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Évaluations de 6e: le niveau a-t-il baissé après la crise sanitaire?

Des collégiens (photo d'illustration)

Des collégiens (photo d'illustration) - Martin BUREAU © 2019 AFP

Les élèves de 6e ont été évalués en français et en mathématiques. Les deux dernières années scolaires perturbées par la pandémie ont-elles nui aux acquisitions? Les avis divergent.

"Recopier deux phrases au tableau, c'est très lent, ça prend vingt minutes. Ils n'arrivent pas à écrire à une vitesse normale". Pour Laetitia Benoît, professeure de lettres modernes et membre du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes-FSU), les élèves de 6e ont "perdu le geste d'écriture". Cette enseignante considère même que le niveau a baissé chez les enfants qui ont quitté le primaire et sont entrés au collège au mois de septembre.

Selon cette professeure, qui enseigne notamment en 6e dans un collège de Seine-et-Marne, les deux dernières années scolaires perturbées par la pandémie de Covid-19, les confinements et l'enseignement à distance se ressentiraient clairement dans les acquisitions de ses élèves qui viennent d'être évalués en français et en mathématiques.

Ces évaluations nationales se sont tenues entre le 13 septembre et le 1er octobre (jusqu'au 16 octobre pour les académies de Guadeloupe, Martinique et Guyane), leurs résultats n'ont pas encore été communiqués. Mais pour Laetitia Benoît, ces évaluations - deux sessions d'une heure sur un support numérique dans chacune des deux matières - ne seraient pas un bon indicateur du niveau réel des élèves.

"Ce sont des questionnaires à choix multiples, pointe-t-elle auprès de BFMTV.com. Cela signifie qu'en français, à aucun moment les élèves ne rédigent. On laisse de côté un pan entier de la matière. Et en mathématiques, ils ne doivent pas non plus justifier leur raisonnement. Ils peuvent donc avoir la bonne réponse par hasard et cocher la mauvaise réponse par erreur alors que le raisonnement était peut-être correct."

Le test de fluence faussé?

Un test de fluence fait également partie de ces évaluations. En clair: les élèves ont une minute pour lire un texte d'Oscar Wilde. Et à l'issue de cette minute, l'enseignant compte le nombre de mots lus. Pour Laetitia Benoît, ce test ne permettrait pas de refléter les véritables capacités de lecture des élèves.

"C'est un texte littéraire. Certains s'appliquent, mettent le ton, respectent les signes de ponctuation. D'autres sont très stressés par cette épreuve. Ils peuvent ainsi perdre 10 ou 15 secondes, ça fait une différence de 20 à 30 mots alors qu'on voit bien qu'ils ont compris le texte. Contrairement à ceux qui ont une lecture TGV qui font parfois moins attention à la compréhension."

Laetitia Benoît a ainsi vu certains de ses élèves écoper d'un score tout juste à la moyenne - voire en dessous - alors qu'elle les sait très bons lecteurs. "Le résultat chiffré peut être interprété de différentes manières. Beaucoup de mes élèves, je dirais près de la moitié, lisent moins de 120 mots" - attendus en fin de CM2, puis 130 mots en 6e.

"Tout ne se joue pas dès le début de l'année"

Pour Jean-Rémi Girard, enseignant de lettres modernes dans les Hauts-de-Seine et président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), il reste difficile d'imputer la responsabilité de ces difficultés scolaires au seul contexte sanitaire.

"C'est compliqué de déterminer, dans le niveau d'un élève, ce qui dépend des conséquences de la pandémie et ce qui est lié à d'autres facteurs, de l'effet maître à des critères sociaux, sachant que de toute façon les élèves écrivent de moins en moins en dehors de l'école", souligne-t-il.

D'autant que pour ce représentant des personnels de l'Éducation nationale, ces difficultés scolaires ne sont pas nouvelles. "Cela fait des années qu'on rencontre ce type de problèmes auprès de certains élèves, poursuit Jean-Rémi Girard. Et puis il y a des choses qui se découvrent au fur et à mesure. Tout ne se joue pas non plus dès le début de l'année."

"Pas de traces" dans les apprentissages

Autre bémol: la dernière année scolaire a été moins bouleversée que 2019-2020 avec le premier confinement et les trois mois de fermeture des écoles. Pierre Priouret, professeur de mathématiques à Toulouse et responsable du groupe mathématiques au Snes-FSU, se montre ainsi plus optimiste pour les élèves de 6e.

"Si les acquisitions ont été bouleversées, c'est sans commune mesure avec les lycéens qui ont connu une grande partie de l'année scolaire en demi-jauge, note-t-il. Les élèves du primaire ont eu une année quasi complète (à l'exception d'une semaine d'enseignement à distance avant les vacances de printemps et à condition que les classes n'aient pas fermé, NDLR). Les retards ne sont pas du tout du même ordre."

S'il reconnaît que la précédente rentrée a été "plus difficile" et qu'il a fallu "remettre les élèves dans le bain", Pierre Priouret remarque que cette année scolaire a bien mieux démarré. Et ajoute que si - pour les élèves de 6e - leurs deux dernières années de primaire ont été perturbées par la pandémie et qu'elles ont pu être difficiles à vivre sur le plan humain, "à l'échelle de la scolarité", elles "ne laisseront pas de traces" dans les apprentissages.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV