BFMTV

Grenelle des violences conjugales: ce que proposent les associations pour lutter contre les féminicides

Mardi 3 septembre s'ouvrira à Matignon un Grenelle des violences conjugales très attendu par les associations de protection des femmes. Certains collectifs militants dénoncent cependant une simple opération de communication et réclament des mesures concrètes pour opérer un réel changement des mentalités.

121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en 2018, d’après le ministère de l’Intérieur. Un an plus tard, le chiffre n’est pas moins alarmant puisque l’association "Féminicides par compagnon ou ex" en dénombre déjà 100 sur les huit premiers mois de 2019.

Pressé d'agir contre le fléau des violences conjugales, le gouvernement lance ce mardi - et jusqu'au 25 novembre - un Grenelle des violences conjugales. Caroline De Haas, membre du collectif Nous Toutes, sera présente à l’événement et confie à BFMTV.com: 

"Si ce Grenelle n'apporte pas de changements majeurs, ce sera un coup d’épée dans l’eau." 

Les associations et proches de victimes de féminicides attendent des mesures immédiates et des moyens accrus.

  • Eduquer dès le plus jeune âge à la non-violence

"Si la France le décidait aujourd'hui, elle pourrait faire reculer de manière radicale toutes les violences sexistes et sexuelles que cachent les féminicides. Beaucoup auraient pu être empêchés s'il n'y avait pas eu de dysfonctionnements", affirme à l’AFP Caroline De Haas. Interrogée par BFMTV.com, la militante souhaite que l’accent soit mis particulièrement sur l’éducation.

"On l’a bien fait pour la sécurité routière", souligne-t-elle, rappelant qu’il y a 20 ans, "on pouvait laisser notre tante ivre repartir en voiture. Aujourd’hui, avec la sensibilisation qui commence dès la primaire et se poursuit au collège, ce n’est plus possible. Les gamins emmagasinent qu’il s’agit d’un danger".

Caroline De Haas propose donc d’instaurer un brevet de la non-violence qui apprendrait "dès le plus jeune âge qu’on ne peut pas mal parler et avoir des gestes brusques envers sa compagne". Et cette sensibilisation doit se faire sur le long terme avec, parallèlement, des campagnes de prévention "qui rappellent tout au long de l’année la gravité des violences faites aux femmes".

  • Créer davantage de places en centres d’hébergement

La Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) réclame de son côté la création de centres d'hébergement ouverts 24 heures sur 24, "encore très rares en France". Des places doivent notamment être débloquées pour les jeunes, estime Marie Cervetti, directrice de l'association "FIT, une femme, un toit", qui gère un centre d'hébergement pour femmes de 18 à 25 ans victimes de violences.

"On a aussi besoin de plus de places en Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) dédiées spécialement aux femmes victimes de violences, avec un accompagnement social adapté", abonde Caroline De Haas. 
  • Former les professionnels pour une meilleure prise en charge des victimes

"Ce n’est pas normal que quand une femme porte plainte au commissariat on lui réponde encore que ce qui lui arrive est lié à la façon dont elle était habillée", tranche Caroline De Haas. Une formation des agents dans les commissariats lui semble primordiale, ainsi que dans les hôpitaux.

"Il faut apprendre au personnel soignant à mieux appréhender la situation. Certains sont surpris qu’une même femme battue revienne plusieurs fois à l’hôpital et se remette avec son compagnon. Ils doivent comprendre que dans les violences conjugales, il y a une situation d’emprise. En moyenne, les femmes battues font sept allers-retours à l’hôpital avant d’arriver à quitter leur conjoint. Les personnels soignants doivent être capables de les accueillir sans les culpabiliser", prévient-elle.
  • Renforcer l’arsenal législatif

La FNSF aspire également à un enrichissement de la loi en passant notamment par la création de "tribunaux spécialisés", une préconisation récurrente de la part des associations, alors que des victimes de violences conjugales se plaignent de n'avoir pas été entendues par les juges les ayant auditionnées.

Par ailleurs, "nous réfléchissons à la sécurité des femmes ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant. Après une séparation dans le cadre de violences conjugales, une femme et son enfant peuvent encore être victimes de sévices, c'est pourquoi nous souhaitons que l'adresse de la mère puisse être dissimulée, par exemple", précise à BFMTV.com Françoise Brié, directrice de la FNFS. 

Une solution pour éviter que l'ex-conjoint violent ait accès aux coordonnées de son ancienne compagne s'il partage avec elle l'autorité parentale sur un ou plusieurs enfants. 

La présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, a appelé elle aussi de ses voeux une justice "plus rapide, coordonnée et accessible, avec des instances spécialisées", dans une récente tribune publiée par Le Parisien.

  • Des mesures qui coûtent cher

Les crédits de l'Etat spécifiquement alloués à la lutte contre les violences envers les femmes sont de 79 millions d'euros, rapporte l’AFP selon une étude menée par cinq organisations. Jeudi dernier, Marlène Schiappa a annoncé qu’une enveloppe d'un million d'euros serait mise à disposition des associations pour améliorer la lutte contre les violences conjugales.

"Il nous faudrait un milliard d'euros pour lutter efficacement contre les violences conjugales, c'est trois fois et demi moins que ce que coûtent chaque année" ces violences, assure à l’agence de presse Anaïs Leleux, du collectif Nous Toutes.

Ce à quoi la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes a rétorqué: "Il ne faut pas cracher sur un million d'euros en disant ‘Ce n'est pas bien, c'est moins bien que dix’. On ne fait pas de baratin sur un sujet aussi grave", a-t-elle ajouté, appelant "tout le monde à sortir des postures".

Ambre Lepoivre avec AFP