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Deux militants L214 jugés pour avoir caché des caméras dans un abattoir

L'abattoir des Yvelines où les militants de L214 ont été interpellés.

L'abattoir des Yvelines où les militants de L214 ont été interpellés. - Google StreetView

C'est la première fois que des militants de l'association L214 sont inquiétés sur le plan judiciaire, entre autres pour "atteinte à la vie privée". Les membres de l'association se défendent en soulevant une question prioritaire de constitutionnalité.

Une même amende de 15.000 euros, dont 10.000 avec sursis, a été requise lundi par le parquet de Versailles contre deux militants de l'association L214 qui avaient caché des caméras dans un abattoir des Yvelines, filmant notamment l'étourdissement des porcs au CO2. La décision sera rendue le 9 octobre.

Violation de domicile et tentative d'atteinte à la vie privée

"Ce n'est ni le procès de l'abattoir, ni celui des méthodes d'abattage", a voulu recadrer le représentant de l'accusation, Michel Pellegry, en rappelant que les pratiques dans cet établissement situé à Houdan "sont réalisées dans le total respect de la règlementation en vigueur au jour des faits".

Le 12 décembre dernier, les deux membres de L214, dont le co-fondateur, Sébastien Arsac, avaient dissimulé des caméras, notamment sur une nacelle descendant les cochons dans le puits où ils sont étourdis au CO2 avant d'être saignés. Ils sont poursuivis pour violation de domicile et tentative d'atteinte à la vie privée. Leurs avocates, Mes Helène Thouy et Caroline Lanty, ont plaidé la relaxe.

Arrêtés alors qu'ils venaient récupérer leurs caméras

"Nous sommes entrés par l'arrière du bâtiment, où il n'y a aucune clôture", a expliqué à la barre Sébastien Arsac. "Les portes étaient ouvertes, nous avons placé les caméras", a déclaré le militant, qui lutte pour l'abandon de tout produit animal dans l'alimentation.

Trahis par la chute d'une caméra, ils avaient été interpellés alors qu'ils venaient récupérer leur matériel, encagoulés, dans la nuit du 12 au 13 décembre 2016. L214 a depuis diffusé certaines de ces vidéos, qui entendent montrer la souffrance des animaux.

"Ça me parait moral"

Devant le tribunal correctionnel de Versailles, trois heures durant, les deux prévenus, entourés de quelques dizaines de sympathisants, ont reconnu les faits, mais les estiment "justes".

"Ça me paraissait légitime, ça me paraît moral. C'est quelque chose qui me tient à coeur", a revendiqué Tony Duhamel, 36 ans, le second prévenu.

L'association s'était intéressée à cet abattoir porcin - le dernier d'Île-de-France - après un signalement par un "lanceur d'alerte" pour ses supposés manquements - du reste, jamais relevés par les services vétérinaires.

"On viole la loi pénale"

"On vole, on ment, on agresse, on viole. Oui, on viole la loi pénale", s'est insurgé l'avocat de l'abattoir, Me Nicolas Cassart, qui a raillé "l'anti-spécisme" de l'association qui, selon lui, "défend un égalitarisme entre les hommes et les animaux". L'établissement réclame 215.000 euros de dommages et intérêts.

Les deux militants n'ont jusqu'alors jamais été condamnés et, si leur procès constitue une première, c'est que les vidéos diffusées par L214 sont le plus souvent tournées par des personnes internes aux établissements incriminés, ou y ayant accès.

Enquête pour maltraitance contre l'abattoir

L'étourdissement des porcs au CO2 avant saignée est légal. Mais pour L214, qui demande son interdiction, il constitue une méthode "systématiquement longue et douloureuse".

Une enquête pour maltraitance contre cet abattoir est par ailleurs en cours, à la suite d'une plainte de L214, qui avait diffusé cet hiver de premières images montrant un employé frapper des porcs et leur administrer des chocs électriques.

L214 a publié depuis 2013 plusieurs vidéos montrant des dysfonctionnements dans des abattoirs français.

David Namias et C. P. avec AFP