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Les Français ne sont pas condamnés à être nuls en anglais

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- - MYCHELE DANIAU / AFP

Souvent mal placés dans les classements internationaux de maîtrise de l’anglais, les Français commencent tout doucement à mieux maîtriser la langue de Shakespeare.

Si vous vous êtes déjà demandé ce qui se passerait si vous décidiez de retenter le bac, il existe peut-être une discipline encore plus redoutée que d’autres: les langues vivantes. C’est justement l'épreuve que s’apprêtent à passer les lycéens ce mercredi. Pour la majorité d’entre eux, ce sera donc l’anglais.

Dans ce domaine, la mauvaise réputation des Français est quasiment proverbiale. Dans sa dernière étude mondiale sur l’Indice de compétence en anglais, à l’automne dernier, l’organisme Education First l’a encore confirmé. La France, coincée entre l’Espagne et l’Italie, se classe 32e sur 80 pays, pour une maîtrise de la langue qualifiée de "moyenne".

"Il n’y a pas de problème de capacités: les Français peuvent très bien apprendre l’anglais"

Si les Pays-Bas, la Suède et le Danemark trustent le podium, la France fait aussi moins bien que la Pologne (9e), la Roumanie (13e) et la Hongrie (15e).

"Il n’y a pas de problème de capacités: les Français peuvent très bien apprendre l’anglais. Mais il y a d’autres pays qui ont priorisé plus tôt l’apprentissage de cette langue et donc qui ont pris de l’avance sur la France", explique Kate Bell, responsable projets chez Education First et co-auteure du rapport. "Il y a deux raisons culturelles à cela. D’abord, on a tendance à prioriser les maths et les sciences. Les élèves qui sont faibles en langues, ce n’est pas mal vu. Ensuite, il y a sans doute quelque chose à voir avec la francophonie, même si c’est peut-être un stéréotype: quelque part, les Français devraient faire la différence entre la langue anglaise en tant qu’outil professionnel et la culture anglophone".

En septembre dernier, une note publiée par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance a toutefois révélé des résultats encourageants. Entre 2010 et 2016, à la fin du collège, à l’écrit comme à l’oral, "la proportion d’élèves en situation de réussite a augmenté fortement, tandis que celle des élèves en difficulté a baissé significativement". Un frémissement de bon augure, alors qu’Emmanuel Macron a annoncé sa volonté d’entendre les étudiants français parler au moins deux langues européennes d’ici à 2024. Dans quelques jours, une mission coprésidée par Chantal Manes, inspectrice générale d’anglais, et par le journaliste Alex Taylor, doit également rendre ses conclusions au ministre de l’Education nationale, dans le cadre de l’amélioration de l’apprentissage des langues étrangères.

"On n’apprend jamais une 2e langue au détriment de la langue maternelle"

"On a beaucoup de critiques à faire sur le système éducatif, mais je pense que les profs de langues se sont beaucoup mobilisés ces dernières années, et on a fait progresser les choses", indique Jean-Luc Breton, secrétaire général de l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV). Avec ses collègues, il a rencontré la fameuse mission le 5 juin dernier. Pour quel message? "En primaire, il faudrait une vérification de la compétence des enseignants. Au collège, il faudrait que les langues soient présentes au brevet, parce que les élèves ressentent une certaine démotivation. Et puis surtout, et c’est sur ça qu’on a insisté, il faudrait qu’il y ait davantage d’heures au lycée. Limiter les enseignements à 2h30 ou 2h, ça nous paraît très insuffisant. Pas mal d’études semblent montrer que 3h c’est vraiment un minimum pour progresser", assure celui qui est lui-même professeur d’anglais.

Les choses sont pourtant sans doute en train de changer. Doucement, mais sûrement. Depuis 2016, l’apprentissage de l'anglais est ainsi proposé dès le CP

"C’est même dommage de ne pas apprendre une autre langue que le français avant sept ans", assure la Suédoise Maria Kihlstedt, maître de conférences en sciences du langage à Paris 10. "Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas en apprenant une autre langue que le français va se détériorer. On n’apprend jamais une 2e langue au détriment de la langue maternelle. C’est même le contraire, c’est un cadeau pour le cerveau. Plus tôt on est exposé, plus on développe le cerveau. Et il faut le faire de manière ludique. On a tendance en France à enseigner les langues vivantes comme des langues mortes: on en sort pour les regarder de l’extérieur. Mais pour progresser, il faut s’immerger".

"En Suède, même mes grands-parents regardaient des feuilletons sous-titrés. Forcément, ils apprenaient"

Mais dans le domaine de l’apprentissage de la langue anglaise, il ne faut pas résumer les défis à l’école. Si les Français ne semblent plus condamnés à une maîtrise imparfaite de cette langue, "c’est aussi parce qu’elle est beaucoup plus présente à l’extérieur des cours: sur Internet, à la télévision, et dans les cinémas pour la plupart des grandes villes. Désormais, les élèves motivés passent beaucoup de temps à regarder des séries américaines en anglais directement", reprend Jean-Luc Breton. "Ce n’est pas pour rien qu’on ne double pas les films ou les séries dans les pays qui sont très compétents en anglais", remarque Kate Bell. "En Suède, même mes grands-parents regardaient des feuilletons sous-titrés. Forcément, ils apprenaient", raconte Maria Kihlstedt.

Selon elle, "la stigmatisation envers le niveau d’anglais des Français aura de moins en moins lieu d’être". "En France, encore aujourd’hui, on peut vivre toute sa vie sans jamais entendre d’anglais. Mais les jeunes générations s’améliorent et ont moins de blocages que leurs aînés. D’autant qu’il y a chez les jeunes parents une volonté d’avoir des enfants qui parlent au moins l’anglais". De plus en plus de sociétés proposent ainsi des services de garde d’enfants permettant de développer dès le plus jeune âge des immersions dans une langue étrangère.

Evidemment, les Français ne monteront pas sur le podium d’Education First dès la publication du prochain rapport. "On ne peut bien sûr pas changer le niveau d’anglais de tout un pays d’une année sur l’autre, reprend Kate Bell. Mais quand on comparera le niveau actuel de la France par rapport à il y a huit ans, il n’y a pas de doute qu'elle aura progressé. D’ailleurs, tous les pays d’Europe progressent. C’est ce qui fait que ce sera compliqué pour les Français de remonter au classement. Mais l’important c’est d’avoir un niveau suffisant, pas d’être bien classé".

Antoine Maes