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La préfecture interdit le rassemblement contre les violences policières prévu à Paris

Les policiers manifestant leur ras-le-bol contre la haine anti-flic mercredi place de la République.

Les policiers manifestant leur ras-le-bol contre la haine anti-flic mercredi place de la République. - Miguel Medina - AFP

Ce mercredi, les participants à un rassemblement pour dénoncer les violences policières devaient croiser la manifestation des policiers prévue à la mi-journée place de la République à Paris. Malgré une interdiction de la préfecture de police de la contre-manifestation le collectif "Urgence notre police assassine" maintient le rendez-vous.

Une date, une place mais deux rassemblements. La journée de mercredi va être particulièrement surveillée place de la République à Paris alors qu'un cortège dénonçant les violences policières et l'impunité va croiser la manifestation des forces de l'ordre qui va se dérouler à la mi-journée. Une situation inédite d'autant qu'habituellement les rassemblements de policiers se font place de la Bastille.

Dès 11 heures, le collectif "Urgence notre police assassine" appellait au rassemblement "pour dénoncer ceux qui dénoncent la dénonciation (!) des violences policières". Dénonçant les "contrôles abusifs", déplorant "l'impunité policière", constatant "l’acharnement irresponsable des forces de l’ordre", dénonçant "une démagogie idéologique", les organisateurs promettent un "mouvement pacifique". 

"Il s'agit pour nous de rassembler les familles de victimes de violences policières, le but, c'est que les crimes policiers soient visibles", détaille à BFMTV.com une responsable du collectif.

Mais ce rassemblement a été interdit dans la soirée par la préfecture de police de Paris. Estimant avoir été "prévenu au dernier moment", le collectif "Urgence notre police assassine" a maintenu le rendez-vous. Ils doivent se retrouver devant la bourse du travail, à proximité de la place de la République. "Il fallait s'y attendre, regrette Amal Bentounsi, représentante du collectif. Toutes les vérités ne son pas bonnes à entendre. Les policiers se sentent mal aimés mais ils ne font pas l'effort d'entendre certaines vérités."

La préfecture a pris cette précaution alors qu'elle a autorisée le rassemblement des policiers annoncé à midi. Lors d'une réunion qui s'est tenue mardi après-midi, les autorités ont proposé au collectif de manifester place de la Bastille ou de venir place de la République à partir de 17 heures. Deux solutions refusées par le collectif qui regrette que "le gouvernement cède aux caprices des policiers".

Un rassemblement déjà prévu

Si violence il y a, elle l'assure, elle ne viendra pas des manifestants. "La violence ne vient pas des manifestants, elle est illégitime", tonne-t-elle. Ce rassemblement, explique-t-elle, était à l'origine prévu devant le Sénat, et ce depuis quelques semaines. En effet, ce 18 mai, les sénateurs étudient une proposition de loi pour introduire dans le code de procédure pénale un encadrement des contrôles d'identité, pour éviter les contrôle au faciès. 

Ce 18 mai marque également le premier anniversaire de l'acquittement des deux policiers poursuivis pour la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois en 2005. "C'est vraiment un rappel à l'Histoire", poursuit la responsable du collectif, soutenu par Nuit debout, qui regrette que les policiers n'aient pas choisi un autre lieu pour se rassembler. "Le choix de la place de la République pour nous c'est une provocation", insiste-t-elle.

Eviter les confrontations

"La place de la République a une longue histoire, elle n'appartient pas qu'aux seules personnes de Nuit debout", rétorque BFMTV Michel Cadot, le préfet de police de Paris. Si ce dernier a autorisé les deux rassemblements, il reste conscient des risques que cette situation présente: "l’enjeu est d’éviter une confrontation entre les uns et les autres".

"Le préfet de police prendra des dispositions pour éviter qu’il y ait une confrontation entre les opposants à cette manifestation et les policiers eux-mêmes qui expriment leur lassitude et les attitudes qui dénoncent les violences policières de manière excessive", insiste Michel Cadot.

Face à ce "déni des violences policières" dénoncé par le collectif, les policiers décrivent des "individus qui sont dans une violence extrême", exacerbée ces dernières semaines. Assurant ne pas être au contact des manifestants, dans ce contexte de "guérilla urbaine", "la force doit rester à la loi", rappelle Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance qui a appelé à manifester mercredi dès midi pour réclamer plus de fermeté de l'Etat et de la justice. Et de conclure: "On n'incite pas un petit groupe d'individus à être violents".

Justine Chevalier