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LIGNE ROUGE - Bernard Tapie: les matchs de sa vie

BFMTV a diffusé ce lundi soir son nouveau long reportage intitulé "Bernard Tapie: les matchs de sa vie" dans l’émission "Ligne Rouge". Un reportage qui retrace la ou plutôt les vies de l'homme d'affaires, de vendeur de télé à ministre.

"Il n'y a pas un scénariste au monde qui oserait écrire un scénario aussi fou que tout ce qui est arrivé à Bernard." Le réalisateur Claude Lelouch est bien placé pour livrer un aperçu de la vie de Bernard Tapie, lui qui l'a fait tourner dans son premier film et qui le retrouvera une nouvelle fois au cinéma, dans ce qui pourrait être sa dernière oeuvre. L'homme d'affaires lutte depuis des années contre un double cancer de l'œsophage et de l'estomac, le dernier combat d'une vie, ou plutôt de ses vies.

En 1966, Bernard Tapie a 23 ans, et se fait surnommer Bernard Tapy (prononcer Tapaille). Le jeune homme s'essaie à la musique, trois 45 tours plus tard, il abandonne. Loin de déprimer, il se lance dans une nouvelle aventure: la vente de télévision. Le commerce, une vocation pour Bernard Tapie, originaire d'un milieu ouvrier, qui rencontre ses premiers succès en faisant du porte-à-porte. Rapidement, il ouvre un magasin près de la Gare de l'Est. L'entrepreneur Tapie est lancé.

"Ce sont des origines modestes. J’ai connu le père et la mère. La maman c’est un personnage formidable et très important. Elle était en admiration devant son fils. Quand vous êtes aimé comme il a été aimé par sa maman, il n’y a rien qui vous arrête, confie Benoît Bartherotte, ancien ami de Bernard Tapie. Il vendrait une bouse à une vache."

Le "chasseur"

La première bataille de Bernard Tapie est celle de l'argent. "Avec un avocat, qui n'est autre Jean-Louis Borloo, ils mettent au point un système par lequel ils rachètent les sociétés décrépites ou en presque faillite" détaille Denis Demonpion, journaliste, auteur de "Tapie-Sarkozy: les clefs du scandale". L'homme d'affaires a également des contacts au tribunal de commerce qui lui fournissent les bonnes informations. La Vie Claire, Teraillon, Testut, plus qu'un entrepreneur ou un manager, Bernard Tapie se fond en "chasseur", à la recherche de la bonne affaire.

"Ce qu’il a compris dans la vie c’est qu’il fallait racheter une marque et que le potentiel et la notoriété de la marque étaient plus importants que tout le reste", note Christophe Bouchet, auteur de "L'aventure Tapie".

Une recherche de notoriété qu'il pousse jusqu'à lui-même pour imposer la marque Tapie. Car à travers ses activités, Bernard Tapie recherche la lumière. Une nouvelle expérience musicale, des apparitions dans les émissions-phare des années 80, puis une tentative de battre le record de la traversée de l'Atlantique à la voile. Au coeur de ces activités, si diverses qu'elles soient, un point commun: la rage de réussir. Il y parviendra en 1985 avec son équipe de cyclisme La Vie Claire. Cette année-là, sous les couleurs de cette équipe, Bernard Hinault remporte son cinquième Tour de France.

"Le fait que le patron vienne manger à la même table, et qu’il n’était pas trois tables plus loin en train de manger du caviar ou du foie gras, pour nous c’était très bien. Il n’y avait pas la différence entre les champions et les équipiers", raconte le champion.

La réussite au coeur de la méthode

La méthode Tapie fonctionne également avec l'Olympique de Marseille qu'il rachète en 1986. "Cet homme aurait pu être un gourou, tellement il était fort dans tout ce qui est relation humaine et tirer le maximum des gens, se souvient Eric Di Meco, ancien joueur de l'OM. (…) Il nous mettait une telle pression, il était tellement malin dans ce qu’il nous disait avant le match qu’on était motivé. Quand il n’était pas là, c’était le Club Med." Preuve de cette réussite qu'il met en scène: la victoire de son club en Ligue des Champions, le seul club français encore détenteur de ce trophée à ce jour. 

A Marseille, l'homme d'affaires est adulé, mais regarde plus haut. Et le pouvoir lui fait du pied. "Il y a une forme de respect de l’animal chez Tapie, et réciproquement chez François Mitterrand séduit par le fauve, l’animalité", décrypte Christophe Bouchet. En 1988, Bernard Tapie est candidat aux Législatives à Marseille. Une nouvelle aventure loin de l'effrayer. "J’étais pas surprise, j’étais horrifiée, se souvient Noëlle Bellone. Horrifiée parce que déjà je n’avais pas été embauchée pour ça, et puis je lui dis 'Bernard, pourquoi moi? Je n’ai pas l’habitude des campagnes électorales.' Lui d’ailleurs non plus."

"Il me dit 'mais Noëlle c’est comme gagner une entreprise, un business plan, il faut qu’on gagne'", ajoute la secrétaire générale du groupe Bernard Tapie.

L'affaire VA-OM: le début de la chute

En politique aussi, le businessman prend le dessus, sa méthode fonctionne encore. Après l'Assemblée nationale en 1989, Bernard Tapie fait son entrée au gouvernement en 1992 lorsqu'il est nommé ministre de la Ville. Dans le même temps, une enquête est ouverte pour des soupçons de truquage du match Valenciennes-OM. Pas de quoi ébranler le "fauve" dont les combats vont glisser sur le terrain de la justice.

"Il a fait irruption dans mon bureau, en m’expliquant qu’il était un peu en retard, qu’il venait de quitter le président de la République, se souvient Eric De Montgolfier, ancien procureur de Valenciennes. Il a brossé le décor. Il y a quelques phrases qui me reviennent encore parce que c’était un peu grossier comme procédé. 'Un homme comme vous, dans un si petit poste, vous méritez mieux'. Il cherchait manifestement à m’impressionner."

La tentative de pression ne fonctionne pas et Bernard Tapie sera finalement condamné à 8 mois de prison ferme. Incarcéré, il ne perd pas de son aura, comme se rappelle Jacques Séguéla. Le publicitaire entend encore les "Allez l’OM! Allez Tapie!", scandés par les autres détenus quand il venait voir Bernard Tapie au parloir. Mais les ennuis s'accumulent et il est également condamné pour abus de biens sociaux, fraude fiscale, faux et usage de faux. Au point que depuis cette époque, le nom de Bernard Tapie réapparaît régulièrement dans les pages "justice" des journaux.

Il s'agit du plus long combat de sa vie. En 2008, après une procédure d'arbitrage controversée pour trancher le dossier de la vente d'Adidas au Crédit Lyonnais, Bernard Tapie touche 403 millions d’euros dont 45 millions d’euros au titre de préjudice moral. Loin de se faire discret, Bernard Tapie rachète le quotidien La Provence, dépense beaucoup d'argent: un hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine, une villa à Saint-Tropez ou encore un yacht de luxe. "Il est irrécupérable, il est trop grave", se dit alors Benoît Bartherotte, son ancien ami.

Sa bataille contre le cancer

Pour gagner cette bataille, Bernard Tapie est soupçonné d'avoir manoeuvré au plus haut niveau de l'Etat. Cette année encore, l'affaire a fait reparler d'elle. En mars dernier, Bernard Tapie était convoqué devant le tribunal correctionnel de Paris. Accusé "d'escroquerie" et de "détournement de fonds publics", il a été relaxé en juillet dernier. Une décision qui clôt une nouvelle étape car le parquet a fait appel. Le prochain round, Bernard Tapie promet de l'aborder avec autant de combativité. 

"C’est un bagarreur, rappelle Pierre Arditi, qui a tourné avec lui dans Hommes, femmes: mode d'emploi. La faucheuse elle va avoir fort à faire j’espère même qu’elle va s’en prendre plein la guerre et que mon petit camarade lui fera un pied de nez l’heure venue." Car Bernard Tapie lutte depuis 2017 contre un double cancer. Soigné à Marseille, il est traité par MRIdian, une machine à la pointe de la technologie. "Ce qui m’a frappé chez lui, c’est son élan vital qu’on voit chez tous les patients qui sont atteints d’une grave maladie. Il a décidé que la maladie ne l’abattrait pas", juge le professeur Patrick Bacqué, doyen de la faculté de médecine de Nice.

Pauline Revenaz, Régis Desconclois, Julie Papet