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Fin de vie: un manifeste de 343 médecins en soutien au généraliste accusé d'euthanasie

Mi-novembre, un généraliste de ville exerçant en Seine-Maritime a été mis en examen pour avoir prescrit du midazolam, un puissant sédatif réservé d'ordinaire à un usage hospitalier.

Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, demande le droit pour les médecins de ville d'administrer des sédatifs pour accompagner les patients en fin de vie. Une volonté qui fait écho à la mise en examen, fin novembre, d'un généraliste exerçant à Angerville-la-Martel, en Seine-Maritime: ce dernier avait prescrit du midazolam, un puissant sédatif d'ordinaire réservé à un usage hospitalier, à des patients en fin de vie.

Pas une démarche d'euthanasie, se défend le médecin

Le praticien incriminé a reconnu les faits tout en précisant "qu'il ne s'inscrivait pas dans une démarche d'euthanasie", selon un communiqué du parquet cité par l'Agence France-Presse (AFP). Il est interdit d'exercer tout comme son épouse, anesthésiste, mise en examen pour complicité et abus de confiance.

En décembre, dans une interview accordée à Paris-Normandie, le docteur mis en examen, Jean Méheut-Ferron, avait fait part de son intention de "se battre" et fait valoir qu'en prescrivant ce sédatif, "il s'agissait vraiment, au sens strict, d'un accompagnement qui permet au patient de rester chez lui et aussi à sa famille de pouvoir vivre le plus paisiblement possible ces moments qui sont toujours difficiles". 

"Le midazolam est largement utilisé à l'hôpital pour des anesthésies ou des fins de vie, pour accompagner des fins de vie en complément de la morphine", explique Jean-Paul Hamon à BFMTV. "Or en ville, on a d'abord la morphine, on a des anxiolytiques mais on n'a pas de midazolam, qui est un produit connu et reconnu pour des soins palliatifs et pour accompagner correctement des fins de vie, donc ça c'est un pur scandale."

Un manifeste des "343 médecins" pour se faire entendre

Pour se faire entendre, Jean-Paul Hamon a lancé le manifeste des "343 médecins", comme un rappel au manifeste des "343 salopes" sur l'interruption volontaire de grossesse en 1971. Plus de 400 médecins ont déjà signé le texte.

"On n'a pas tous utilisé du midazolam, parce que c'est très difficile de se le procurer en ville, mais on a tous été confrontés à des fins de vie et malheureusement, étant donné les possibilités thérapeutiques qu'on nous donne en ville, on n'a pas toujours respecté la loi, sans forcément utiliser du midazolam", admet Jean-Paul Hamon.

Si accompagner un patient en fin de vie par sédation profonde est un acte légal pour les médecins de ville, il n'en est pas moins soumis à de strictes conditions. 

"L'un des principes fondamentaux c'est la collégialité de la décision. Le praticien qui prescrit la sédation doit avoir pris sa décision à l'issue d'une procédure collective et en s'étant assuré de la volonté du patient", explique l'avocate Sophie Garceron, spécialiste dans le droit de la responsabilité médicale.

Des volontés que le patient peut manifester en rédigeant des directives anticipées.

Guillaume Bertrand, Céline d'Agostini, Olivier Jouglard, Juliette Andrieux avec Clarisse Martin