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Gilets jaunes: comment parler des violences aux enfants?

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- - ABDULMONAM EASSA / AFP

Dans la rue, dans la cour de récréation ou à travers leur écran de télévision, les plus jeunes aussi sont exposés aux violences qui agitent le pays depuis trois semaines. Quels mots utiliser pour évoquer la situation avec ses enfants sans les surprotéger mais sans non plus leur faire peur?

Alors qu'on redoute une nouvelle flambée de violences dans les rues de Paris samedi, pour la quatrième journée de mobilisation des gilets jaunes, comment expliquer la situation aux plus jeunes? Aux petits Parisiens, confrontés à des scènes de guérilla urbaine au coin de leur rue, mais aussi à tous les autres, derrière leur écran de télévision ou d'ordinateur. Quels mots utiliser pour évoquer la situation avec ses enfants, sans les surprotéger mais sans non plus leur faire peur?

Expliquer que la colère ne justifie rien

Pour Nicole Garret-Gloanec, pédopsychiatre au CHU de Nantes, il n'est pas question d'éviter le sujet, auquel les enfants, en classe ou dans la cour d'école, seront de toute manière exposés. En revanche, elle juge primordial que, dans leur discours, les parents distinguent les revendications, légitimes, des gilets jaunes et l'expression de cette colère par certains, qui, lorsqu'elle prend une forme violente, n'est "pas acceptable".

"Il faut dire à l'enfant qu'on peut être en colère mais qu'on ne peut pas l'exprimer comme ça. La colère peut se dire avec des mots mais elle ne justifie en aucun cas des actes violents", juge la psychiatre.

Une idée partagée par Sylviane Giampino, psychologue et psychanalyste spécialiste de la petite enfance:

"C'est l'occasion d'expliquer à l'enfant que, se réunir pour faire entendre son mécontentement est un droit dans un pays démocratique. Sinon l'enfant va penser qu'il y a, d'un côté, le monde des gentils, qui sont sages et ne disent rien, et de l'autre celui des méchants qui s'expriment. Mais il faut poursuivre le raisonnement en expliquant que certains des manifestants sont très en colère et font des bêtises avec leur colère comme taper et casser, ce qui est interdit", détaille la psychologue. 

Les protéger des images violentes

Pour ce qui est des images violentes, diffusées en boucle à la télévision ou accessibles en deux clics sur Internet, il est important d'en préserver les enfants, surtout les plus jeunes. "Ces images sont extrêmement toxiques, et ce ne sont pas des images qui invitent à la réflexion. Au contraire, elles renforcent la dimension émotionnelle de ce mouvement", juge Nicole Garret-Gloanec. 

Pour Sylviane Giampino aussi, il faut parler avec les enfants pour "rationaliser les images et les informations transmises, souvent, dans la précipitation". "Le parent doit pouvoir jouer son rôle de filtre entre les enfants et la société, entre les enfants et les médias", estime-t-elle. 

Un mouvement difficile à rationaliser

Mais comment rationaliser, quand on est soi-même partie prenante d'un mouvement aux revendications si larges que tout un chacun se sent concerné? C'est tout le problème selon Nicole Garret-Gloanec. Pour la psychiatre, le message à transmettre est d'autant plus complexe pour les parents que c'est un mouvement "qui est fondé sur l'émotion", et que cette émotion s'est invitée chez de nombreuses familles françaises, sensibles au ras-le-bol des gilets jaunes.

"Si l'on compare à d'autres grands faits d'actualité, comme la grève SNCF par exemple, le débat était plus rationnel. Ici, le sujet est vécu de façon émotionnelle et les enfants ressentent cette violence chez eux car les parents mettent beaucoup moins de filtre pour en parler. Or la colère des parents est transmissible aux enfants", avertit la psychiatre.
Claire Rodineau