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Enfants nés de PMA comparés à des OGM: Schiappa s'attaque à la campagne de la Manif pour tous

Des panneaux en faveur de la procréation médicalement assistée lors de la gay pride en 2013 à Paris

Des panneaux en faveur de la procréation médicalement assistée lors de la gay pride en 2013 à Paris - Lionel Bonaventure-AFP

Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, appelle au retrait de la campagne de la Manif pour tous qui compare les bébés nés par procréation médicalement assistée à des légumes génétiquement modifiés.

C'est une campagne pour le moins polémique. Marlène Schiappa réclame ce week-end le retrait d'une affiche de la Manif pour tous qui compare les enfants nés par procréation médicalement assistée (PMA) à des légumes génétiquement modifiés. La secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes la juge "profondément" offensante.

"Il n'y a pas un modèle unique de famille"

À titre d'information, la PMA représente aujourd'hui près de 3% des naissances en France, indique l'Ined. En trente ans, quelque 200.000 enfants ont été conçus par fécondation in vitro (FIV).

La secrétaire d'État a également estimé que les familles monoparentales sont tout autant "stigmatisées par cette campagne". Pour rappel, la France compte 1,5 million de familles composées d'un seul parent sur un total de 7,8 millions, selon les estimations de l'Insee.

"Nous sommes au XXIe siècle. Il n'y a pas un modèle unique de famille", a-t-elle ajouté.

"Après les légumes OGM, les enfants à un seul parent?"

La Manif pour tous a lancé en ligne, sur les réseaux sociaux et dans la rue une campagne contre la PMA -qui pourrait être prochainement ouverte à toutes les femmes- et contre la gestation pour autrui (GPA) -qui n'a pourtant jamais été à l'ordre du jour.

Sur l'une des affiches, un bébé est dessiné au milieu d'une rangée de légumes. Avec pour légende: "Après les légumes OGM, les enfants à un seul parent?"

La campagne a suscité un tollé sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénonçant son "indignité". D'autres ont pointé l'amalgame fait entre GPA et PMA et la confusion qu'il provoque. "En plus d'être haineux, c'est complètement faux d'un point de vue scientifique", remarque par ailleurs un utilisateur de Twitter, qui note que OGM et PMA n'ont rien à voir.

La Manif pour tous a pour sa part dénoncé un "faux procès". "Jamais un enfant n'a été comparé à un légume OGM. Jamais l'opposition à la PMA sans père n'a stigmatisé les familles monoparentales", a-t-elle écrit dans un communiqué ce dimanche, demandant un rendez-vous à la secrétaire d'État "pour dialoguer en vérité".

"Ce n'est pas notre calendrier. Nous avons toujours dit que le débat sur la PMA aurait lieu au moment des états généraux de la bioéthique", en 2018, a répondu le secrétariat de Marlène Schiappa, interrogé par l'AFP. D'ici là, la secrétaire d'État appelle à un débat "serein et apaisé" sur la PMA, selon son cabinet.

Vers la PMA ouverte à toutes en 2018

Le 12 septembre dernier, elle avait annoncé sur RMC et BFMTV que le gouvernement proposerait l'ouverture de la PMA aux femmes en couple et célibataires dans le cadre de la révision de la loi bioéthique, prévue "a priori fin 2018".

"Rien ne nous empêche de rendre la PMA ouverte à toutes les femmes", avait-elle justifié. "C'est une question de justice sociale. Actuellement, il y a des femmes qui ont les moyens d'aller à l'étranger faire une PMA, et des femmes qui n'ont pas les moyens. Certaines le font avec des méthodes artisanales qui mettent en danger leur santé."

En 2013, au début des débats sur le mariage pour tous, le Comité consultatif national d'éthique s'était auto-saisi de ces questions. Emmanuel Macron s'était quant à lui dit favorable à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, précisant qu'il attendait l'avis du Comité d'éthique. Ce dernier s'est prononcé en faveur de l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

La PMA (appelée par les médecins AMP pour "assistance médicale à la procréation") désigne l'ensemble des techniques médicales destinées à aider les couples infertiles à avoir un enfant, telles que la fécondation in vitro ou le don de sperme. Actuellement, elle est réservée aux couples hétérosexuels dont la stérilité est médicalement constatée et prise en charge par la sécurité sociale. Selon un sondage Ifop, 64% des Français y sont favorables.

Quant à la gestation pour autrui (GPA), elle est toujours interdite en France et, comme le rappelait Marlène Schiappa en septembre sur Franceinfo, n'a jamais été un engagement du gouvernement.

Céline Hussonnois-Alaya