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Pour Schiappa, "les victimes de violences conjugales ne sont pas assez prises au sérieux"

Il semble que Johanna, la jeune femme tuée par son conjoint au Havre lundi, avait plusieurs fois alerté la police et les services sociaux des violences qu'elle subissait. Ce mercredi, la polémique continue d'enfler autour des défaillances dans la prise en charge des femmes victimes de sévices conjugaux.

Main-courante, interpellation, garde à vue… Plusieurs signes avant-coureurs pouvaient laisser présager du drame qui s’est produit au Havre, lundi 16 septembre. Ce jour-là, Johanna, 27 ans, est morte sous les yeux de ses trois enfants, agressée au couteau par son conjoint qui a reconnu les faits lors de sa garde à vue.

Depuis le début de l’année, plus de 100 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon, selon un décompte des associations. Un chiffre glaçant qui soulève de nombreuses questions, notamment celle de la prise en charge des femmes qui appellent à l’aide. Le cas de Johanna est édifiant: dès le 10 août, la jeune femme avait déposé une main-courante contre son conjoint au commissariat du Havre.

Le lendemain, la police était intervenue au domicile du couple, que "la jeune femme disait avoir quitté en passant par la fenêtre (...) ayant été menacée par son compagnon à l'aide d'un couteau ainsi que d'étouffement avec un sac en plastique", selon le communiqué du procureur du Havre, François Gosselin.

Des dysfonctionnements "révoltants"

Son compagnon avait alors été interpellé et placé en garde à vue, puis… plus rien. "Les éléments réunis au cours de l'enquête apparaissaient insuffisants pour caractériser une infraction, et la procédure était transmise au parquet en vue d'un classement sans suite", selon le communiqué.

"C’est révoltant mais ces dysfonctionnements existent depuis des années, a réagi Marlène Schiappa ce mercredi sur BFMTV. Ce qui est glaçant c’est de voir que des féminicides se produisent alors que des femmes ont appelé à l’aide et déposé plainte, et donc ont cherché la protection auprès des représentants de la République française. Trop souvent, les victimes de violences conjugales ne sont pas assez prises au sérieux. Il faut que toute la société se ressaisisse et qu’on prenne au sérieux les femmes qui appellent à l’aide."

Pour tenter d’éradiquer ces défaillances, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé qu’un audit allait être lancé dans 400 commissariats et gendarmeries afin d’identifier les déficiences au moment du dépôt de plainte. "Il s’agit de voir ce qui pêche dans les procédures et comment on peut améliorer l’accueil, la prise des plaintes et surtout que celles-ci soient transmises à la justice pour mettre hors d’état de nuire les conjoints qui sont des meurtriers en puissance", a poursuivi la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Des mesures "solides et fermes"

Cette mesure s’insère dans une réflexion plus globale lancée au début du mois de septembre avec le Grenelle des violences faites aux femmes.

"Le but est de mettre tout le monde autour de la table et de faire travailler ensemble des responsables de la police, de la justice avec des soignants, des responsables d’association, des élus. Et que tous ensemble nous présentions des mesures solides et fermes qui protégerons efficacement les femmes", a fait valoir Marlène Schiappa.

Une autre mesure verra bientôt le jour, a annoncé la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, et permettra aux victimes de violences conjugales de porter plainte dans les hôpitaux. "L’Etat va également se porter garant financièrement pour que les femmes victimes de violences conjugales puissent louer un appartement le temps de se reconstruire", a conclu Marlène Schiappa.

Ambre Lepoivre