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Les Français de plus en plus séduits par les caméras de sécurité connectées chez eux

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- - LIONEL BONAVENTURE / AFP

Pour des raisons de sécurité, de plus en plus de particuliers équipent leurs logements de caméras de surveillance reliées à leurs smartphones.

Les grandes vacances approchent, et avec elles, la petite angoisse qui accompagne le grand départ. Au moment de fermer la porte, qui ne s’est jamais demandé s’il retrouverait son domicile dans le même état, redoutant l’intrusion de cambrioleurs? Un nouveau secteur se développe pour combler cette inquiétude. Dans le sillage de l’émergence des objets connectés, les Français semblent décidés à équiper leurs foyers de caméras de sécurité connectées. Si l’usage s’est généralisé dans les entreprises et même dans les rues, les foyers étaient jusqu’à maintenant encore relativement "aveugles". Mais c’est en train de changer: en 2017, il s’est vendu 237.000 caméras de ce type, un chiffre en progression de 24% par rapport à 2016.

Alors que le prix moyen d’une caméra de sécurité connectée est de 120 euros, le chiffre d’affaire du secteur a atteint 29 millions d’euros l’an dernier, soit 41% d'augmentation.

"C’est un marché qui est vraiment en croissance depuis quelques temps, confirme Jérémy Barreau, analyste chez GFK. Vous avez des personnes qui étaient habituées à une alarme de sécurité qui sont passées à une caméra connectée, permettant d’avoir une vision directe sur leur smartphone et de stocker les images sur un cloud. Il y a aussi toute une catégorie de personnes qui surfent sur la vague "smarthome" et qui s’intéressent à cette typologie de produits. Mais on n’a pas de statistiques sur le taux d’équipement, qui ne doit pas encore être extrêmement élevé".

"Confirmer que vous avez vu un inconnu chez vous sera déterminant dans la décision de la police d’intervenir"

Chez Netatmo, une start-up française qui s’est lancée sur ce marché de la caméra de sécurité connectée depuis juin 2015, "on constate une croissance continue de nos ventes sur le marché français", confirme Fred Potter, le président. Le concept de ses produits est plutôt simple: à l’intérieur ou à l’extérieur, une caméra filme quand vous le souhaitez, et peut vous envoyer une notification sur votre smartphone dès qu’une anomalie est constatée. "On bénéficie d’abord d’un effet mécanique qui est le taux d’équipement des maisons: les gens ont désormais le wifi chez eux et des smartphones dans leur poche. Ce sont les deux ingrédients indispensables pour avoir une caméra de sécurité", reprend le patron de Netatmo.

La première motivation est évidemment de mieux sécuriser son domicile face à de potentiels intrus. Si c’est le cas, "c’est votre responsabilité de gérer l’incident", reprend Fred Potter. En clair, à vous de prévenir la police ou un voisin qu’un cambrioleur est entré.

"En général, les forces de police exigent ce qu’on appelle une levée de doute. Vous ne pouvez pas la faire intervenir sur une simple sonnerie d’alarme. Mais le fait que vous ayez une caméra qui vous a permis de confirmer que vous avez vu un inconnu chez vous sera déterminant dans la décision de la police d’intervenir", assure le dirigeant de Netatmo.

"Les gens veulent savoir ce qui se passe dans leur jardin"

Selon lui, l’envie de s’équiper d’une caméra dépasse largement le simple cadre de la peur du cambriolage. "Les gens veulent savoir ce qui se passe dans leur jardin, par exemple. Y compris pour des choses qui ne sont pas directement des problématiques de sécurité. Typiquement, si vous retrouvez tous les matins sur votre pelouse les traces d’un chien qui est passé, c’est contrariant donc ça vous intéresse de savoir quel est le voisin qui lâche son animal sur votre pelouse. C’est aussi une réassurance qui permet de savoir ce qui se passe. Si vous êtes en vacances, que vous n’êtes pas chez vous et que vous entendez à la radio qu’il y a des inondations, vous êtes contents de savoir s’il y en a une chez vous".

L’installation de tels dispositifs de sécurité à votre domiciles est tout de même soumise à des règles précises: "Ils doivent respecter la vie privée des voisins, des visiteurs et des passants", prévient la CNIL. En clair, il n’est pas permis de pointer une caméra sur votre place de parking si celle-ci est située dans l’espace public. Même si la captation d’image a lieu à l’intérieur de votre domicile, vous devez également vous assurer de "ne pas porter atteinte à la vie privée des personnes filmées". Enfin, dans le cas où vous employez un travailleur à votre domicile, comme une nounou, "ces personnes devront être informées de l’installation de caméras et de leur but. Les caméras ne devront pas filmer les salariés en permanence pendant l’exercice de leur activité professionnelle".

"La plupart des marques ont des caméras qui essaient de se fondre dans la maison"

Ce caractère intrusif d’un objet qu’on associe plus volontiers à la surveillance policière qu’à la maison connectée, les entreprises du secteur l’ont bien compris. Pour éviter le syndrome Big Brother, elles font donc de gros efforts dans le design pour proposer "des objets acceptables d’un points de vue social", explique Fred Potter.

"La plupart des marques ont des caméras qui essaient de se fondre dans la maison, estime Jérémy Barreau. Le produit, on essaie de plus en plus de le dédiaboliser, en montrant aussi qu’on a un plein contrôle dessus. C’est un objet qui peut faire potentiellement partie de beaucoup de foyers, mais un peu moins que les assistants personnels. Il y aura toujours une proportion de personnes qui ne seront pas forcément adeptes d’une sécurité pure".

Mais si des géants comme Google ou Amazon se penchent sur le secteur, c’est bien qu’il s’annonce porteur. Jusqu’où? "Le but, c’est que ce soit en interaction avec d’autres objets. Si vous avez une serrure connectée et qu’un intrus veut entrer, vous aurez directement la caméra qui visera la porte", prédit Jérémy Barreau. Quant à laisser volontairement entrer quelqu’un à distance, cela semble encore loin d'être généralisé. "Aujourd’hui, ouvrir la porte, on n’en est pas encore là… J’ai vu une étude en Allemagne où 3% des gens se disent prêts à faire entrer les livreurs chez eux en leur absence. Par contre vous serez heureux de recevoir une notification qui vous dira qu’il est passé, qu’il a laissé un colis ou un avis de passage. Vous pourrez même demander à votre voisin de l’intercepter", conclut Fred Potter.
Antoine Maes