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Société

Les médecins incités à mieux repérer les violences conjugales

Logo du numéro d'urgence pour les violences conjugales, créé le 3 septembre 2019

Logo du numéro d'urgence pour les violences conjugales, créé le 3 septembre 2019 - Eric Feferberg / AFP

La Haute autorité de santé a publié ce mercredi ses recommandations pour aider les médecins à mieux repérer les victimes de violences conjugales, et à savoir comment agir en cas de violence avérée.

Lésions traumatiques, "explications vagues" ou troubles de l'anxiété: certains signes doivent alerter les médecins sur de possibles violences conjugales subies par leurs patientes, selon une "recommandation" publiée mercredi par la Haute autorité de santé (HAS) pour inciter les professionnels à mieux "repérer" et agir.

Les médecins ont pour recommandation de poser des questions comme "comment vous sentez-vous à la maison?", ou "en cas de dispute, cela se passe comment?", ou encore "vous est-il déjà arrivé d'avoir peur de votre partenaire?". Il doivent "aborder systématiquement la question des violences avec chacune de ses patientes".

Repérer certains signes pour pouvoir agir

"Les médecins sont en première ligne pour repérer les femmes victimes de violence", affirme la HAS, qui publie pour la première fois des recommandations sur ce sujet, objet d'une vaste mobilisation de la part des associations et du gouvernement, qui a ouvert le 3 septembre le Grenelle des violences conjugales, qui devrait durer jusqu'au 25 novembre.

"Faute de formation et d'outils", la plupart des professionnels de santé "sont le plus souvent démunis face à cette problématique qu'ils connaissent peu ou mal", et "ne vont pas forcément repérer ces situations ni savoir comment agir pour protéger les victimes", estime la Haute autorité.

Certains signes doivent également alerter, insiste la HAS, comme des troubles dépressifs ou psychosomatiques, des "symptômes physiques chroniques inexpliqués", ou des "lésions traumatiques, surtout si elles sont répétées" et accompagnées d'explications "vagues" ou "peu plausibles". Autre signal d'alerte: le cas d'un homme qui accompagne sa partenaire au cabinet médical, se montre "trop impliqué", "répond à sa place" ou "minimise les symptômes".

Mettre en place un "plan d'urgence" en cas de violence avérée

Pour la HAS, les médecins doivent "systématiquement" se poser la question d'éventuelles violences conjugales, "même en l'absence de signe d'alerte", et en gardant à l'esprit que le phénomène concerne "tous les âges de la vie et tous les milieux sociaux".

"Un repérage précoce est primordial car les faits de violences s'aggravent et s'accélèrent avec le temps", précise-t-elle.

La HAS conseille également aux praticiens des pistes d'action en cas de doute ou de violences avérées: informer la patiente de ses droits, lui conseiller de porter plainte, l'orienter vers des associations spécialisées, et "si besoin, faire un signalement", avec l'accord de la victime. En cas de "risque élevé", le médecin peut conseiller à la victime d'anticiper en mettant en place un "plan d'urgence", par exemple en convenant avec des membres de la famille ou des amis de confiance "d'un message codé destiné à les alerter en cas de danger imminent", ou encore en identifiant à l'avance "un lieu où se réfugier".

En moyenne, quelque 219.000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes chaque année en France de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime, selon la HAS. Selon le décompte de l'assocation NousToutes, 112 femmes ont été victimes d'un féminicide depuis janvier 2019, et 93.000 femmes sont victimes de viol ou tentative de viol chaque année en France.

J. G. avec AFP