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"Personne n'a rien voulu entendre": les proches de Johanna, tuée par son conjoint au Havre, dénoncent l'inaction des autorités

Les proches de Johanna, 27 ans, tuée lundi de 14 coups de couteau par son ex-conjoint, devant leurs enfants, racontent que la jeune femme avait multiplié les plaintes et les démarches auprès des autorités.

"C'est malheureux mais personne n'a rien voulu entendre, personne n'a rien voulu croire et c'est arrivé." Lundi, un homme de 37 ans a porté 14 coups de couteau à son ex-conjointe, Johanna, devant leurs trois enfants à la sortie d'un hypermarché du Havre (Seine-Maritime). 

"Il lui avait dit: 'T'auras pas les enfants, je te tuerai, j'irai en prison et les enfants iront en foyer.' On savait que ça arriverait, on espérait que non, mais on savait que ça arriverait si personne ne faisait rien", déplore ce mardi sur BFMTV Laura Ledamoisel, une amie proche de la victime, âgée de 27 ans. 

Le suspect, dont la garde à vue a été prolongée, "a reconnu la matérialité des faits et dit avoir agi par crainte que la victime ne le prive de ses fils", a rapporté le procureur de la République du Havre dans un communiqué. Johanna est morte en quelques instants. Les trois enfants du couple, âgés de 6, 4 et 2 ans, ont assisté au meurtre. 

"Elle était à sa merci"

"On voyait le papa qui venait à l'école arracher les enfants, elle n'avait pas le choix en fait. Elle était à sa merci, elle n'avait pas le choix. Tout le monde était au courant. Tout le quartier, ce n'est même pas l'école, c'est le quartier, la police, la justice. Tout le monde était au courant. Tout le monde était au courant, personne n'a rien fait", martèle Anaïs, une autre connaissance de la victime. 

Dès le moi de mai, Johanna avait fait part aux services sociaux de sa volonté de quitter son conjoint. Fin juillet, elle avait à nouveau sollicité ces services et obtenu le 31 juillet une place au Service d'Accueil d'Urgence des Femmes (SAUF). Le 10 août, la jeune femme avait déposé une main-courante au commissariat du Havre "indiquant que le climat était tendu mais qu'il n'y avait pas de violence contre elle-même ou sur les enfants", selon le communiqué.

Dès le lendemain dans la soirée, la police était intervenue au domicile du couple. Johanna avait sauté du premier étage de leur immeuble pour se sauver et, d'après le parquet, disait avoir "été menacée par son compagnon à l'aide d'un couteau ainsi que d'étouffement avec un sac en plastique". Johanna avait ensuite été hébergée par sa sœur, puis avait été accueillie au SAUF. Les enfants étaient pris en charge tour à tour par les parents.

"Personne n'a rien voulu entendre, personne n'a rien voulu croire"

Pourtant, malgré le placement en garde à vue de son conjoint, les éléments réunis au cours de l'enquête ont été considérés comme insuffisants et les autorités ont décidé à ce moment-là de classer l'affaire sans suite. "Dans cette première affaire, c'était parole contre parole", a estimé le procureur François Gosselin.

D'après une source judiciaire citée par le journal Paris Normandie, une première plainte avait été déposée à l'encontre du même homme par la victime il y a cinq ans, avant d'être elle aussi classée sans suite.

"A partir de là, on savait que ça arriverait un jour. C'est malheureux mais personne n'a rien voulu entendre, personne n'a rien voulu croire et c'est arrivé", réagit son amie Laura Ledamoisel. "On lui disait d'appeler la police, elle-même savait déjà les réponses de la police toutes fraîches, toutes écrites. On appelait pour elle, mais c'était pareil: 'On a autre chose à faire', on nous raccrochait au nez, 'ce n'était pas assez important', etc.", poursuit-elle. 

Une marche blanche mercredi

Après le 11 août, Johanna avait été hébergée par sa sœur, puis avait été accueillie au SAUF. Les enfants étaient pris en charge tour à tour par les parents. Lundi, ils avaient convenu de se retrouver dans un kebab pour que la victime retrouve les enfants.

A la suite d'une dispute, l'homme était allé acheter des glaces aux enfants dans un hypermarché voisin, précise le communiqué du parquet relayé par France 3. C'est quand la mère est venue à sa rencontre à la sortie du magasin qu'il l'a tuée.

Une marche blanche est organisée en mémoire de Johanna ce mercredi au Havre, à 13h30 au départ de l'école Lamartine.

Liv Audigane avec Pierre Corrieu, Fanny Regnault, François Pitrel et AFP