus loin l'absurdité sur les réseaux sociaux. Mais si le "#A4WaistChallenge" brille par sa vacuité, d'autres facteurs sont tout aussi mauvais pour la santé, met en garde le psychiatre Christophe Bagot.

Cadrer son tour de taille dans la largeur d'une feuille A4: tel est le nouveau défi que se lance les adolescentes sur les réseaux sociaux. Précédé notamment par le "Thigh gap" qui faisait de l'écart entre les cuisses l'obsession des jeunes filles filiformes, le "#A4WaistChallenge" a pris la relève. Si ces modes prêtent à pleurer pour celles qui en sont victimes et à rire pour les détournements qui en sont faits, elles inquiètent les professionnels de santé, qui y voient un diktat de la maigreur imposé par la mode et les médias.

BFMTV.com a demandé au psychiatre Christophe Bagot s'il fallait s'alarmer de ces dérives et comment réagir si un(e) adolescent(e) - les filles étant bien davantage touchées par l'anorexie mentale - est pris(e) dans cet engrenage obsessionnel.

> Ces défis peuvent-ils conduire à l'anorexie mentale?

"Beaucoup de choses peuvent mener à l'anorexie: les tailles dans les magasins, les mannequins, les régimes avant les vacances. Ces défis sont juste le symptôme d'une folie latente. 

La feuille A4 n'a rien à voir avec la morphologie humaine. Une des études les plus sérieuses sur le sujet, qui date de 2005, montre qu'un corps sain n'est pas forcément un corps esthétique, mais un corps légèrement rond. Or, il y a confusion entre les deux. Les gens qui possèdent un indice de masse corporelle situé entre 25 à 30, c'est-à-dire qui sont en surpoids, ont le meilleur pronostic de survie. (Attention, le pronostic change en cas d'obésité, sans parler de l'obésité morbide, Ndlr)

Je vais faire un peu de provocation, mais pour moi, les salles de sport que j'ai vues se multiplier en 30 ans de pratique sont un symptôme encore plus grave de ces dérives. Le sport qui portait l'idée de partage, de jeu, d'échange, devient une activité narcissique, une course au corps parfait".

> Pourquoi les adolescents sont-ils touchés par cette pathologie?

"Parce qu'ils ont l'impression, en maîtrisant ce qu'ils ingèrent, de contrôler leur vie à un moment charnière et très anxiogène. Dompter leur corps leur donne une impression de puissance par rapport à leurs parents. Comme ils manquent de confiance en eux-mêmes, ils se lancent dans une recherche désespérée de critères simples extérieurs et objectivables. Des critères de plus en plus imbéciles, mais qui leur permettent de se comparer aux autres". 

> Comment repérer les signes de l'anorexie mentale et comment réagir en tant que parent?

"Les signes peuvent être une jeune fille ou un jeune garçon qui change de caractère, qui perd du poids, qui fait tout pour éviter de venir à table. Souvent, les parents, sans être pour autant anorexiques, sont obsédés par l'alimentation, les régimes. C'est une question de degré, mais l'alimentation qui participe du plaisir, du partage, du respect, est source de pathologie dès qu'une inquiétude s'installe. Ça peut commencer avec l'obsession de manger sans glutène ou bio. Tous ces courants sont assez toxiques.

Soyons clairs, les parents sont assez démunis par rapport à cette pathologie. Il faut qu'ils consultent, car s'ils essaient quoi que ce soit, l'adolescent va se mettre en opposition. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est assurer une neutralité bienveillante. Si l'enfant ne veut pas entreprendre de thérapie, on peut contourner le problème en engageant une thérapie familiale".