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"Nuit debout" fête son premier mois d'existence: et maintenant?

Des participants au mouvement "Nuit Debout", début avril, place de la République à Paris.

Des participants au mouvement "Nuit Debout", début avril, place de la République à Paris. - AFP

Il y a un mois tout juste, les militants de "Nuit Debout" investissaient les dalles de la place de la République, à Paris, pour en faire leur QG improvisé. L'occasion de faire le point sur ce mouvement spontané et sur son avenir, qui reste, pour l'heure, encore flou.

Après les affrontements parfois très violents en marge des manifestations contre la loi Travail, vers 2 heures du matin dans la nuit de jeudi à vendredi, de nouveaux incidents ont éclaté après la dispersion du rassemblement "Nuit debout", place de la République. En tout, 27 personnes ont été interpellées, dont 24 ont été placées en garde à vue pour jets de projectile sur les forces de l'ordre, violences et dégradations dans Paris.

Des nouvelles violences qui tombent au plus mal pour le mouvement contestataire - que la droite veut faire interdire - qui a exprimé ses regrets. "On aurait voulu discréditer le mouvement 'Nuit Debout' qu'on ne s'y serait pas pris autrement", a déploré La Gazette debout, journal du mouvement ce vendredi. 

Les militants de "Nuit debout" occupent le parvis de la place de la République à Paris depuis le 31 mars. Depuis un mois, les questionnements, prises de parole, actions, parfois violentes, se multiplient, alors que l'avenir du mouvement reste encore flou.

Qui dirige? 

Officiellement personne ne dirige. Nuit debout bannit la hiérarchie des appareils politiques ou syndicaux, prône une "organisation horizontale" au motif qu'il "faut arrêter de vouloir structurer un mouvement, sinon il arrête d'être un mouvement". Elle s'articule autour d'une "assemblée citoyenne" qui débat chaque jour pendant des heures et de commissions (action, économie, Constitution, Françafrique, climat...).

Le mouvement a toutefois des initiateurs, comme le journaliste François Ruffin, réalisateur du documentaire "Merci patron!", et l'économiste Frédéric Lordon. Ce dernier, qui défend un souverainisme de gauche, anticapitaliste et hostile à l'euro, reste discret (il refuse de s'exprimer dans les médias) mais ses interventions place de la République sont acclamées, au point qu'il a été qualifié dans la presse de "maître à penser" de Nuit debout.

Les modes d'action

La première action a été la création d'une "assemblée citoyenne", devenue un rendez-vous quotidien. Tout le monde peut y participer, à l'aide d'une gestuelle particulière inspirée des "Indignés" espagnols: mains agitées en l'air pour l'approbation, bras en croix pour le mécontentement, moulinets lorsque la parole s'enlise... On débat d'idées mais aussi d'actions à mener. Suivant le thème choisi et l'heure, le départ en "manifestation sauvage" peut entraîner des dizaines, voire des centaines de personnes, comme lors de l'opération "apéro chez Valls" le 10 avril.

  • La multitude de causes réunies sous la bannière de la "convergence des luttes" engendre une grande variété d'actions, du blocage de fast-foods à l'occupation d'un théâtre, en passant par des opérations contre le mal-logement. Par ailleurs, la place de la République s'est constituée en espace autonome, où l'on trouve une cantine à prix libres, une radio libre, un kiosque d'information libertaire, de l'assistance juridique...

La question de la violence

Distributeurs de billets vandalisés, panneaux publicitaires saccagés, commissariats caillassés, et jeudi encore, des interpellations : régulièrement, des participants à Nuit debout s'engagent dans des actions violentes. Si certains dénoncent une "violence contre-productive", d'autres assument "une diversité des pratiques", mêlant actions pacifiques et violentes.

"Chacun est libre de mener les actions qu'il veut, selon les modalités qu'il choisit", assure Victor, membre de la "commission action", pour qui le mouvement reste "solidaire de ceux que les médias appellent les casseurs". Ce qui ne l'empêche pas de prôner "des actions pacifiques".

Quel avenir?

Le but initial était de "faire peur à l'oligarchie", aux pouvoirs politique et économique en place. Après un mois, s'"il y a eu une libération de la parole, une reprise en mains de la politique, il faut aussi gagner des choses, gagner en efficacité", souligne Leila Chaibi, une des initiatrices du mouvement: "Il faut mettre le paquet pour le retrait de la loi El Khomri. C'est la victoire qui est à notre portée".

  • Le mouvement s'est étendu dans des dizaines de villes, mais peine à mobiliser dans les campagnes et banlieues, hors de ses bases militantes traditionnelles. François Ruffin a fixé une prochaine étape au 1er mai, pour tenter d'opérer un rapprochement "quasi-historique" avec le mouvement syndical. Mais beaucoup de participants refusent un avenir dans le système politique. Tout rapprochement avec une structure politique existante est dénoncé comme une "récupération". Et la création d'un parti propre, à l'image de Podemos en Espagne, n'est pas encore tranchée.
C. P. avec AFP