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CP/CE1: la pandémie a-t-elle perturbé l'apprentissage de la lecture?

La pandémie a-t-elle nui à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez les élèves de CP et CE1?

La pandémie a-t-elle nui à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez les élèves de CP et CE1? - BFMTV

Après deux années scolaires bouleversées par le Covid-19, le niveau des élèves de CP et de CE1 a-t-il baissé? Les avis des enseignants sont partagés.

Après deux années scolaires perturbées par la pandémie de Covid-19, différents protocoles sanitaires, plusieurs confinements et la mise en place de l'enseignement à distance, le niveau des élèves de CP et de CE1 a-t-il baissé? Pour Guislaine David, porte-parole et co-secrétaire générale du Snuipp-Fsu - le premier syndicat des professeurs des écoles - la réponse est oui.

"L'année dernière a aussi été dégradée, s'inquiète-t-elle pour BFMTV.com. Pas autant que 2019-2020 mais il y a eu des fermetures de classe, des enseignants qui n'ont pas été remplacés, des élèves qui ont connu différents remplaçants. Évidemment, tout cela a des effets sur les apprentissages."

Des inégalités creusées

S'il reste difficile d'évaluer avec précision les effets et les conséquences des deux précédentes années scolaires sur les acquis des élèves, il est certain pour Sylvie Delia, enseignante spécialisée (Rased) dans les Hautes-Alpes, que les inégalités se sont creusées.

"Pour les enfants dont les familles ont pu les aider, c'est moins problématique, observe-t-elle pour BFMTV.com. Mais ceux dont les parents ne parlent pas français, ne maîtrisent pas la langue ou les outils informatiques, ce sont les plus pénalisés. Les évaluations ne seront pas une grande surprise: les élèves en difficulté le sont toujours, si ce n'est davantage."

Car entre les 13 et 24 septembre (9 octobre pour les académies de Guadeloupe, Martinique et Guyane), les élèves de CP et de CE1 ont été évalués en français et en mathématiques. L'objectif: radiographier le niveau des élèves. Mais aussi, comme l'indique le ministère de l'Éducation nationale, "identifier les besoins des élèves" et donner "la possibilité pour chaque enseignant d'affiner les informations fournies par la synthèse des compétences de chaque élève établie en fin de grande section de maternelle". Les résultats nationaux ne seront pas connus avant plusieurs semaines.

Des évaluations "abstraites"

Si Nelly Larcheveque, secrétaire départementale du Sgen-CFDT Loiret qui enseigne également en Rased, estime que les évaluations ne seront pas meilleures ou plus mauvaises cette année - "tout dépend de la classe et du public" - elle considère cependant qu'elles ne reflèteront pas le véritable niveau des élèves.

"Certaines compétences sont évaluées de manière complexe, la barre est très haute, pointe-t-elle à BFMTV.com. Et puis il n'y a pas d'intermédiaire: ou l'élève a réussi, ou il n'a pas réussi. Or, souvent, il y a un entre-deux."

Nelly Larcheveque juge même qu'une partie de ces évaluations est aberrante: certains points ne seraient abordés qu'en cours d'année, comme en mathématiques avec la soustraction ou encore en français sur certains points de phonologie. Elle regrette également que d'autres aspects des apprentissages ne soient pas pris en compte - commes les suites numériques ou le dénombrement - rendant ces évaluations partielles. Elle les juge même "très abstraites".

"Elles sont plus proches d'une étude statistique, déplore cette enseignante. Le ministère les présente comme un outil à destination des enseignants, mais ce n'est pas le cas. On n'a pas besoin de ça pour connaître le niveau de nos élèves."

"Ils ont la tête ailleurs"

Depuis la rentrée, Sylvie Delia s'occupe principalement d'enfants de CP et de CE1 en difficulté. Elle remarque ainsi que, contrairement aux générations d'avant la pandémie, les élèves sont moins à l'aise avec certaines compétences sociales et relationnelles. Elle constate aussi qu'en deux ans, la fréquentation des écrans a augmenté.

"Parfois, c'est dès le matin avant d'aller en classe, sans filtre et sans limitation de durée", poursuit Sylvie Delia.

Sans surprise, les élèves se dispersent, leur attention est en baisse et ils ont du mal à se concentrer. Ce que confirme Nelly Larcheveque. "Ils ont la tête ailleurs." Cette enseignante remarque aussi que ce sont plus souvent les enfants issus des milieux populaires qui cumulent les difficultés associées à une moins grande capacité de résilience.

Elle assure que depuis cette rentrée, davantage d'enfants se sentiraient moins bien. "C'est difficile de déterminer dans quelle mesure la pandémie est responsable. Car d'autres facteurs entrent en jeu." Comme un climat familial plus tendu, un contexte socio-culturel difficile ou un accroissement de la précarité.

Pas de "déficits" dans les apprentissages

D'autres se veulent plus optimistes. Comme Laurent Hoefman, président du Syndicat national des écoles, qui affirme ne pas avoir noté de "déficits" majeurs dans les apprentissages.

"L'année dernière, les écoles n'ont fermé qu'une semaine avant les vacances de printemps. Les pratiques et les habitudes liées à l'enseignement à distance étaient déjà prises, le travail a repris rapidement," se veut-il rassurant pour BFMTV.com.

S'il reconnaît que la situation peut varier d'un établissement et d'un secteur à l'autre - la France compte 50.130 écoles - selon lui, sur l'ensemble d'une scolarité, "ça ne changera pas la donne".

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV