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Les raisons de la baisse du taux de natalité en France

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - PHILIPPE HUGUEN / AFP

L'Insee a dévoilé mardi matin son bilan démographique 2018. Il établit la population française à 66,9 millions d'habitants. Il montre également que le taux de natalité s'effrite, et ce pour la quatrième consécutive.

Certes, la France possède toujours la fécondité la plus élevée en Europe, à en juger par les dernières comparaisons dans ce domaine, datées de 2016. Mais le bilan démographique 2018 de l'Insee apporte d'autres enseignements permettant de mieux entrevoir une réalité contrastée.

Les Français sont désormais 66,9 millions, soit un nombre en hausse de 0,30%, mais le taux de natalité glisse. Alors que la moyenne est dorénavant fixée à 1,87 enfant par femme, on compte ainsi 758.000 bébés nés en France en 2018, soit 12.000 de moins qu'en 2017, qui marquait déjà le pas par rapport à 2016 avec une décrue des naissances de 14.000. 2016 avait lui-même accusé un retard de 15.000 naissances sur 2015. 2015 n'était pourtant pas une année faste, avec 20.000 enfantements de moins qu'en 2014. 

La baisse de l'ICF 

C'est donc la quatrième année d'une baisse qui ralentit indubitablement mais persiste. Selon le rapport, celle-ci est due à deux facteurs principaux. On observe tout d'abord une diminution du nombre de femmes relevant des âges où la fertilité est la plus grande, c'est-à-dire de 20 à 40 ans, et ce depuis le milieu des années quatre-vingt dix. Cette classe d'âge regroupait en 2018, 8,4 millions de femmes contre 9,1 millions en 1998. 

Et la seconde raison tient à la contraction de l'indicateur conjoncturel de fécondité (l'ICF), qui, selon la définition qu'en donne l'Institut national d'études démographiques (INED), est la somme des taux de fécondité par âge d’une année. L'indice est de 185,8 pour l'année 2018 quand il était encore jaugé à 199 quatre ans auparavant. C'est ce calcul qui permet d'établir la moyenne mesurée à 1,87 enfant par femme, contre 1,90 en 2017.

Gilles Pison, démographe et professeur au Muséum national d'histoire naturelle, chercheur associé à l'INED et auteur entre autres de France 2016: la natalité est en baisse et 1968-2018: quatre surprises démographiques en France depuis cinquante ans, réfute toutefois auprès de BFMTV.com l'idée d'un décrochage: "L'indicateur de fécondité a beaucoup varié en France depuis la fin du baby-boom. Son point le plus bas a été atteint en 1993 avec 1,66 enfant par femme, le plus haut en 2010 avec 2,02. Avec 1,87 cette fois-ci, on se situe à un niveau intermédiaire".

Quatre ans plus tard 

Jusqu'ici, ce recul de l'ICF était mis en rapport avec la diminution du nombre d'accouchements chez les jeunes femmes âgées de 25 à 29 ans. En 2000, pour 100 femmes appartenant à cette catégorie, on notait 13,4 enfants. Cette statistique est ramenée à 11 en 2018. Aujourd'hui, on devient mère en moyenne à 30,6 ans contre 29,8 il y a dix ans. 

Gilles Pison explique: "On observe un mouvement général de retard des maternités en France depuis les années 70. A cette époque, les femmes mettaient un enfant au monde en moyenne à 26,5 ans. On peut résumer de cette façon: les femmes ont à peu près le même nombre d'enfants que leurs mères mais elles les ont en moyenne quatre ans plus tard."

Et c'est donc ce délai qui pousse l'indicateur à la baisse selon l'expert qui évoque la possibilité d'un second mouvement: "Il y a peut-être un mouvement de fond, d'après lequel les femmes auraient moins d'enfant de toute façon mais on manque de recul". 

Au-dessus des trente ans 

Et il ne s'agit pas seulement d'un délai observable sous la barre des trente ans. En effet, amorcée en 2015, une chute similaire et donc beaucoup plus récente concerne les enfantements pour les femmes auxquelles l'état-civil donne entre 30 et 34 ans. En 2010, pour cent de ces trentenaires, on dénombrait 13,3 enfants. En 2018, le chiffre était passé à 12,7. 

Cette extension de la baisse du taux de natalité suggère qu'il ne s'agit pas seulement d'un décalage dû à une entrée plus tardive dans la vie professionnelle. La lecture d'un autre rapport de l'Insee, celui-ci daté de décembre dernier, souligne même que cette décrue est générale.

"Pour tous les âges avant 35 ans, la fécondité baisse chaque année depuis 2015", consignait l'étude. Et l'analyse géographique ne dégageait pas de disparité majeure: "La baisse touche toutes les régions, à l’exception de la Guyane et de Mayotte où la fécondité augmente et de La Réunion où elle est stable."

Un changement de mentalité? 

Le texte signalait aussi que, si toutes les catégories sociales étaient concernées, il existe tout de même une variation sociale: "Les femmes appartenant aux 25% des ménages les plus modestes (premier quartile de niveau de vie) ont une fécondité, à âge donné, plus élevée que les femmes un peu moins modestes qu’elles (deuxième quartile)."

Comment expliquer alors ce recul ou cette attente, passé 30 ans? Gilles Pison regarde vers les circonstances économiques:

"Là, on peut évoquer la conjoncture qui n'est pas très favorable. La crise financière qui a éclaté il y a dix ans a entraîné partout une diminution ou un arrêt de l'augmentation de l'indicateur de fécondité. Entre 2008 et 2017, aux Etats-Unis, par exemple, il a baissé de 15%, au Royaume-Uni, de 11%. En France, il n'a baissé que de 6%, et plus tard. On est sans doute en présence d'un effet de cette crise, bien que rendu plus tardif et modéré qu'ailleurs, peut-être en raison des politiques sociales et familiales françaises qui ont pu l'amortir". 

Si c'est à la conjoncture qu'on doit ces quatre années consécutives de déclin du taux de natalité, alors la fatalité ne doit pas exister en la matière. "L'indicateur pourrait remonter dans les années qui viennent, affirme Gilles Pison. Si on examine les derniers mois de 2018 d'ailleurs, on voit les effectifs de naissance se stabiliser par rapport à ceux des derniers mois de 2017". 

Robin Verner