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Violences conjugales: 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon en 2018

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- - AFP

149 personnes ont trouvé la mort dans le cadre de leur couple ou d'une relation amoureuse, dont 121 femmes qui ont succombé aux coups de leur conjoint ou de leur ex-compagnon, a annoncé ce mercredi la délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur.

C'est un chiffre stable depuis plusieurs années mais qui reste très préoccupant. 121 femmes ont trouvé la mort en 2018 sous les coups de leur conjoint, de leur ancien compagnon ou bien de leur amant ou relation épisodique. Une violence au sein du couple qui s'élève au total à 149 morts l'an dernier, ce qui représente 20% des 785 homicides en France.

L'étude publiée ce mercredi, remise par la délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur, composée des directions de la police et de la gendarmerie, relève une évolution pour l'année 2018. 31 auteurs et 32 victimes étaient âgés de plus de 70 ans au moment des faits. Parmi ces derniers, 14 auteurs et autant de victimes avaient plus de 80 ans. Le cas fréquent est souvent celui du mari âgé qui tue sa femme malade puis se suicide après. 

"Nous avons été frappés par le surreprésentation de la catégorie d’âge des personnes de plus de 60 ans qui sont pour 30% des cas les auteurs de ces homicides au sein du foyer. Cette proportion est supérieure à la proportion de cette catégorie d’âge pour les homicides classiques", note Michel Lavaud, chef du service d'information et de communication de la police nationale.

Des violences antérieures

Ces drames surviennent le plus souvent dans des couples âgées entre 40 et 49 ans (20% des faits) puis dans les couples âgés entre 30 et 39 ans. La majorité des cas se déroulent d'ailleurs dans une certaine situation de précarité: près de 41% des auteurs de meurtres sont sans emploi, comme 35,6% des victimes. Dans près de la moitié des cas, des violences existaient déjà au sein du couple. "C’est tout le travail de l’enquête qui vise à établir le contexte du passage à l’acte, poursuit Michel Lavaud, qui évoque une "libération de la parole après les faits", notamment la famille qui confie des violences antérieures dans le couple.

La délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur insiste sur les moyens mis en place par les autorités pour aider les femmes et les hommes victimes de violences à passer la porte d'un commissariat pour dénoncer les violences qu'ils subissent. "Nous travaillons avec des associations, des assistantes sociales, des psychologues, pour permettre à une victime qui pousse la porte d’un commissariat, au-delà de la plainte, de se voir reçue par un psychologue ou une assistante sociale pour permettre un réseau pour l’aider", détaille Michel Lavaud.

Libérer la parole

Le dernier outil de prévention mis en oeuvre est un portail de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, qui permet aux victimes d'entrer en contact par tchat avec des policiers ou des gendarmes spécifiquement formés. il a été mis en place depuis novembre dernier. 3.600 personnes ont déjà contacté un policier ou un gendarme ainsi. "50% qui se sont rendus dans les services territoriaux", indique Sandrine Masson, cheffe du portail.

"Les résultats de cette étude démontrent que les efforts des pouvoirs publics pour combattre ces violences intrafamiliales inacceptables doivent se maintenir et s’accentuer. C’est dans cette perspective que les forces de l’ordre ont mis en œuvre des dispositifs destinés à prévenir ces violences et à favoriser une meilleure prise en charge des victimes", estiment pour leur part Marlène Schiappa, la Secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations, et Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, dans un communiqué commun.

Le gouvernement a annoncé dimanche la tenue d'un "Grenelle des violences conjugales" à la rentrée pour enrayer ce fléau, en promettant des mesures "concrètes". Un collectif féministe a déjà recensé 76 féminicides depuis le 1er janvier dernier, ce qui accrédite l'hypothèse d'une tendance repartant nettement à la hausse ces derniers mois pour 2019.

Justine Chevalier avec Mélanie Bertrand