BFMTV

Hallyday, Picasso, Jarre, Prince... quand les héritages se règlent au tribunal

De Picasso à Johnny Hallyday, plus la fortune est immense et la famille nombreuse, plus l'héritage est compliqué.

De Picasso à Johnny Hallyday, plus la fortune est immense et la famille nombreuse, plus l'héritage est compliqué. - AFP - Montage BFMTV

Alors que la famille de Johnny Hallyday va se disputer l'héritage du chanteur, mort début décembre, retour sur sur ces successions rendus célèbres car réglées devant les tribunaux.

C'était presque une évidence, eu égard à toutes les tensions qui étaient apparues autour des obsèques de la légende. La famille de Johnny Hallyday dans son grand ensemble se déchire, et va désormais se livrer bataille sur le terrain judiciaire. Laura Smet, la fille aîné du chanteur, et son demi-frère David Hallyday ont annoncé ce lundi qu'ils allaient contester en justice le testament laissé par leur père. Un document qui les exclut de la succession, à la faveur de l'épouse du chanteur, Laeticia Hallyday. Un feuilleton juridique qui ne fait que commencer, et pourrait durer des années tant la situation s'annonce compliquée.

"L'héritage du siècle" de Pablo Picasso

Au moment de la mort de Picasso, en 1973, la presse évoquait le patrimoine du peintre avec la formule suivante: "L'héritage du siècle." Une fortune évaluée, à l'époque, à 1,4 milliard de francs, soit près de 700 millions d'euros actuels, rappelait Le Figaro en 2010. Un pactole constitué sous la forme d'argent, mais aussi de onze propriétés et de leurs très nombreuses oeuvres qu'elles renfermaient. Certaines de très grande qualité et pourtant tombées l'oubli. A tout ça s'ajoutera de nombreux droits patrimoniaux, de quoi mettre à l'abris un bon nombre de descendants du peintre pour plusieurs générations.

Sauf que l'artiste n'a jamais vu d'un bon oeil de rédiger ses dernières volontés, et mourra sans signer de testament. Si son fils Paulo et son épouse Jacqueline Rogue étaient sans contestation possible ses héritiers légaux, ils seront rapidement rejoints par trois enfants nés de relations adultérines, Maya Wildmaier-Picasso, Claude Picasso, et Paloma Picasso qui, dès 1974, remportent leur procès en reconnaissance de droit à l'héritage.

C'est pourtant loin d'être fini. Paulo Picasso décède seulement deux ans après son père, et ses propres enfants, eux-mêmes nés de deux relations différentes, viennent compliquer l'équation. En tout, ce sont donc six parties différentes, toutes représentées par un avocat dédié, qui se déchirent l'immense héritage de l'impressionniste.

Le feuilleton déchirera la famille sur plusieurs décennies, les héritiers étant contraints à léguer des tableaux à l'Etat pour pouvoir assumer leurs frais de succession colossaux. Une décision du Tribunal de grande instance de Paris conduira en 1995, soit plus de 30 ans après la mort du peintre, à la création de la société Picasso Administration, aujourd'hui gérée par le fils Claude, afin de redistribuer les richesses entre les ayants-droits. Un héritage qui restera à jamais douloureux, comme l'expliquera en 2015 une des petites-filles de l'artiste, Marina, qui annonçait se séparer des oeuvres de son grand-père car "dépourvues d'amour".

  • Maurice Jarre oublie "intentionnellement" ses enfants

Le cas du conflit autour de la succession du compositeur Maurice Jarre, mort en 2009, pourrait faire jurisprudence dans l'affaire de l'héritage de Johnny Hallyday, tant les deux affaires sont similaires.

A sa mort, en 2009, Maurice Jarre, compositeur français installé aux Etats-Unis, auteur de nombreuses musiques de films, lègue par testament l'intégralité de ses biens à sa dernière épouse, Fui Fong Khong, avec laquelle il s'était marié en 1984. Ses enfants Jean-Michel et Stéfanie, nés en 1948 et 1966 de deux précédents mariages, avaient alors cherché à faire valoir leurs droits sur cette succession, qui ne leur octroyait rien. Et pour cause: Maurice Jarre avait lui-même précisé qu'il oubliait "intentionnellement et volontairement" de prendre des mesures testamentaires pour ses enfants.

Ceux-ci ont cherché à obtenir gain de cause devant la justice, demandant notamment à être protégés de la loi californienne, dont ils estimaient qu'elle les discriminait dans le cas de cette succession, et faisant valoir le "principe essentiel" de la réserve héréditaire. Mais au terme d'un long combat, la Cour de cassation a finalement fait sonner le glas. Dans un arrêt du 27 septembre 2017, elle a ainsi estimé que la loi successorale étrangère appliquée n'était pas discriminante à leur encontre, et que la réserve héréditaire ne "constitue pas un principe essentiel" du droit français.

Prince et ses titres jamais publiés

En mourant subitement en avril 2016, Prince a laissé derrière-lui une fortune immense estimée à 300 millions de dollars, mais aussi d'importantes royalties entourant son immense carrière et ses tubes. Comme pour Picasso, le "Kid de Minneapolis" n'avait pas de testament et encore moins d'enfant reconnu. A ce titre, la bataille pour son héritage, qui est encore en cours, fait rage entre sa maison de disque Universal, ses différents labels, et la famille du chanteur composée de six frères et soeurs.

Plus que la fortune elle-même du compositeur, ce sont aussi les nombreux titres jamais publiés pour lesquels les différents ayant-droits potentiels se battent. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'un album posthume du chanteur a vu sa sortie bloquée en avril 2017, soit un an après sa mort, sous la pression des héritiers. Quelques mois plus tard, en novembre, une décision clé a été prise par un juge du Minnesota, reconnaissant les frères et les soeurs de Prince comme ses légataires légaux.

Si ce jugement est un vrai revers pour la maison de disques, l'histoire n'est pas encore terminée. La décision du juge ouvre une période d'un an, jusqu'à novembre 2018, pendant laquelle de nouveau ayant-droits pourraient être reconnus par la justice. En l'absence de nouveaux héritiers, cette décision deviendrait définitive.

L'"héritage infernal" de Charles Trenet

Sa chanson L'Héritage infernal annonçait-elle la couleur? Dans un testament signé le 28 décembre 1999, soit moins de deux ans avant sa mort, survenue en février 2001 à l'âge de 87 ans, Charles Trenet, qui n'avait pas d'enfants, lègue la totalité de son patrimoine à celui qui fut son secrétaire particulier pendant plus d'une vingtaine d'années, Georges El Assidi, aujourd'hui âgé de 57 ans. Le patrimoine du "Fou chantant", qui comprend notamment une villa à Juan-les-Pins, un manoir à Aix-en-Provence, un appartement à Canet-Plage et des tableaux de maître, est estimé à plusieurs millions d’euros.

Mais en 2008, deux membres de la famille du chanteur, Lucienne Trenet, sa demi-sœur, et Wulfran Trenet, son neveu, accusent El Assidi d'avoir dilapidé la succession et profité de l'état de faiblesse de Charles Trenet pour être désigné seul et unique héritier. La famille saisit la justice pour contester le testament et assigne El Assidi pour "abus de faiblesse", "extorsion", "violence" et même "homicide volontaire". En première instance, en septembre 2011, leur demande est rejetée par le TGI de Créteil, le tribunal estimant que la preuve des manœuvres frauduleuses n'est pas démontrée. A l'issue du second procès, début 2013, la cour d'appel rejette la demande d'annulation du testament.

Mais l'affaire est rendue compliquée par le fait que le légataire universel, Georges El Assidi, affirme avoir lui-même été victime d'escroquerie à partir de 2006 et pendant plusieurs années de la part d'un certain Maurice Khardine, et d'un avocat danois, Johan Schlüter. Ceux-ci, en utilisant un contrat frauduleux et en s'abritant derrière une société fantôme, font perdre à leur victime des droits d'auteur sur les œuvres de Trenet, mais aussi des biens immobiliers. Ce sont eux qui auraient fait croire à la famille de Charles Trenet à un abus de faiblesse de la part d'El Assidi. Mais après avoir été condamnés en 2014 à 18 mois de prison ferme et 4 millions d'euros de dommages et intérêts, les deux anciens associés sont finalement relaxés en appel pour les faits d'escroquerie, en octobre 2015. La justice a notamment estimé que Georges El Assidi était conscient des documents qu'il a signés en 2006. Il affirme quant à lui qu'il était à cette époque sous le choc de la mort de son ami.

Adrienne Sigel et Jérémy Maccaud