BFMTV

Johnny Hallyday: les secrets d'une voix unique

Au cours des 60 ans de carrière du chanteur, sa voix inimitable a gagné en puissance. A force de travail, il a réussi à faire perdurer ce don, sans rien avoir à envier à un chanteur lyrique.

Huit jours avant sa mort, Johnny Hallyday, affaibli par un cancer du poumon, chantait O Sole Mio devant les yeux ébahis de son médecin. "Il l'a chantée comme ça, avec sa voix incroyable, alors qu'il était dans un lit", a confié David Khayat ce jeudi sur notre antenne, sans cacher son émotion à l'évocation de ce souvenir. "Sa voix, c'est sa personnalité. Cette puissance, cette radicalité", a-t-il ajouté. Johnny Hallyday, ce sont plus de 1000 chansons, 60 ans de carrière et un fil conducteur: une voix unique, éraillée, que certains ont parfois qualifiée d'animale.

Une voix puissante et reconnaissable en particulier à sa capacité à vibrer sans jamais dérailler. Un vibrato de plus en plus présent au fil de la carrière du chanteur: celui qu'on entend dans le refrain de Diego, "libre dans sa tête, derrière sa fenêtre"; dans Ma gueule, "qu'est-ce qu'elle a ma gueule"; ou encore dans Allumez le feu, avec le "il suffira".

La maîtrise du vibrato

"L’art du vibrato, ça vous aide à tenir la note mais c’est le même vibrato que celui d’un guitariste électrique qui est en train de vibrer sa corde. Il y a quelque chose d’électrique, quelque chose de magnétique, ça ne s’apprend pas à l’école. Il faut être constitué comme lui pour le faire", explique André Manoukian, qui était interrogé sur le JT de France 2 mercredi soir. 

Pour lui, la particularité de la voix de Johnny Hallyday réside dans deux éléments: sa capacité à chanter très haut mais en voix pleine, et son étranglement dans la voix, qui vient de son amour pour le blues. "Normalement quand on va dans les aigus, à un moment donné on est obligé de passer en voix de tête, c’est un peu plus facile. Or lui il a pratiquement la technique du ténor, sauf qu’il chante avec le feeling du blues en plus", explique André Manoukian, qui a été bluffé dès sa première rencontre avec Johnny Hallyday. 

"J’étais une fois avec dix chanteurs de La Nouvelle star, au top. Ils rencontrent Johnny, ils veulent lui rendre hommage et ils lui chantent Toute la musique que j’aime, mais trois tons au-dessus de sa tonalité à lui. Il écoute ça et au bout d’un moment, il commence à s’ennuyer. Et il attaque, et à lui tout seul, il a couvert les dix."

"Toutes les grandes voix ont un caractère inné"

Cette voix si particulière, le chanteur la devait à son travail, mais aussi à sa chance.

"Toutes les grandes voix ont un caractère inné, il y a une inégalité très importante en ce qui concerne la voix", explique Franck Marmouset, contacté par BFMTV.com.

Pour ce médecin phoniatre ORL au CHU de Tours, spécialiste des troubles de la voix, un grand chanteur est comparable à un sportif de haut niveau comme Usain Bolt, qui a été remarqué pour sa vitesse dès qu'il s'est mis à courir. "La notion de don est fondamentale pour comprendre quelqu'un qui a fait une telle carrière", ajoute-t-il, à propos du chanteur. "Mais ce n'est pas tout, il y avait aussi chez lui une capacité à évoluer, en prenant en compte les changements de ses cordes vocales, notamment avec la cigarette", pointe le médecin. "La cigarette joue beaucoup sur les cordes vocales, elle est toxique pour elles et en général la voix se dégrade", ce qui n'a pas été le cas pour Johnny Hallyday.

"Malgré ses excès, sa voix était si bien placée qu'elle n'a pas été atteinte, il ne fatiguait pas ses cordes vocales", analyse Armande Altaï, contactée par BFMTV.com. "Il a d'ailleurs gardé un très beau vibrato alors qu'en vieillissant ça s'aplatit", ajoute-t-elle, elle qui le qualifie volontiers d'"athlète chantant".

"Il était passionné par la voix"

Pour Franck Marmouset, il est difficile de mettre le doigt précisément sur l'ingrédient qui faisait la particularité de cette voix. Mais comme de rares artistes seulement, Johnny Hallyday faisait probablement appel à ses cordes vocales et aux bandes ventriculaires qui les longent pour donner à sa voix cette "impureté calculée". Au-delà des aspects physique et technique, sa capacité à transmettre des émotions était aussi remarquable. 

"On n'est pas dans la qualité sonore uniquement. Ce qui est très fort chez lui c'est l'émotion transmise dans la manière de placer les mots, dans les respirations", explique le spécialiste, qui le compare lui aussi à un chanteur lyrique.

Comparé à un chanteur lyrique

A ce propos, le ténor Roberto Alagna a lui-même loué la voix de Johnny Hallyday, qui l'avait invité à reprendre Diego à la télévision en 2013. Les deux hommes s'éatient rencontrés à plusieurs reprises et à chaque fois, le chanteur insistait pour que sa loge soit à côté de celle de Roberto Alagna, afin qu'il l'entende s'échauffer la voix. 

"ll était vraiment passionné par la voix. Il m'avait fait toucher son diaphragme pour que je comprenne comment il respirait. Il était loin d’être une personne d’excès et d’abus comme on l’a souvent entendu. Il était très discipliné. Il a travaillé le chant comme l’aurait fait un chanteur lyrique. Et c’est ce qui explique sa longévité dans le milieu", estime Roberto Alagna, interrogé ce jeudi sur France Musique. 

"Il a gardé sa flamme, comme un guitariste trouve ses sons, il a fait ça avec sa voix, sans écouter les profs de chant. Il s'est fait son propre son de voix", salue Armande Altaï.

Charlie Vandekerkhove