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Gilets jaunes: deux jours de scissions et d'imbroglios

Alors que les gilets jaunes essayent de se structurer pour faire entendre leurs revendications plus clairement, plusieurs couacs survenus ces derniers jours viennent rompre l'unité du mouvement.

Une troisième manifestation démentie, des nouveaux représentants contestés... Depuis le début du mouvement, les gilets jaunes revendiquent l'absence de leadership national, qui permet une plus grande liberté aux groupes de protestataires disséminés un peu partout en France. Mais le manque d'organisation a donné lieu à plusieurs cafouillages ces dernières 48 heures, dommageables à l'unité du mouvement.

Une troisième manifestation contestée

Dimanche, un événement Facebook réclamant une troisième manifestation le 1er décembre, à Paris, a été créé. Lundi soir, la page fédérait 27.000 internautes souhaitant participer, et 119.000 personnes intéressées.

Mais dans la foulée de la publication de l'événement, plusieurs porte-paroles locaux ont décliné toute responsabilité dans l'organisation de cette manifestation, créant une cacophonie au sein du mouvement. Éric Drouet, porte-parole des gilets jaunes de Seine-et-Marne, déclarait à BFMTV: "Je vous confirme qu'un nouveau rendez-vous a été crée, pas par nous, mais il existe bien." L'ex porte-parole des gilets jaunes de Toulouse Benjamin Cauchy avait, lui, confirmé sur BFMTV qu'aucun mouvement n'était prévu ce samedi à Paris.

"Je ne sais pas, je n'ai aucune information", déclarait dimanche Christophe Chalençon, responsable dans le Vaucluse, à propos de cet Acte 3. Ce premier événement a souligné le manque de communication entre les gilets jaunes au niveau national, qui s'est à nouveau remarqué ce lundi, après l'annonce de l'élection de huit porte-paroles.

Huit porte-paroles pas légitimes pour tous

Lundi matin, huit responsables régionaux parmi les gilets jaunes ont été portés à la tête du mouvement en étant nommés porte-paroles. Ils affirment avoir été désignés par une "coordination nationale", à l'issue d'une consultation de "près de 30.000 personnes", pour porter une série de revendications, selon leur communiqué.

"Des représentants des régions se sont réunis via une visioconférence (dimanche) soir. Les volontaires se sont mis en avant, selon les compétences de chacun, et après nous avons effectué un vote, entre les représentants de régions", expliquait Julien Terrier, l'un des huit élus, lundi sur BFMTV.

Problème, tout au long de la journée, plusieurs groupes de gilets jaunes se sont désolidarisés de ces représentants, la plupart assurant qu'ils n'avaient pas du tout été concertés. "J'ai beau communiquer avec tout le monde, on ne sait pas d'où ils arrivent", déclare Paul Marra, représentant d'un groupe de gilets jaunes à Marseille, pour qui ces porte-paroles "ne sont pas légitimes".

Des gilets jaunes font sécession

Benjamin Cauchy, représentant de Toulouse et figure du mouvement depuis son début, a, lui, décidé de quitter les gilets jaunes lundi matin. Alors que dimanche soir, il expliquait sur BFMTV se présenter pour figurer parmi les représentants "officiels" des gilets jaunes, lundi matin, il a regretté la "radicalisation" du mouvement.

"Je m'en détache et je sais que des centaines de personnes souhaitent se dégager des gilets jaunes", a-t-il ajouté, avant de les inviter à rejoindre un nouveau groupe nommé "mouvement citron". 

Des réclamations hétérogènes

En parallèle de ces couacs internes, le mouvement des gilets jaunes reste fragile sur le fond. Fédérés par la colère contre la hausse du prix du carburant, beaucoup de manifestants réclament d'autres changements, très divers. Certains demandent une baisse globale des taxes en France, ou jusqu'à la démission d'Emmanuel Macron et du gouvernement. 

La nouvelle délégation de huit porte-paroles a établi une liste de doléances. Elle demande au gouvernement de "revoir à la baisse toutes les taxes" et de créer "une assemblée citoyenne" pour débattre de la transition écologique ou de l'augmentation du pouvoir d'achat. Leurs autres revendications restent hétéroclites: de la suppression du Sénat à la baisse des charges patronales en passant par une hausse du Smic et des retraites.

Salomé Vincendon