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1er mai: après les violences, plusieurs interpellations place de la Nation à Paris

Après un défilé émaillé par des violences, les manifestants du 1er mai ont commencé à se disperser en début de soirée place de la Nation à Paris, à la suite de nouvelles échauffourées. Les forces de l'ordre ont procédé à 10 interpellations dans la capitale.

La situation a rapidement dégénéré. Des milliers de personnes défilaient dimanche après-midi à Paris pour un 1er Mai sous tension placé sous le signe de la lutte contre le projet de loi travail, sous haute surveillance policière.

"Tout le monde déteste la police"

Mais peu après 15h40, en amont du défilé sous la bannière des syndicats, des incidents ont éclaté vers le boulevard Diderot. Des jeunes cagoulés, casqués, ont lancé des projectiles - cartons récupérés aux ordures, mais aussi des bouteilles - sur les forces de l'ordre, en criant "Tout le monde déteste la police".

Les CRS ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène, avant que le calme ne revienne. Avenue Daumesnil déjà, les CRS avaient été sifflés et hués par des dizaines de manifestants, certains très virulents, qui criaient "Cassez-vous!" ou "Dehors la police!". Certains jeunes étaient équipés de casques attachés à leur sac.

Un manifestant et un CRS blessés légèrement

La préfecture de police a indiqué qu'un groupe de 300 individus violents auraient jeté des projectiles au niveau de la rue Crozatier, perpendiculaire au boulevard Diderot.

Dix personnes ont été interpellées dans l'après-midi: six pour jets de projectiles place de la Nation et une, à Bastille, pour port d'arme prohibé, selon la préfecture de police.

"Deux personnes ont été blessées légèrement: un manifestant a été touché à la jambe et un CRS a reçu un projectile au niveau de la mâchoire", a précisé le préfet Michel Cadot.

Dix-huit personnes ont été interpellées en France dimanche en marge des défilés de la fête du travail, qui "se sont pour la plupart déroulés dans de bonnes conditions", a annoncé le ministre de l'Intérieur dans un communiqué. "Des incidents inacceptables se sont néanmoins produits à Paris de la part d'une minorité marginale et violente", blessant légèrement un policier et un manifestant, a ajouté Bernard Cazeneuve.

Dispersion du cortège

Selon nos informations, la police a dispersé le cortège à deux endroits, afin d'éviter les dégâts collatéraux. Un cordon de CRS a séparé le cortège au niveau du 88 boulevard Diderot. S'il y a encore des manifestants avec des drapeaux de la CGT, un mouvement très éclectique est très remonté contre les forces de l'ordre et demandent à pouvoir continuer de manifester et pouvoir passer. 

Les manifestants étaient en cours de dispersion dans des nuages de gaz lacrymogènes, place de la Nation, où des échauffourées sporadiques se produisaient encore en début de soirée. Sur la place et aux abords, comme un peu plus tôt boulevard Diderot, les CRS répondaient par des tirs de gaz à des jets de projectiles (cartons, bouteilles) de jeunes cagoulés, masqués.

Avenue du Trône, plusieurs dizaines de ces jeunes, visage dissimulé pour la plupart, criaient encore "Tout le monde déteste la police", vers 19h20, alors que la place s'était vidée d'un grand nombre de manifestants, ont constaté des journalistes de l'AFP.

La préfecture et les organisateurs ont demandé en fin d'après-midi la dispersion de la manifestation à Paris. Sirènes allumées, des camions de CRS avançaient peu avant 20 heures vers le centre de la place, pour réduire le périmètre et forcer les jeunes casqués, encagoulés, à se rassembler. Un hélicoptère survolait les lieux.

Un mouvement plus calme

Pour la grande foule, qui marchait dans le plus grand calme, un autre slogan résumait l'état d'esprit: "Retrait, retrait, de la loi travail. Ni amendable ni négociable", faisant écho aux mots d'ordre scandés dans les défilés ayant eu lieu plus tôt dans d'autres villes de France, la plupart du temps dans le calme et par un beau soleil.

Unis par cette revendication, pour la première fois depuis 2009, les secrétaires généraux de la CGT, Philippe Martinez, et de FO, Jean-Claude Mailly, conduisaient de conserve la manifestation, aux côtés des responsables de la FSU et de Solidaires, pour rejoindre la place de la Nation.

A l'appel des syndicats de salariés se sont joints les syndicats d'étudiants et lycéens Unef, UNL et FIDL. "Je pense que le gouvernement peut toujours retirer sa loi s'il écoute l'opinion publique, s'il écoute la mobilisation", a déclaré Philippe Martinez avant le départ.

"Dans le programme de la majorité, il n'y avait pas de réforme du droit du travail, il n'y avait pas inscrit qu'il fallait casser les droits des salariés. Les députés qui font partie de cette majorité rendront des comptes", a-t-il ajouté, à deux jours de l'arrivée du texte à l'Assemblée nationale.

"Le gouvernement ne doit pas faire la sourde oreille face à la mobilisation. Nous sommes là pour que la loi travail soit retirée", a déclaré en écho Bernadette Groison, n°1 de la FSU. Mais "il ne faut pas oublier que cette journée est une journée de solidarité internationale", a-t-elle aussi dit, enjoignant de "penser aux gens confrontés à des difficultés dans bien des pays".

"La balle est dans le camp du gouvernement"

"La balle est dans le camp du Parlement et du gouvernement, tant qu'ils n'auront pas accédé à nos revendications, on maintiendra la mobilisation", a renchéri Jean-Claude Mailly. "A eux d'être réalistes. Personne ne dit 'on veut pas de la loi et rien d'autre'. On est prêt à discuter d'une autre réforme qui serait un progrès", a-t-il ajouté.

70.000 manifestants ont défilé à Paris pour ce 1er mai, selon la CGT. La préfecture de police a quant à elle dénombré entre 16 et 17.000 manifestants.
Alexandra Gonzalez et Clémence Leleu