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Les syndicats cherchent la bonne formule pour sortir du conflit

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par Laure Bretton PARIS (Reuters) - Ressoudés par leur combat contre la réforme des retraites, les syndicats français cherchent la bonne formule pour...

par Laure Bretton

PARIS (Reuters) - Ressoudés par leur combat contre la réforme des retraites, les syndicats français cherchent la bonne formule pour sortir du plus long conflit social de ces dernières années et préserver le capital de confiance qu'ils estiment avoir accumulé auprès des Français.

Avant une huitième journée de mobilisation samedi, l'intersyndicale doit se réunir jeudi pour décider des suites à donner au mouvement, qui a dépassé le simple cadre des retraites au fil de l'automne.

Combiné aux vacances de la Toussaint, le vote du projet de loi qui repousse de 60 à 62 ans l'âge de départ à la retraite a fait chuter de moitié environ les chiffres de participation aux dernières manifestations, le 28 octobre, par rapport au pic de 1,2 à 3,5 millions de personnes selon les sources.

Dans la foulée, la reprise du travail dans les raffineries, hauts lieux de l'automne social, a sonné le glas de grandes grèves à la manière de celles de 1995.

S'ils refusent de parler de baroud d'honneur, les dirigeants syndicaux reconnaissent en privé qu'il faut passer à autre chose. Deux phases se dessinent: avant et après la promulgation de la loi, après son examen par le Conseil constitutionnel, qui doit se prononcer au plus tard début décembre.

"Ce n'est pas la fin des hostilités. Tant que la loi n'existe pas, la bataille reste la même", estime Nadine Prigent, secrétaire confédérale de la CGT, qui met en avant, à l'unisson des autres dirigeants syndicaux, le fort soutien de l'opinion publique au mouvement de contestation.

"Tout est encore sur la table dans le panel de mobilisation: de nouveaux temps forts, des formes décentralisées, des débrayages, des initiatives séparées", explique-t-elle.

Dans une interview à Reuters, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a annoncé mercredi qu'il proposerait jeudi à ses partenaires une nouvelle journée nationale d'action.

"Nous sommes favorables à une autre journée de mobilisation interprofessionnelle nationale en novembre" (après celle de samedi prochain-NDLR), a-t-il dit. "On voit que le gouvernement va s'efforcer de tourner la page. Nous allons lui faire la démonstration que ce boulet, il va le traîner aussi longtemps qu'il n'acceptera pas de rediscuter".

Le gouvernement n'ayant pas reculé d'un iota sur les mesures d'âge, la fierté d'avoir fait vivre un mouvement citoyen fort - comparé par certains universitaires à un embryon de Mai-68 - commence à se teinter d'amertume.

METTRE LE MEDEF "SOUS PRESSION"

"Parler de nouvelles formes de mobilisation, c'est de la langue de bois syndicale. Ça veut dire qu'on plie les gaules", tempête Jacques Valladon, de Force ouvrière.

"Nous ne lâchons pas les retraites, on ne passe pas à autre chose", dit le secrétaire confédéral du syndicat qui ne siège pas au sein de l'intersyndicale mais s'est joint à toutes les initiatives depuis le début de la contestation, au printemps.

Jacques Voisin, qui dirige la CFTC, tempère. "On ne va pas continuer à faire des manifestations tous les huit jours comme cet automne", souligne-t-il.

Pour faire évoluer la loi "qui n'est pas devenue juste parce qu'elle a été votée", il compte sur les négociations sociales à venir, sur la pénibilité, les carrières longues ou les seniors.

Quasiment silencieuse de bout en bout de la réforme, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a commencé à recevoir les syndicats pour des "délibérations sociales bilatérales".

La CFE-CGC a ouvert le bal cette semaine. D'autres rendez-vous sont fixés entre le patronat et la CFTC, FO et la CFDT, qui veut l'ouverture de négociations sur l'emploi des jeunes et des seniors, a-t-on appris de sources syndicales.

Dans les semaines qui viennent, "il faut mettre le Medef sous pression", prescrit Alain Olive, secrétaire général de l'Unsa.

Pour Hubert Landier, spécialiste des relations sociales, "la hargne des syndicats à n'avoir rien obtenu va se reporter sur d'autres domaines", à commencer par les négociations annuelles obligatoires sur les salaires, qui sont en train de débuter dans les entreprises.

Après la promulgation, certains envisagent un élargissement du mouvement social à d'autres questions comme les salaires ou le pouvoir d'achat, à l'instar des grandes manifestations qui avaient jalonné l'hiver 2009, en pleine crise.

"Il faut se donner des rendez-vous avec l'opinion publique pour faire le point sur ce qu'on obtient (...) L'état des lieux des échéances à venir dépend des réponses du Medef et des branches interprofessionnelles", explique Jacques Voisin.

Edité par Yves Clarisse