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Les pompiers profitent de la fête de la Sainte-Barbe pour exprimer leur mécontentement

Des pompiers lors de la manifestation du 15 octobre à Paris, place de la République.

Des pompiers lors de la manifestation du 15 octobre à Paris, place de la République. - AFP

Le 4 décembre sonne généralement un jour de fête pour les pompiers, à l'occasion de la Sainte-Barbe. Mais cette année, un vent de protestation souffle sur cette cérémonie.

"Nous sommes en pleine ‘guerre’ de revendications." Alors que le 4 décembre est généralement synonyme de célébration et de convivialité chez les pompiers, cette année, la fête de la Sainte-Barbe rime avec protestation. Les soldats du feu, réunis depuis lundi sur la place de la République à Paris, prévoient d’organiser un grand banquet mercredi sur cette célèbre esplanade du 11e arrondissement.

"Comme chaque année, la Sainte-Barbe a vocation à renforcer la cohésion des troupes de pompiers, donc l’ambiance restera festive mais, dans le fond, le but est bel et bien d’exprimer notre mécontentement", explique à BFMTV.com Didier Dupir, secrétaire général de la branche lyonnaise du syndicat SUD.

"En plus du repas, on fera des initiations au secourisme, on montrera aux passants comment fonctionne notre profession, quelles sont nos difficultés au quotidien… Le but est d’être au plus près de la population", poursuit-il. Par ailleurs, toutes les casernes de France sont appelées à faire retentir leurs "deux tons", la fameuse sirène des camions rouges, à 11h00 pétantes "pour exprimer notre malaise et dire qu’on soutient tous ensemble la même cause", souligne Didier Dupir, en fonction depuis 20 ans. Le service de secours sera cependant maintenu, précise-t-il, "il n’y aura pas de blocage. Ethiquement on ne peut pas faire autrement. On est là pour aider la population".

Conditions de travail délétères

De nombreuses casernes ont entamé les festivités dès samedi 30 novembre, et chez certains la colère et l’exaspération ont pris le pas sur l’amusement. A Vire, en Normandie, la cérémonie officielle de la Sainte-Patronne des pompiers a tourné court.

"Au moment du passage en revue des troupes par les élus locaux, on a quitté les rangs, on a tourné le dos à la hiérarchie et on a présenté notre banderole", nous décrit Bruno Lemarchand, pompier volontaire à la caserne de Vire.

Sur une bande de tissu blanc, ils avaient inscrit en lettres noires: "Imaginez un monde sans pompiers." "Ça serait dramatique!", commente ce pompier volontaire depuis deux décennies.

Bien que "dramatique", cette situation lui semble "inévitable" si aucune amélioration n’est apportée aux conditions de travail. "Notre hiérarchie tire trop sur la corde, elle nous épuise. Les pompiers professionnels sont en sous-effectifs, alors elle se rabat sur les volontaires, payés au lance pierre, ça coûte moins cher", tance-t-il.

Ainsi, Bruno Lemarchand se retrouve à cumuler 45 heures de garde par mois "plus les astreintes à la maison, tout ça en parallèle de mon vrai travail. C’est intenable et démotivant. Au final, on va se retrouver sans pompiers volontaires et sans professionnels!" présage-t-il.

"On tire sur la corde"

Car du côté des soldats du feu professionnels, le tableau n’est pas vraiment plus rose. En 10 ans, les violences envers les pompiers ont augmenté de 213%, selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Des conditions de travail délétères qui en découragent plus d’un à s’engager dans cette filière. Or, les pompiers souffrent déjà d’un manque d’effectif "flagrant" tandis que leur activité a "augmenté de 30%. Il nous faut plus de monde", presse Didier Dupir.

Il déplore par ailleurs que le travail effectué par les pompiers ne soit pas reconnu à sa juste valeur: "L’Etat ne reconnaît pas notre métier comme une profession à risque alors que nous sommes quotidiennement exposés à des dangers. Nous voulons une revalorisation de notre prime de feu, plafonnée à 19% depuis bien trop longtemps."

"Il y a trop de choses qui ne sont pas normales", abonde auprès de BFMTV.com Stéphane Foos, membre du syndicat de pompiers Unsa. Depuis 25 ans, il exerce sa fonction dans le Val-d’Oise à un rythme effréné.

"J’ai commencé à la caserne de Villiers-le-Bel. A l’époque, on faisait chaque jour plus de 18 départs sur 24 heures. A ce rythme, on est tout le temps sur le terrain. On part le matin, on revient à 14h00 pour déjeuner, on repart, on rentre à 23h00 pour manger un morceau et on a à peine le temps de se mettre au lit qu’il faut repartir", égraine ce professionnel désormais en charge des accidents de la route dans le secteur de Roissy.

Comme bon nombre de ses collègues, Stéphane Foos a vu la qualité du métier se dégrader petit à petit, et malgré tout, "le gouvernement nous ignore", estime-t-il sept années après s’être syndiqué.

Ambre Lepoivre