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Pourquoi les Français sont-ils si mauvais dans les langues étrangères

Une salle de classe (photo d'illustration)

Une salle de classe (photo d'illustration) - Jeff Pachoud-AFP

Les Français sont loin d'être les meilleurs dans la pratique des langues étrangères. Un classement les situe même au 22e rang sur 26 pays européens pour leurs compétences en anglais. Plusieurs explications à cela.

C'est un projet ambitieux. Emmanuel Macron l'a annoncé mardi à la Sorbonne lors de son discours sur l'Europe: le président de la République souhaite que les étudiants parlent au moins deux langues européennes d'ici 2024. Une annonce audacieuse. Car si l'accent français a été élu "le plus sexy du monde" et semble faire fureur chez les étrangers, les tricolores ne sont pas réputés pour être doués en langues étrangères.

Les Français à la peine

Selon une vaste étude réalisée auprès de 950.000 personnes dans 72 pays par l'institut Education First qui examine les compétences en anglais -hors États anglophones- les Français ont un niveau moyen et se classent au 29e rang, après la Roumanie et la Bosnie-Herzégovine. Encore plus décevant: ils font partie des plus mauvais élèves européens et ne figurent qu'à la 22e place sur 26.

Comme le pointe cette enquête, publiée en novembre 2016, les pays qui pratiquent le mieux la langue de Shakespeare se trouvent en Europe du nord: Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège, Finlande pour les cinq premiers de tête, suivis du Luxembourg, de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Pologne -à la 10e place- et de la Belgique -à la 11e. Il faut tout de même saluer une petite amélioration chez les Français avec une remontée de huit places, la France se trouvait au 37e rang en 2015.

"Le suédois, le danois, le norvégien ne sont pas, en général, parlés en dehors des frontières politiques de ces pays, explique pour BFMTV Claude Hagège, professeur au Collège de France. Par conséquent, la motivation pour apprendre les langues étrangères est beaucoup plus forte. En France, au contraire, le français est une langue à vocation internationale. Dès lors, la motivation pour apprendre d'autres langues est moins forte."

"Un orgueil français à vouloir protéger la langue"

Natanael Wright, président-fondateur en France du réseau Wall Street English, va même plus loin et dénonce le protectionnisme de la France vis-à-vis de la francophonie.

"Dans certains petits pays, les enfants entendent l'anglais à la télévision dès leur plus jeune âge, les films n'étant pas doublés, ce qui formate leur oreille, indique-t-il à BFMTV.com. En France, combien d'hommes politiques parlent anglais? Emmanuel Macron fait figure d'exception. Personne n'envisagerait pourtant un représentant de commerce à l'étranger sans parler la langue du pays. Il y a un certain orgueil français à vouloir protéger la langue, conforté par une élite qui se complaît à ne parler qu'en français, cela n'aide pas les Français à progresser en anglais."

Pas assez d'heures à l'école

Les faibles résultats de la sixième puissance mondiale s'expliquent également par des différences dans le nombre moyen d'années de scolarisation et le temps d'apprentissage -soit le pourcentage du total des dépenses gouvernementales consacrées à l'éducation. Aux Pays-Bas, premier du classement, ce taux est de 11,6%, contre 9,7% en France, selon l'indice Education First. Et les enfants vont à l'école 11,89 ans à Amsterdam, contre 11,13 à Paris.

Pour Jean-Luc Breton, vice-président de l'Association des professeurs de langues vivantes, le système éducatif français n'accorde pas suffisamment d'heures de cours aux langues étrangères. Depuis la rentrée 2016, l'enseignement d'une langue vivante commence dès le CP dans toutes les écoles, contre le CE1 auparavant. Au total, du CP au CM2: 1h30 par semaine. À partir de la 6e: 4h pour une première langue vivante. De la 5e à la seconde: 5h30 pour les deux langues obligatoires, puis 4h30 en 1ère et 4h en terminale.

"C'est insuffisant si l'on veut acquérir la maîtrise de la langue, regrette pour BFMTV.com Jean-Luc Breton. Depuis plus de vingt ans, les gouvernements successifs n'ont pas pris la mesure de l'importance de l'enseignement des langues étrangères."

Et selon lui, ce n'est pas mieux dans l'enseignement supérieur, or cursus spécifique consacré aux langues étrangères. Également professeur d'anglais, il estime que la place accordée à l'oral devrait être plus importante. Mais cela reste difficile, nuance-t-il, compte tenu des classes surchargées.

"Ce n'est pas le cas dans mon lycée, qui limite les effectifs à 25, mais dans de nombreux établissements, les élèves sont jusqu'à 35 par classe, ce qui complique la progression dans une langue étrangère."

Une faible exposition à la langue anglaise

Comme le rapportait Les Echos, au Danemark, où 77% des danois parlent au moins une langue étrangère, les enfants apprennent l'anglais dès l'âge de 9 ans. Dès 8 ans en Finlande avec deux heures par semaine. Et dans ces deux pays, l'enseignement de l'anglais est avant tout axé sur l'oral.

Ce que certains aimeraient voir se développer en France. Selon une enquête menée par Wall Street Institute, publiée en août dernier, près de six étudiants sur dix regrettent de ne pas avoir davantage pratiqué l'anglais à l'oral durant leurs années d'école. C'est une particularité française: l'enseignement académique des langues étrangères. "Il faut arrêter de penser une langue comme une matière, il faut l'utiliser et la faire vivre", indique à BFMTV Sonia Montejano, de la société Acadomia. 

C'est également le point de vue de Natanael Wright, du réseau Wall Street English. "En classe de terminale, il y a 90 heures d'anglais par an. Avec une classe de 30 élèves, cela donne la possibilité pour chaque élève de pratiquer l'anglais 3 heures par an. (...) Les Français ne sont pas plus bêtes que d'autres, mais si le cerveau n'est pas habitué à parler anglais, vous ne pouvez pas parler anglais."

Mais comme le note le linguiste Claude Hagege, depuis une dizaine d'années, un changement d'attitude vis-à-vis des langues étrangères est perceptible. L'exposition à ces langues se fait plus grande par le biais des films et séries de plus en plus diffusés en version originale sous-titrée. Ce que note également Jean-Luc Breton. "Beaucoup de mes élèves ont opté pour la VO. Ce qui devrait augmenter leur niveau."

Céline Hussonnois-Alaya